Lyonel Trouillot
© © M.MelkiPublié chez Actes Sud, ce roman de l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot a pour héros un inoubliable enfant des rues de Port-au-Prince.
Un gamin déguenillé prénommé Charlie qui va "foutre le bordel" dans la vie bien rangée du narrateur, Mathurin.
Avocat dans la capitale haïtienne, celui-ci affiche volontiers son cynisme ("Je ne perds pas de procès ce qui commence à se savoir. Les gens respectent les gagnants. Vaincre est un capital social").
Ce cynisme de façade s'effondre lorsque Charlie vient dans son bureau "réveiller les morts et les bons sentiments" avec "des histoires de village, de meurtre, d'argent sale, d'amour et de misère, de musique populaire et de quartier bourgeois".
En balançant à Mathurin son deuxième prénom, Dieutor, prénom qui trahit la misère et les hameaux perdus d'Haïti, Charlie a réveillé des fantômes. Parce que Mathurin, un jour, lui a ressemblé. Parce qu'il vient du même village et a décidé de l'oublier.
Le gamin raconte sa courte vie : recueilli par un prêtre généreux, dans un centre pour enfants abandonnés, il s'est fait trois amis. Une bande de quatre qui a commis l'irréparable, va être exclue du centre et se retrouver à la rue, en proie à la misère, à la violence, à la merci de de tous.
Devant cet enfant au débit effréné et à l'existence menacée, l'avocat se souvient. De la misère et de la pauvreté, mais aussi de deuils plus intimes et de sentiments plus forts ("Les gens qui naissent en ville ne tiennent pas leur promesses"). Il se rappelle avoir abandonné la fidèle Anne, son amoureuse. Avoir laissé derrière lui "le vieux Gédéon" "qui marchait toujours derrière ses mots", battait tout le monde aux cartes et lui avait donné une guitare, qu'il a gardée.
Porté par une écriture prenante et rapide qui ressemble au "yanvalou" du titre ("Le yanvalou, c'est une musique qui monte et qui descend, ça ondule"), par une montée émotionnelle, par l'horreur de ce qui est décrit et subit et par des personnages plus qu'émouvants, ce roman qui se déroule sur une semaine - cruciale pour Mathurin comme pour Charlie - nous parle d'Haïti et de partout. Honte aux jurys des prix littéraires qui, à l'exception de celui du prix Wepler-La Poste (doté tout de même de 10.000 euros), l'ont ignoré dans leur sélections.
-> "Yanvalou pour Charlie" Lyonel Trouillot (Actes sud, 18 euros), Prix Wepler La Poste.
Sur les prix littéraires, lire aussi:
>> Le Goncourt des lycéens à Jean-Michel Guenassia
>> Le prix de Flore à Simon Liberati
>> Le prix Médicis à Dany Laferrière
>> Marie NDiaye Goncourt 2009
>>Le Renaudot 2009 à Beigbeder, qui épingle Marin
>> Le prix Décembre 2009 à Jean-Philippe Toussaint
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