"Théorie du chiffon" Marc Lambron (Grasset, 11,90 euros)
Ainsi parle le couturier Jean-Louis Beaujour dans une "Théorie du chiffon" signée Marc Lambron.
Hybride de Lagerfeld et de Lacroix, de Gaultier et Saint-Laurent, le héros imaginaire de cette sotie dévide à une journaliste la cynique morale d'une vie placée sous le signe de la réussite, à défaut de bonheur.
Un récit en neuf entretiens et cent cinquante pages qui permet à l'auteur de peindre au vitriol un milieu frelaté, les Veaux d'or d'aujourd'hui et la recherche faustienne de la jeunesse éternelle.
Et l'écrivain d'aligner les formules assassines dont il a le secret. D'une marquise : "On disait qu'elle aimait les couronnes ducales et les couronnes buccales". Des rédactrices de mode : "elles sont saisies de terreur, pétrifiées à l'idée de rater la dernière tendaaance, le dernier fétiche". De la télévision : "c'est un bon endroit pour les monosyllabes, les idées simples, le manque de vocabulaire".
C'est brillant, c'est clinquant, c'est la production Lambron de l'année chez Grasset : pour le chroniqueur du Point et de madame Figaro, une exercice de style aisé et vite expédié.
Oserait-on le dire ? Même si cette fable cruelle se lit souvent avec délectation, l'on se souvient que Marc Lambron fut -dans une autre vie ? - un romancier autrement inspiré que le fabuliste facile de cette "Théorie du chiffon". Légers et virtuoses, ses premiers romans ("L'impromptu de Madrid", "La nuit des masques") respiraient une allégresse et une vivacité absentes de cette prose désenchantée. Quand signera-t-il son vrai retour en fiction ?
-> "Théorie du chiffon" Marc Lambron (Grasset, 11,90 euros)
-> Notre (élogieuse) critique d'"Une saison sur la terre" (2008)
-> Voir aussi la (courte) fiche de Wikipedia, pour en savoir plus sur Marc Lambron, énarque et normalien né en 1957 sous le signe du Verseau


