La carte et le territoire, le nouveau Houellebecq

La carte et le territoire, le nouveau Houellebecq

AFP/MIGUEL MEDINA
N'en jetez plus ! Du Figaro à Libération, la presse (quasi) unanime s'extasie sur le dernier Houellebecq qui sort samedi

Cinq ans après "La possibilité d'une île", les thuriféraires du romancier lui promettent à nouveau le Goncourt qui lui avait échappé en 2005.

Optimiste et sûre du battage médiatique, la maison Flammarion a déjà imprimé 120.000 exemplaires de "La carte et le territoire".


Le bal des critiques avait débuté le 10 août par "Le Parisien" sous la plume de Pierre Vavasseur, plus en demi-teinte que d'autres : "C'est un roman qu'on visite de salle en salle qui résonne très fort, mais qui n'est qu'une chambre d'échos multiples..."." Marianne enchaînait le 14 août avec un long article de Benoît Duteurtre, parlant d'écrivain hors normes (le critique est d'ailleurs mentionné à la page 139 du livre de Houellebecq : "mon ami Benoît Duteurtre"). Libération juge le livre "épatant", Le Figaro parle de "meilleur roman" de l'auteur... Bref, le même son de cloche résonne partout.

Parmi les personnages : Le Lay éméché, Pernaut "outé"...et Houellebecq assassiné
Que raconte ce dernier roman, pour ceux qui l'ignorent encore ? L'histoire du peintre et photographe Jed Martin, qui devient célèbre en agrandissant des cartes Michelin ("La carte est plus intéressante que le territoire"...). Dans ses tableaux, Jed met en scène "Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l'art" ou encore Steve Jobs et Bill Gates discutant de l'avenir de l'informatique.

On demande un jour à l'artiste de peindre un écrivain, "mondialement célèbre", Michel Houellebecq (l'occasion pour celui-ci de faire son autoportrait en épave alcoolique et téléphage...). Hélas ! Avant d'avoir été peint, Houellebecq finit atrocement assassiné. Laissons au commissaire Jasselin, qui mène l'enquête, le soin de rédiger l'épitaphe : "Au total, il avait rarement vu quelqu'un ayant une vie aussi chiante. Même son navigateur Internet ne révéla rien de bien passionnant. Il ne se connectait à aucun site pédophile, ni même pornographique".

L'avouerons-nous ? Les 430 pages du livre nous ont paru longuettes. S'il y a, comme autant de marques de l'auteur, des fulgurances, de l'humour noir, du cynisme ("il était tenté de croire à des choses telles que l'amour"...) et des scènes dignes d'un journal people trash (Patrick Le Lay éméché, l'"outing" de Jean-Pierre Pernaut"...), ce précis de décomposition finit par lasser. Une fois de plus, Houellebecq s'attarde sur la lente décrépitude de l'homme blanc. Respectueux de son sujet, il le fait à un rythme de nonagénaire.

-> "La carte et le territoire" Michel Houellebecq (Flammarion, 22 euros)

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