Claude Levi-Strauss en 2001
© AFP/Joël RobineSes obsèques ont eu lieu lundi à Lignerolles (Côte-d'Or), selon le Pr Philippe Descola (Collège de France) et une source proche de la famille.
Père de l'anthropologie moderne et du structuralisme, l'auteur du très fameux "Tristes Tropiques" (1955) a été l'un des plus éminents intellectuels du XXe siècle. Il a influencé des générations de chercheurs.
"Claude Lévi-Strauss a été enterré à Lignerolles, dans le Morvan, où il possédait une propriété. Il y a deux ans, il s'était cassé le col du fémur, il était depuis très fatigué, il est mort de grand âge", a relaté mardi soir le professeur Philippe Descola, indiquant avoir été tenu informé par l'entourage de l'anthropologue. "La famille tenait à des obsèques dans l'intimité" et "a décidé de décaler l'annonce du décès, car elle craignait d'être débordée par la médiatisation du décès et des obsèques", selon une autre source émanant des proches de l'ethnologue.
Claude Lévi-Strauss, déterminé à associer la rigueur scientifique à l'enquête directe sur le terrain, a contribué à donner à l'ethnologie toute sa légitimité parmi les sciences humaines.
A partir de ses premières recherches sur les Indiens du Brésil dans les années 1930, il produisit durant des décennies une oeuvre scientifique au rayonnement international. Claude Lévi-Strauss s'intéressa également au thème des mythes, auquel il consacra une tétralogie, les "Mythologiques".
Professeur au Collège de France de 1959 à 1982, Claude Lévi-Strauss est le premier anthropologue élu à l'Académie française en mai 1973, au fauteuil de l'écrivain Henri de Montherlant. L'Académie française a indiqué qu'elle lui rendrait jeudi un hommage privé, lors de sa séance hebdomadaire.
Claude Lévi-Strauss avait fêté ses 100 ans le 28 novembre 2008.
Dans un communiqué, le président Nicolas Sarkozy a salué en Claude Lévi-Strauss "l'un des plus grands ethnologues de tous les temps", créateur "de l'anthropologie moderne" et "humaniste infatigable".
Le long chemin d'un ethnologue
Claude Lévi-Strauss était né à Bruxelles, de parents français d'origine juive et alsacienne, le 28 novembre 1908. Installé à Paris dès sa jeunesse, Claude Lévi-Strauss fréquenta les lycées Janson-de-Sailly, Condorcet, avant de mener des études à la Faculté de droit de Paris, où il obtint une licence, puis à la Sorbonne. Il finit troisième à l'agrégation de philosophie en 1931. Entre-temps, il fréquenta les milieux de gauche, notamment la SFIO -l'ancêtre du Parti socialiste- et manqua de peu d'entamer une carrière politique.
Devenu professeur de philosophie à Mont-de-Marsan et
Laon, Lévi-Strauss intégra une mission universitaire au Brésil et enseigna la sociologie à l'université de Sao Paulo de 1935 à 1938. Cette expérience scella sa vocation d'ethnologue. Il anima diverses missions dans le Mato Grosso et l'Amazonie, où il se familiarisa avec les populations indiennes.
De retour en France peu avant la guerre, Claude Lévi-Strauss fut mobilisé sur la ligne Maginot, puis, évincé de l'armée par Vichy du fait de ses origines juives, il se retrouva affecté au lycée de Montpellier en 1940. Dès 1941, il se réfugia à New York où il gagna sa vie comme professeur. Il y rencontra le linguiste russe Roman Jakobson, dont il suivit l'enseignement.
Après un bref retour en France en 1944, Lévi-Strauss devint en 1945 conseiller culturel auprès de l'ambassade de France aux Etats-Unis, un poste qu'il occupa jusqu'en 1948 avant de démissionner.
En 1949, il publia sa thèse "Les structures élémentaires de la parenté", écrite à partir de ses expéditions brésiliennes. La même année, il fut nommé sous-directeur du Musée de l'Homme, à Paris.
A partir de 1950, Lévi-Strauss occupa la chaire des religions comparées des peuples sans écriture à l'Ecoles des Hautes Etudes. Il publia en 1955 le célèbre essai "Tristes tropiques", entre ethnologie, autobiographie et philosophie. Cet ouvrage scientifique aux accents littéraires connut un succès autant critique que public. Etude des comportements sociaux des Indiens du Brésil, le livre
n'avait pas été récompensé du prix Goncourt car ce n'était pas un roman.
En 1958, il publia le recueil "Anthropologie structurale". En 1959, il devint professeur au Collège de France, à la chaire d'anthropologie sociale. Il occupa ce poste jusqu'à sa mise à la retraite en 1982.
Après avoir fondé en 1961, avec le linguiste Emile Benveniste et le géographe Pierre Gourou la revue "L'Homme", et publié en 1962 "La pensée sauvage", il se consacra dans les années 1960 à l'étude des mythes, produisant pas moins de quatre volumes "Mythologiques" entre 1964 et 1971.
En 1973, Claude Lévi-Strauss fut le premier ethnologue élu à l'Académie Française. Il devint également commandeur de la Légion d'honneur. Il continua d'écrire des essais sur la mythologie, puis ralentit son activité dans les années 1990.
Ayant officiellement pris sa retraite en 1982, il continua à voyager et à écrire, cultivant ses penchants pour la musique, la peinture et, plus généralement, ce qu'on apprend d'autrui, comme dans son ouvrage "Regarder, écouter, lire".
En juin 2006, il reçut un hommage appuyé de Jacques Chirac lors de l'inauguration du musée parisien du Quai Branly dédié aux arts premiers.
En mai 2008, Lévi-Strauss fit son entrée dans la prestigieuse collection de La Pléiade, ayant choisi lui-même les "Oeuvres" qu'il voulait y voir publiées.
Fin novembre 2008, à l'occasion de son centenaire, plusieurs hommages lui furent rendus. Le Musée du Quai Branly organisa une journée spéciale avec lectures publiques de ses textes par différentes personnalités. L'Académie française honora le premier centenaire de son histoire. Enfin, Nicolas Sarkozy et Hélène Carrère d'Encausse rendirent visite à l'ethnologue à son domicile parisien.
Marié en troisième noce en 1954, Claude Lévi-Straus avait deux enfants. Explorateur de la nature humaine, il disait "ne s'intéresser qu'à ce qui n'existe plus". Ayant laissé derrière lui ses sympathies militantes de jeunesse, il refusa toujours de s'engager politiquement, "haïssant l'esprit de système".
Dans une des dernières interviews accordées ces dernières années, en 2005, Claude Lévi-Strauss, inquiété par l'uniformisation engendrée par la mondialisation, confiait: "Nous allons vers une civilisation à l'échelle mondiale. Où probablement apparaîtront des différences - il faut du moins l'espérer (...). Nous sommes dans un monde auquel je n'appartiens déjà plus. Celui que j'ai connu, celui que j'ai aimé, avait 1,5 milliard d'habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d'humains. Ce n'est plus le mien."
Citations
"L'ethnologie est une des nombreuses manières de comprendre l'homme. On peut essayer d'élargir la connaissance de l'homme pour y inclure les sociétés les plus lointaines", expliquait-il en 1984 à la télévision.
Philosophe de formation, Lévi-Strauss souhaitait "que rien d'humain ne nous reste étranger", pour faire comprendre à ses contemporains que "notre sagesse est une sagesse parmi des centaines ou des milliers".
Première phrase de "Tristes Tropiques": "Je hais les voyages et les explorateurs." Une phrase peu faite pour rassurer ses pairs mais dont les milieux littéraires avaient fait leur miel...
| Les livres de Lévi-Strauss |
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L'anthropologue était l'auteur d'une trentaine d'ouvrages (27 parus en français, quatre en anglais), son chef-d'oeuvre étant "Tristes tropiques", sorti en 1955. |
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| Réactions |
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- Nicolas Sarkozy a "rendu hommage", mardi dans un communiqué, à Claude Lévi-Strauss, "l'un des plus grands ethnologues de tous les temps", créateur "de l'anthropologie moderne". Il a salué la mémoire de "l'humaniste infatigable, l'universitaire curieux, toujours en quête de nouveaux savoirs, l'homme libre de tout sectarisme et de tout endoctrinement qu'incarnait M. Claude Lévi-Strauss". |
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