Gilbert Sinoué

Gilbert Sinoué

Philippe Matsas / Opale / Flammarion
"Le 11 septembre 2001, je me suis demandé comment on en était arrivé là. Et j'ai écrit Inch'Allah"

C'est ce que nous a confié Gilbert Sinoué, qui vient de publier chez Flammarion "Le cri des pierres", le deuxième tome de sa saga'"Inch'Allah".

Il clôt ainsi la fresque qui suit, sur un siècle, le destin de quatre familles -juive, palestinienne, égyptienne et irakienne- au Proche-Orient.

Interview de Gilbert Sinoué sur cet impressionnant travail.



"Vous avez écrit un ambitieux roman - deux tomes, plus de 700 pages- qui couvre l'histoire du Proche-Orient de la Première guerre mondiale à 2001 . Quel était votre but ?"


C'était surtout de m’expliquer à moi-même cette histoire compliquée. C'est parti du 11 septembre. Je me suis demandé non pas pourquoi Al-Qaïda a réussi, mais comment on est arrivé là. Il n’y a pas une cause, mais des dizaines. Et j’ai décidé de remonter jusqu'à 1915 ou 1916, avant la déclaration Balfour de 1917 (NDLR : par laquelle le Royaume-Uni se disait favorable à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine).

Ce livre a été un travail de longue haleine, de près de dix ans . Pendant que  j’écrivais d’autres romans, j'amassais énormément de documentation pour celui-là. Mon gros souci était d’être le plus impartial possible : quand on parle du Proche-Orient, on touche à un brûlot. Je l’ai écrit en me fondant sur des faits incontournables.

Pour rédiger le chapitre sur Sabra et Chatila, j'ai ainsi privilégié les textes de l'Onu et le rapport de la commission dirigée par le juge israélien Yitzhak Kahane. Je rapporte également des témoignages de survivants palestiniens ("Un milicien ordonna aux hommes de ramper. Ceux qui rampaient le mieux ne pouvaient être que des combattants. Ils furent abattus sur-le-champ"). Mais pas les plus terrifiants.

Comment a été reçu le premier tome ?
Très bien, mais j'ai reçu aussi des lettres d'injures, de menaces et on m’a parfois taxé d’être partial, pro-palestinien. Une observation qui vient souvent de ceux qui ignorent le détail de l’histoire. Le fait de citer précisément les événements donne une impression de parti pris. Qui sait, par exemple, que les Palestiniens de Jérusalem-Est n'ont dans la ville où ils sont nés qu'un statut de résident, révocable s'ils s'absentent à l'étranger? On est sur un volcan. Je me suis fâché avec un ami de 40 ans parce que j’avais mentionné, dans le premier tome, que sa famille avait vendu ses terres à des immigrants juifs. Je me suis beaucoup inspiré de l'histoire de familles que je connaissais, comme celle d’un de mes meilleurs amis, le violoniste Ivry Gitlis. Il m'a raconté qu’à Haïfa, dans la Palestine mandataire, les communautés arabe et juive vivaient en harmonie.

Parmi vos personnages, le président égyptien Nasser et l'Irakien Saddam Hussein ...
Nasser a eu deux visages. Il a incarné le nationalisme arabe et reste celui qui a chassé les Britanniques d'Egypte. Mais l’autre face, apparue dans les années 60, est celle du dictateur. Quant à Saddam Hussein, c’était une brute épaisse, un fou furieux. Il n’y a rien à sauver dans le personnage.

Vous parlez avec flamme de l'Egypte cosmopolite où vous êtes né ...

Oui je suis né en Egypte, dans une famille catholique. Nous sommes partis en 1965, ruinés par la crise économique. J'avais 19 ans.

Inch Allah, passionnante saga sur le Proche-Orient



Vous cherchez en cette rentrée littéraire parfois ardue une fiction accessible, un roman qui tienne ses promesses ? Tout au long des deux tomes d'"Inch Allah", le dernier roman de Gilbert Sinoué, il y a des joies, des deuils et de flamboyantes histoires d’amour dans quatre familles du Proche-Orient, en Egypte, en Palestine, en Israël, en Irak (et même à Paris et en Syrie).

Mais il y a surtout, la trame serrée, précise, étayée, de la sanglante histoire du Proche Orient. L’auteur nous l’a dit : il a tenté d’être impartial. Mais il rappelle aussi que le peuple palestinien réclame en vain, depuis des décennies, un Etat viable, au concert sourd et aveugle des nations. Peu optimiste, "Inch Allah" se conclut par l’assassinat de Yitzhak Rabin (1995) , puis par l’ "onde de choc" qui "courut de fuseau horaire en fuseau horaire", le 11 septembre 2001, avec la chute des tours du World Trade Center. Les attentats appelèrent les représailles.  L’heure n’était plus – si elle l’avait jamais été – à la résolution du conflit israélo- palestinien. Au Proche-Orient comme ailleurs, "la machine infernale reprit sa course folle".

 

-> "Inch Allah" Tome 1. Le souffle du jasmin. Tome 2 Le cri des pierres.  Gilbert Sinoué (Flammarion, 21 euros chaque tome)

-> Le site officiel de Gilbert Sinoué



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