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"El ùltimo lector" David Toscana (Zulma, 215 pages, 18 euros)
Et si les romans étaient des plagiats par anticipation * d'histoires à venir ? Si les vies étaient déjà écrites dans les livres ? De ce postulat borgesien est né "El ùltimo lector" du mexicain David Toscana.
Le héros, l'"ultime lecteur", s'appelle Lucio, bibliothécaire dans un village dévasté par la sécheresse, où personne ne se soucie plus de lecture depuis longtemps.
Mais quand Remigio, le fils de Lucio, trouve au fonds d'un puits le corps d'une fillette, où son érudit de père cherchera-t-il le fin mot de l'énigme ? Dans les romans bien sûr, qu'il dévore en censeur, mais surtout en lecteur impitoyable, sans indulgence pour les faux-fuyants, les métaphores faciles, les parenthèses inutiles, les mots choc qui éludent une vraie description.
En lecteur exigeant, Lucio sait donner des coups de chapeau ( "Quel type, l'auteur de la Bible"!) tout en repérant les défauts majeurs de l'ouvrage ("ce serait un excellent livre... si l'on n'y voyait pas les excès du romancier payé au mot").
Magistrale leçon de critique littéraire, "El ultimo lector" offre au lecteur un double voyage : un séjour dans un pays aride, peu avenant et mal gouverné, et une échappée au long cours dans la ligne de fuite des livres, qui ouvre mille fenêtres, drôles, cruelles et parfois assassines, sur la vie et la littérature.
("Plagiats par anticipation" renvoie au livre de Pierre Bayard, éditions de Minuit).
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"Batailles dans le désert" José Emilio Pacheco (La Différence, 91 pages, 6 euros)
"Si vous aimez les Tropiques -les mangues, les papayes, les dictateurs, les plages : Acapulco, Cancùn, Copacabana-, inscrivez-vous au Club Méditerranée et n'oubliez pas d'emmener Garcia Marquez dans vos valises." Mais "il existe une autre Amérique latine", prévient Jacques Bellefroid, dans sa préface à la première édition.
Bon résumé : sec comme un coup de trique, "Batailles dans le désert" relate, sans un mot de trop, les premiers émois d'un enfant des années 50 qui tombe amoureux de la mère trop jolie d'un de ses camarades de classes Pour le punir de cet amour indécent, aux yeux d'une société puritaine, il sera changé d'école.
Si le narrateur se souvient de ce premier chagrin d'amour, longtemps étouffé, il se souvient aussi que ces années-là, le Mexique se tournait fiévreusement vers l'Amérique. Que son père, alors quadragénaire, tentait d'apprendre l'anglais. La culture était américaine, aux couleurs d'Hollywood. Le progrès était américain et se concrétisait en réfrigérateurs, aspirateurs, mixeurs, tant attendus par sa mère. Une américanisation qui sert de toile de fond à cette "éducation sentimentale" mexicaine, déchirante et sans douceur.
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"Quand je serai roi" d'Enrique Serna (éditions Métailié, 270 pages, 18 euros)
Spécialiste des littératures sud-américaines, les éditions Métailié, qui fêtent cette année leurs trente ans, publient le dernier roman d'Enrique Serna, "Quand je serai roi".
Parmi les héros, un gosse de 12 ans, surnommé "le Nopal", qui inhale de la colle et lave les pare-brise aux feux rouges, Marquitos, le fils du directeur d'une station de radio, qui tire sur les pauvres marchant dans la rue et finit par en tuer un... Prostituées mineures, flic pourris, médias courant après l'audience à n'importe quel prix : un tableau navrant du Mexique contemporain, sauvés par le rire, et une charge féroce.
L'auteur, lui, préfère vivre à Barcelone, et sera, à Paris, au stand des éditions Métailié, comme le tout aussi féroce Paco Ignacio Taibo II ("Archanges").
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"Oeuvres" Octavio Paz (La Pléiade, 1648 pages, 63 euros jusqu'au 31 mars)
Poète majeur récompensé en 1990 par le prix Nobel de littérature, ami des surréalistes, diplomate qui avait démissionné de ses fonctions en 1968 après le massacre des étudiants pendant les jeux Oympiques de Mexico, grand intellectuel et figure écrasante du paysage littéraire mexicain, Octavio Paz ( 1914-1998) est désormais accueilli, dix ans après sa mort, dans la prestigieuse collection de La Pléiade.
Un volume qui doit beaucoup au poète : "J’appartiens à une tradition où la création poétique est complétée par la réflexion sur la poésie", écrivait-il.
Une tradition à laquelle l'auteur de "Liberté sur parole" et "Pierre de Soleil" s'est montré fidèle en préparant de son vivant ce volume qui contient l'’essentiel de son œuvre poétique, y compris de nombreux poèmes inédits en français.
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