Frédéric Beigbeder
© Photo Denis Rouvre"C'est un prix important, qui a été décerné au "Voyage au bout de la nuit" de Céline et aux "Choses" de Pérec, tous ces livres si beaux, si grands. Et là, me retrouver sur la même liste que ces gens-là... Je crois que je vais pleurer", a dit à la presse le lauréat, visiblement ému.
Il a aussi ironisé : "J'ai une pensée pour le procureur (de la République) de Paris, à qui je dois beaucoup." Ce procureur, Jean-Claude Marin (qui fut aussi celui du procès Clearstream) est à l'origine du parfum de censure autour du livre, qui défraya la chronique en août.
Frédéric Beigbeder a obtenu le Renaudot au cinquième tour avec sept voix contre une pour Vincent Message pour "Les veilleurs", une voix pour Véronique Ovaldé pour "Ce que je sais de Vera Candida" et une à Justine Lévy pour "Mauvaise fille".
"Un roman français" : l'histoire d'une garde à vue, et celle d'une famille, les Beigbeder
"Un roman français" raconte l'histoire de la garde à vue de l’écrivain, pour usage de stupéfiants sur la voie publique. Angoissante, cette garde à vue a déclenché chez lui un désir inédit de mémoire: "Je ne me souviens pas de mon enfance… Je n’ai jamais écrit que des histoires d’homme sans passé".
Le narrateur remonte dans le temps, retrouve l’histoire de sa famille et raconte les deux branches familiales. Côté maternel, les nobles. Côté paternel, des "bourgeois bohèmes américano-béarnais : les Beigbeder". C'est sur la côte basque que se noue l'idylle parentale : "C’est l’histoire, écrit-il, d’une humanité nouvelle ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés".
Il en vient aussi, très vite, au nœud du problème. De son problème à lui : son frère Charles. L'homme plus que parfait : brillantes études, marié, ayant fait fortune dans les affaires (Selftrade, Poweo), sans doute bientôt lancé en politique ...Hasard ou fatalité ? Frédéric est placé en garde à vue le jour où il apprend que Charles va recevoir la Légion d'honneur.
De cette garde à vue, il fait une impitoyable description. Et décrit longuement l'absence de droit, les conditions misérables de détention, l'inhumanité organisée: "une cellule de garde à vue », écrit-il, " est le lieu qui concentre le maximum de douleur dans le minimum de mètres carrés ». Symbole de cette inhumanité: le procureur de la République. "Il ne m'est pas permis ici de dire tout le bien que je pense de Jean-Claude Marin", écrit Frédéric Beigbeder, qui a dû, sur pression de son éditeur, réécrire les trois pages concernant cet éminent personnage.
Les cent premières pages d'"Un roman français" sont éblouissantes, portées par la rage de la garde à vue et le désir de creuser sa généalogie. D'une belle facture classique (pour les épisodes familiaux) entrecoupée d'imprécations (sur la garde à vue), cette oeuvre sentimentale et intello a conquis le grand public, et, dans la foulée, les jurés Renaudot.
-> "Un roman français" Frédéric Beigbeder (Grasset)
-> Lire aussi : Signée Beigbeder, la première censure de la rentrée
-> Signalons par ailleurs que le prix Renaudot poche 2009 (une première) a été attribué à "Palestine" (Livre de poche) d'Hubert Haddad (qui a publié en cette rentrée "Géométrie d'un rêve" chez Zulma).
Le Renaudot de l'essai a récompensé l'écrivain et résistant Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, pour ses mémoires, "Alias Caracalla" (Gallimard)
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