Marie Ndiaye
© Photo C. Hélie (Gallimard)Ce qui vaut ce concert d'éloges à la romancière, dramaturge et nouvelliste, qui a fêté en juin ses 42 ans ?
La publication fin août chez Gallimard de son dernier roman, "Trois femmes puissantes", dont le tirage atteint désormais 45.000 exemplaires.
Mais le public a t-il compris, à travers ce choeur de louanges, à quel point ce roman, qui articule trois histoires, est un des plus dérangeants de l'automne ?
Car
"Trois femmes puissantes" - quelle ironie dans ce titre- met d'abord à jour l'impuissance et la déchéance d'hommes, jetés à bas d'une splendeur passée ou fantasmée. Des hommes s'appuyant alors sur des femmes, quitte à les détruire.
Voici donc - première histoire - l'avocate Norah, venue en Afrique voir son père qui l'a abandonnée en France, avec sa soeur, laissant leur mère les élever seule. Mais ce père ignoble a pris avec lui leur jeune frère, Sony, désormais en prison pour meurtre. Et il compte sur sa fille avocate pour défendre ce frère charmant, dont on l'a privée pendant des années.
Voilà donc - deuxième histoire - Rudy Descas, qui conçoit des plans de cuisine pour une entreprise dans le Bordelais. Lui, Rudy Descas, qui fut professeur de français en Afrique et en ramena sa femme, Fanta. Tout en la privant, elle, de travail puisque ses diplômes ne sont pas reconnus en France. Rudy remâche sa rancoeur et rêve à un avenir qui ne s'écrira pas tout au long d'une catastrophique journée se soldant par son licenciement.
Retour en Afrique : voici enfin - troisième histoire et sans doute la pire de toutes, dans une tension qui va croissant - Khady Demba qui fut heureuse épouse, à défaut d'être mère, et qui est désormais veuve, rejetée par la famille de son mari, à la merci des vautours. Entraînée par un tout jeune homme, elle va remonter vers le Nord pour tenter de passer en Europe, fétu de paille ballotté par la misère, à la merci d'autres miséreux tentant, eux aussi, le passage vers l'Occident.
Plus encore que les deux premières, cette histoire là, sans espoir et sans rédemption - ou si peu - serre définitivement le coeur, laissant un malaise qui ne se résorbe pas, accru par la langue-monologue de Marie NDiaye, ces pensées qui se bousculent sans savoir à quoi se raccrocher. Que reste-t-il à Khady Demba, naguère heureuse sans le savoir ? Un corps malheureux et tourmenté, un nom-identité qui lui sert d'ultime bouée de sauvetage, aussi vaine que les précédentes. On ne sort pas indemne du livre de Marie NDiaye, mais plutôt, à l'instar de ses personnages atteints d'ulcères, eczémas, hémorroïdes, maladies de peau, démangé longtemps après sa lecture.
-> "Trois femmes puissantes" Marie NDiaye (Gallimard, 19 euros)
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