Simone Veil, revêtue d'un habit vert Chanel et ceinte de son épée d'académicienne, lors de son discours de réception

Simone Veil, revêtue d'un habit vert Chanel et ceinte de son épée d'académicienne, lors de son discours de réception

France 3

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Simone Veil, 82 ans, personnalité préférée des Français, a fait jeudi son entrée à l'Académie française

Rescapée des camps de la mort, ministre de la Santé qui fit voter la loi de 1975 autorisant l'IVG, Mme Veil est devenue la sixième "immortelle"sous la Coupole. Elle y siégera dans le fauteuil de Racine.

Nicolas Sarkozy et deux anciens présidents de la République, Jacques Chirac et Valérie Giscard d'Estaing ont assisté à la cérémonie.

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"Je suis fière d'être reçue par votre compagnie", a dit à ses pairs cette femme au destin hors du commun, magistrate, devenue ministre, présidente du Parlement européen et membre du Conseil constitutionnel.

Sous la Coupole, l'écrivain Jean d'Ormesson a conclu son émouvant et facétieux hommage à sa nouvelle collègue par ces mots : "Comme l'immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Soyez la bienvenue dans le fauteuil de Racine, qui parlait si bien de l'amour".

Extait du discours de la sixième "immortelle" de l'histoire

Mon père, "disparu dans l'enfer de Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération des camps (...) révérait la langue française", a relevé Mme Veil avec émotion dans son discours de réception. "Plus encore que je ne le suis, il serait ébloui que sa fille vienne occuper ici le fauteuil de Racine", a assuré la nouvelle académicienne, déportée avec sa famille à Auschwitz-Birkenau en 1944, à 16 ans.

Lors de cette cérémonie, elle a rendu hommage à son prédécesseur, l'ancien Premier ministre Pierre Messmer décédé en 2007.

Un habit signé Lagerfeld, et une épée où est gravé son numéro de déportée
Simone Veil portait le célèbre habit des immortels, conçu pour elle par le couturier Karl Lagerfeld, et une épée somptueuse où elle a fait graver son numéro de déportée à Auschwitz-Birkenau. Son habit vert, assorti à ses yeux, a été brodé par Lesage. Sur son épée de nouvelle académicienne, Simone Veil a fait graver sur la lame la devise de la France, "Liberté, Egalité, Fraternité", et celle de l'Europe "Unie dans la diversité", symboles de son exceptionnelle vie politique, elle qui  fut plusieurs fois ministre et première présidente du Parlement européen.

 

Le sculpteur Ivan Theimer en a sculpté la poignée en argent massif. Sur le pommeau se trouve une carapace de tortue, symbole de longévité. Sur la fusée de l'épée deux mains enlacées évoquent la réconciliation entre les peuples. La main du bas est marquée par les flammes des fours crématoires. Celle du haut est gravée de branches d'olivier, arbre de vie et de paix, avec des émeraudes et des saphirs. Un visage souriant de femme rappelle  l'engagement en faveur de la cause des femmes. Sur l'autre côté de la garde est gravé le nom du camp d'extermination de Birkenau où Simone Veil a été déportée avec sa mère et sa soeur en 1944, à 17 ans. Figure aussi le numéro 78651 qui lui avait été tatoué sur le bras.

L'Académie française compte cinq femmes, avec Simone Veil
Quai Conti, les femmes sont cinq à porter l'habit vert sur 40 membres élus par leurs pairs, après l'entrée de Simone Veil et la disparition en 1987 de Marguerite Yourcenar. L'auteure des "Mémoires d'Hadrien" avait été la première à être élue sous la Coupole en 1980 grâce au soutien actif de Jean d'Ormesson qui doit prononcer jeudi le discours de réception de la nouvelle immortelle.

Les consoeurs académiciennes de Simone Veil sont l'helléniste Jacqueline de Romilly, élue en 1988, l'historienne Hélène Carrère d'Encausse (1990) et les écrivains Florence Delay (2000) et Assia Djebar (2005).

Cette entrée de Simone Veil dans cette vénérable institution représente une consécration pour cette humaniste et femme politique. C'est "un très grand honneur qui m'étonne encore aujourd'hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation", déclarait-elle lors de son élection à l'Académie française le 20 novembre 2008.

Un destin d'exception
Née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice où elle vécut enfant et adolescente, Simone Veil a été déportée avec sa  mère (qui n'en reviendra pas) et sa soeur à Auschwitz-Birkenau en 1944. Entrée en politique en 1974 comme ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac, elle a fait voter la loi de 1975 qui porte son nom légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) au terme d'un dur combat politique et de débats virant à l'odieux qui lui feront monter les larmes aux yeux à l'Assemblée nationale.Pendant plus de 30 ans, cette femme d'exception a été une figure majeure de la vie politique française et européenne.

Son maintien plein de dignité, son chignon sobre, ses yeux clairs et ses tailleurs impeccables dessinent une silhouette reconnaissable entre toutes. Plusieurs fois ministre, puis ministre d'Etat, de 1974 à 1995, elle a présidé le Parlement européen de 1979 à 1982 et siégé au Conseil constitutionnel  de 1998 à 2007. La nouvelle académicienne avait soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle.

Son autobiographie, "Une vie", fut un des best-sellers de 2007
Présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, elle a publié en 2007 son autobiographie, "Une vie" (Stock), vendue à plus de 550.000 exemplaires.

 

Dans cet ouvrage marqué par une retenue constante, Simone Veil parle de sa jeunesse marquée par la déportation, ses études, puis une carrière brillante, mais traversée de dures épreuves. Elle raconte Auschwitz, les conditions de sa survie, la mort de sa mère, l’abominable voyage vers Bergen-Belsen. Au delà des souffrances qu’elle a endurées et de la description de l’univers concentrationnaire, elle a des propos très forts contre ceux qui banalisent le mal ou qui évoquent une responsabilité collective : « dire que tout le monde est coupable revient à dire que personne ne l’est».

 

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