Fabrice Nicolino
DRLe journaliste publie cette semaine "Qui a tué l'écologie?" (aux éditions "Les liens qui libèrent").
Dans cet essai virulent, il dénonce la connivence de Greenpeace, WWF, France Nature Environnement et la Fondation Nicolas Hulot avec le pouvoir et l'industrie.
Aux yeux de l'auteur, ces associations ont failli en acceptant de siéger à un Grenelle de l’environnement où des questions essentielles ne furent pas abordées, à commencer par celle du nucléaire. Interview avant la parution du livre, mercredi.
Sur la question du nucléaire, pourquoi critiquez-vous Greenpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot et France Nature Environnement ?
Ils ont accepté en coulisses que la question du nucléaire soit sabordée, au moment précis où Nicolas Sarkozy était en négociations avec Mouammar Kadhafi pour lui vendre une centrale nucléaire made in France.
Vous vous souvenez de la tirade du président de la République à l’Onu, le 24 septembre 2007 ? "La France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l'énergie nucléaire civile... Il n'y a pas une énergie de l'avenir pour les pays occidentaux, et des pays d'Orient qui n'auraient pas le droit d'y avoir accès".
C’était en plein Grenelle de l’environnement. Les associations bien sages ont accepté que cette question du nucléaire, portée par la France, ne soit pas abordée.
Qu'est-ce que vous reprochez à ce point là au nucléaire ?
C'est simple : l’industrie du nucléaire ne peut pas coexister avec l’erreur, erreur qui est au cœur de l’humanité. Cette industrie s’est mise en dehors de l’humain, c’est complètement fou. On l’a vu avec Tchernobyl, qui est encore très énigmatique, 25 ans après. A l’époque, on avait dit qu’on ne pouvait pas marier bureaucratie soviétique et nucléaire. Que dit-on aujourd’hui, alors que le Japon est un des pays les plus développés de la planète ?
Pour revenir à Greenpeace ou Nicolas Hulot, ils dénoncent vivement le nucléaire, avec la catastrophe de Fukushima...
Nicolas Hulot, qui réclame aujourd'hui un référendum, s'est toujours montré plutôt discret sur le nucléaire. Faut-il rappeler qu'EDF siège es qualités, comme partenaire fondateur, à sa Fondation? Quand à Greenpeace, c'est une entreprise gérée par des managers avec l'obsession du résultat et de la collecte de fonds. Une entreprise beaucoup plus gentille qu'il y a 40 ans...
Il faut créer des instruments nouveaux. Greenpeace, WWF, France Nature Environnement, la Fondation Nicolas Hulot sont devenues des institutions qui ont, au mieux, perdu leur énergie et, au pire, copinent avec des entreprises industrielles aux intérêts en complète contradiction avec les leurs.
Ces associations n'ont plus le courage de nommer leur adversaire principal: le système industriel, les transnationales qui se moquent -et c'est logique- de la morale. Et dont l'objectif est de construire des objets, puis de les rendre obsolètes, comme si nous avions cinquante planètes à exploiter.
Visiblement, vous ne comptez pas davantage sur Europe Ecologie-Les Verts pour défendre les intérêts de l'écologie ?
Qu'est-ce que ça changera s'il y a 35 députés Verts ? On les verra un peu plus à la télévision ? Ca n'est pas là que ça se joue. Il faut créer des instruments nouveaux, de nouvelles formes d'associations et de partis qui fabriquent un monde différent.
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"Qui a tué l'écologie ?"
C’est la question centrale du livre du journaliste Fabrice Nicolino, auteur d’essais retentissants contre l'industrie des agrocarburants ("La Faim, la bagnole, le blé et nous") et de la viande ("Bidoche"). WWF (World Wildlife Fund, Fonds mondial pour la nature) ? Via des tables rondes sur l'huile de palme, WWF cautionne aujourd’hui, dit-il, la monoculture destructrice de l'huile de palme dans certains pays d'Asie. (Combat présenté par ainsi par WWF : "l'utilisation de l'huile de palme durable : une réelle urgence").
A noter : le livre contient quantité de précieux liens internet à l'appui de la démonstration. Voir le blog de l'auteur : Planète sans visa |
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Quels intérêts servent exactement Greenpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot ou France Nature Environnement ? Ceux qu’ils affichent – défense de la planète, de ses ressources et de la biodiversité – ou les intérêts de ceux qui les soutiennent, les promeuvent et parfois les financent, au nombre desquelles nombre d’industries pétrolières, gazières ou de traitement de l'eau, par essence pollueuses et destructrices ?
