Elle était attaquée en justice, ainsi que son éditeur Parigramme, par les dirigeants du Marché Saint-Pierre.
Ceux-ci réclamaient l'interdiction pure et simple de son roman policier "Aux malheurs des dames" (paru en novembre 2009) et deux millions d'euros de dommages et intérêts.
Aux côtés de la romancière et de son éditeur étaient cités Hélène et Philippe Magdelonnette, une employée de bureau et un manutentionnaire du Marché Saint-Pierre. Licenciés en 2005 et 2006, ils ont manifesté plusieurs années devant le magasin et, après une procédure engagée aux prud'hommes, obtenu de la justice qu'elle déclare leur licenciement abusif.
Les dirigeants du Marché Saint-Pierre estimaient que les deux employés licenciés avaient fourni des éléments à la romancière. Mais à l'audience du 15 octobre, Lalie Walker et les époux Magdelonnette avaient affirmé ne pas se connaître. "Mon but était seulement de mettre dans un décor emblématique tout un tas de personnages", s'était défendue la romancière.
Le tribunal donne raison à la romancière
Vendredi 19 novembre, le tribunal lui a donné raison, considérant qu'il n'était "pas illégitime" qu'un romancier s'inspire du Marché Saint-Pierre, qui, "tant par l'ancienneté de son enseigne que par l'authenticité de la tradition dont il se prévaut, a acquis une réputation dont la portée excède largement celle de sa clientèle, de son quartier et même de Paris".
Pour la 17e chambre, présidée par Joël Boyer, l'oeuvre de fiction "n'avait ni pour objet, ni pour effet, aux yeux d'un lecteur de bonne foi, d'entacher directement ou indirectement la réputation de la société Village d'Orsel" (société gestionnaire du Marché Saint-Pierre).
Les responsables du Marché Saint-Pierre condamnés à des amendes
La justice a estimé que les responsables du Village d'Orsel avaient fait preuve "d'une témérité fautive", envers l'auteure, à qui ils devront verser 3.000 euros pour procédure abusive. Ils ont également été condamnés à payer 5.000 euros aux époux Magdelonnette, envers lesquels "ils ont incontestablement fait preuve d'une intention de nuire dictée par le seul ressentiment".
Le "Village d'Orsel" avait porté plainte contre l'auteur pour avoir situé l'intrigue du livre dans le cadre du célèbre magasin de tissu du XVIIIe arrondissement parisien, situé au pied du Sacré-Coeur. Ils s'estimaient diffamés par l'intrigue et les personnages jugés contraires à la réalité : psychopathes dans les étages, enlèvement d'employés...Personne ne le niait d'ailleurs, puisqu'il s'agit d'un roman policier.
Peut-on (encore) s'inspirer de lieux réels pour écrire un roman ?
C'était une des questions posées par cette assignation en justice. Ce procès a mis en lumière la difficulté croissante à écrire ou réaliser des fictions ou des reportages dans des lieux réels sans risquer d'être traîné en justice : "J'ai reçu", nous a expliqué Lalie Walker, "des dizaines de mails d'écrivains, mais aussi de photographes ou des caméramen qui me font part de l'interdiction de filmer dans des squares, dans des lieux publics... Mais où est-ce que cela s'arrête ? Il est interdit de parler de caddie - marque déposée - de Velib -marque déposée. Si je mets en scène un personnage mangeant un hamburger dans un fast-food, je risque d'être poursuivie par Mc Donald. Où est la limite ?"
"Au malheur des dames" inaugurait une collection de fiction lancée par Parigramme autour des lieux emblématiques parisiens.
-> Lire aussi :
>> Le blog de Lalie Walker et sa chronique "La fiction ... à quel prix ?"
>>"Aux malheurs des dames", Lalie Walker (Parigramme, collection Noir 75)
>> Rappelons aussi que les éditions La Tengo avaient lancé, avant Parigramme, une collection de polars noirs, arrondissement par arrondissement ( voir notre article sur La Tournée d'Adieu de Mona Cabriole).


