Frédéric Beigbeder
Photo Denis RouvreDans la première version d'"Un roman français", l'écrivain avait consacré trois pages saignantes au procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin, connu (entre autres) pour avoir réclamé un non-lieu général dans l'affaire des frégates de Taïwan.
Dans cette version parvenue en juin aux journalistes, l'auteur, qui relate l'histoire de sa garde à vue en janvier 2008 pour consommation de cocaïne sur la voie publique, pourfendait le magistrat avec une virulence et un humour assassins, tout en rappelant quelques hauts faits de sa carrière.
"Il ne m'est pas permis ici de dire tout le bien que je pense de Jean-Claude Marin"
Dans la deuxième version, Frédéric Beigbeder, qui a accepté de se plier à l'autocensure réclamée par son éditeur Olivier Nora, patron de Grasset (et depuis peu de Fayard), par crainte d'un procès en diffamation, a biffé quelques notations peu amènes. La version définitive ne fait plus allusion à l'"incroyable docilité" du procureur, initialement promu au rang de "Symbole de la lâcheté froide".
Rayée aussi, d'un trait de plume, cette formule qui nous avait fait tant rire : "personne ne parle jamais de Jean-Claude Marin. Normal, c'est chiant d'être Jean-Claude Marin" (à quand un procès en diffamation sur ce thème ?).
A la décharge de l'écrivain, la malice avec laquelle il a accompli cet exercice peu reluisant. Entamant le portrait du procureur par un ironique : "il ne m'est pas permis ici de dire tout le bien que je pense de Jean-Claude Marin", le romancier garde suffisamment de fiel pour que le haut magistrat ne sorte pas indemne de la description.
"Un roman français" sera distribué à 70.000 exemplaires dès le 18 août en librairie, accompagné de ce léger parfum de censure qui devrait booster les ventes.
-> "Un roman français" Frédéric Beigbeder Grasset (sortie le 18 août, 18 euros)
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Qui est Jean-Claude Marin ?
On ne se risquera pas à faire ici un portrait de Jean-Claude Marin. Sa fiche Wikipedia rappelle qu'il est proche "des partis politiques" de droite, qu'il est devenu en 2004 procureur de la République de Paris. Nommé procureur de la République de Paris en 2004 par Jacques Chirac, il a gardé son poste sous la présidence de Nicolas Sarkozy.


