Dans un ouvrage marquée par une retenue constante, Simone Veil raconte sa jeunesse marquée par la déportation, ses études, puis une carrière brillante, mais traversée de dures épreuves.
"Des dates que je n'oublierai jamais"
« Du 13 avril (1944) au 15 au soir à Auschwitz-Birkenau. C’est une des dates que je n’oublierai jamais ».
Ces dates imprimées à jamais sont celles de la déportation vers Auschwitz, mais aussi «celle du 18 janvier 1945, jour où nous avons quitté Auschwitz", puis «celle du retour en France, le 23 mai 1945 ».
Avec l’expérience de la déportation vécue à l’âge de 16 ans, pas étonnant que les mémoires de Simone Veil soient marquées par une grande pudeur. Pudeur sur ses propres sentiments, mais aussi pudeur sur les événements et les personnes qui ont marqué sa vie, tant privée que publique.
Pourtant, les événements qui ont marqué « Ma Vie » –titre très sobre de son autobiographie- ont de quoi remplir les récits de plusieurs existences.
Jeunesse à Nice (elle est née en 1927), déportation dans les camps de la mort, retour à la vie d’après guerre sans ses parents, études, mariage, drames familiaux, entrée dans la magistrature, arrivée en politique, loi pour l’avortement, campagnes électorales, présidente du parlement européen….les vies de Simone Veil remplissent le siècle (le XXe).
Contre "la banalité du mal"
Simone Jacob (elle a épousé Antoine Veil après la guerre) a grandi dans une famille bourgeoise, peu argentée, juive laïque (« la laïcité était notre référence »), à Nice, avant d’être rattrapée par la guerre, le nazisme et ses horreurs.
Cette partie de sa vie –sans doute la plus marquante- n’occupe cependant qu’une surface restreinte dans le livre, une centaine de pages sur quatre cents. Preuve de la reconstruction réussie –sans doute- de Simone Veil.
Elle raconte Auschwitz, les conditions de sa survie, la mort de sa mère, l’abominable voyage vers Bergen-Belsen avec énormément de retenue. Au delà des souffrances qu’elle a endurées et de la description de l’univers concentrationnaire, elle a des propos très forts contre ceux qui banalisent le mal ou qui évoque une responsabilité collective : « dire que tout le monde est coupable revient à dire que personne ne l’est ». Elle raconte d’ailleurs comment elle s’est opposée à la diffusion du film « Le Chagrin et la Pitié », film très critique sur l’attitude des Français pendant la guerre.
L'expérience de la guerre et de la déportation l’a amenée à prendre des responsabilités et à ne jamais dépendre de personne. Elle décrit comment, d’étudiante à Sciences-Po au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle est devenue magistrate, puis ministre en 1974.
Au fil des pages, elle dresse des portraits plutôt sympathiques des hommes politiques qu’elle a accompagnés ou croisés: Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Michel Poniatowski. Les coups de griffes sont rares –toujours cette retenue- à l’exception notable de François Bayrou (« il est convaincu qu’il est touché par le doigt de Dieu pour devenir président. C’est une idée fixe, une obsession à laquelle il est capable de sacrifier principes, alliés, amis ». Plus surprenant, son attaque contre le système présidentiel français.
Sur la fin du livre, elle révèle ce qui l’a toujours guidé : « le sens de la justice, le respect de l’homme, la vigilance face à l’évolution de la société ». Un beau programme qui ne masque pas la grande tristesse des dernières pages d’« Une vie ». Une tristesse qui marque à jamais les beaux yeux de Simone Veil.
-> "Une vie" Simone Veil (Stock)
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