Le "Paloma", yacht de Vincent Bolloré sur lequel Nicolas Sarkozy passa des vacances après sa victoire en 2007

Le "Paloma", yacht de Vincent Bolloré sur lequel Nicolas Sarkozy passa des vacances après sa victoire en 2007

AFP/BEN BORG CARDONA
De quoi Sarkozy est-il le nom ? se demandait Badiou. Pour les spécialistes des "Ghettos du gotha", la réponse est claire

Elu le 6 mai 2007 par 53% des suffrages exprimés,  le chef de l'Etat est avant tout "Le président des riches", estiment les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, dans un livre qui vient de paraître aux éditions Zones (La Découverte).


La feuille de route des auteurs ? "Depuis mai 2007, nous avons décidé de noter tous les cadeaux faits aux riches", a déclaré Monique Pinçon le 9 septembre au Grand Journal de Canal Plus.  Son livre en dresse la liste accablante.

Née sous le signe du Fouquet’s,  cette présidence  a annoncé d’emblée la couleur : multiplication des niches fiscales, fort abaissement des droits de succession, possibilité pour un couple de donner à ses enfants tous les 6 ans 300.000 euros totalement exonérés d’impôts (une mesure qui s’adresse clairement aux dynasties de millionnaires)... sans compter le renforcement du "bouclier fiscal".

Comment faire croire que les riches paient 50% de leur revenu en impôts

Ah le "bouclier fiscal" ! Jusqu’à l’affaire Bettencourt, seuls les initiés savaient qu’il n’a jamais été question, pour un riche, de payer 50% de ses revenus en impôts. Les Pinçon le rappellent, le "bouclier fiscal ne touche que les revenus imposables". Soit des revenus réels très dégraissés, puisque  passés au tamis des centaines de niches fiscales que compte l’hexagone. "Les grosses fortunes peuvent ainsi se présenter avec une taille de guêpe devant l'avide percepteur... Les revenus réels étant beaucoup plus élevés que ceux déclarés au fisc, le niveau d'imposition n'est que de 40%, 30%, 20%, voire moindre ou même nul".

Voyage au pays des ultra-riches : comment défiscaliser ses passions
Pour ceux qui seraient rétifs à la démonstration argumentée des deux universitaires, signalons l'épatant "Voyage au pays des ultra-riches" d’Aymeric Mantoux (dont le mensuel Capital livrait cet été un truculent chapitre). Faisant totalement écho au livre des Pinçon, sur un autre ton, il se lit comme un roman.

Yachts, voitures, vignobles, œuvres d’art : d’une plume alerte et ironique, ce journaliste économique (BFM, L'Optimum...) passe au crible les distractions préférées des riches. Hasard ? Ces loisirs sont souvent largement défiscalisés et ultra-rentables en termes publicitaires (voir les tombereaux d'articles sur les fondations d'art contemporain de Pinault à Venise). Cerise sur le gâteau, ils peuvent même être subventionnés par les deniers publics (les vignobles qui font la fierté d'illustres millionnaires sont considérés comme terre agricole et peuvent à ce titre bénéficier des aides européennes).

Les niches fiscales, nerf de la guerre
De Mantoux aux Pinçon, le constat est le même : nerfs de la guerre, nombre de niches fiscales servent d'abord les riches et les très riches, seuls capables de démêler ce maquis opaque (normal, il a été conçu pour eux) . Et chaque cadeau grève un peu plus le budget de l'Etat, justifiant un tour de vis social (bel enchaînement).

On peut ne pas partager les solutions des Pinçon (qui prônent le vote obligatoire pour rendre le scrutin réellement démocratique, les plus défavorisés s'abstenant largement). Mais il est difficile de ne pas tomber d'accord sur leur diagnostic, cruellement éclairé par l'affaire Bettencourt :  le mélange des genres entre pouvoir et puissances d'argent sert une oligarchie au pouvoir, à la force de frappe inversement proportionnelle à son nombre. Terminons sur la célébrissime phrase du milliardaire Warren Buffett : "il y a bien une lutte des classes et c'est nous, les riches, qui l'avons gagnée".

-> "Le président des riches" Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (Zones, 14 euros)

-> "Voyage au pays des ultra-riches" Aymeric Mantoux (Flammarion, 20 euros)

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