| Un roman attachant, portrait d'une génération
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Un bon gros roman avec plein de personnages attachants dans le Paris des années 1960. Jean-Michel Guenassia conte la rencontre d’un jeune Parisien avec des personnages étranges à l’occasion de parties de baby-foot dans un café de Denfert-Rochereau.
Michel Marini, 12 ans en 59, navigue entre ses études, ses coups de cœur, la guerre d’Algérie, le rock et ses amis du "Club des Incorrigibles Optimistes" sous l'oeil de Sartre ou Kessel.
Ce foisonnant roman commence dans le cimetière de Montparnasse en 1980, lors des obsèques agitées de Jean-Paul Sartre. Michel Marini, qui a grandi, retrouve ceux qu’il avait connus, lycéen à Henri IV, au début des années 60. Là commence un grand flash back qui se terminera au cimetière Montparnasse…
Entre ces deux scènes au cimetière, Jean-Michel Guenassia déroule son histoire avec le souffle des feuilletonistes du 19e. Il n’a pas son pareil pour imbriquer et raconter ses nombreux personnages. Des dizaines de trajectoires individuelles qui font vivre les 750 pages du roman. On passe de la guerre d’Algérie et ses drames au boom de l’électroménager, de Stalingrad aux purges staliniennes, de Budapest en 1956 à la construction du Mur de Berlin, des amours impossibles de l’un à une soirée avec Noureev, de la rencontre de Kessel et de Sartre à la mort accidentelle de Camus…sans parler de l’amour de Michel pour la belle Camille…
Ces personnages, ce sont notamment ceux rencontrés au Balto, le café de Denfert-Rochereau ou le jeune Marini aime jouer au baby-foot. Il y a là Sacha, Leonid, Igor…(le lecteur a immédiatement dans les oreilles la chanson de Marie Laforêt "Ivan, Boris et Moi"…), des réfugiés de l’est qui refont le monde et le communisme entre deux parties d’échecs. Des réfugiés du communisme qui pour les uns ne veulent plus en entendre parler et pour les autres y croient toujours. Des hommes qui ont vécu dix vies en une seule, qui vous emmenent de Leningrad à Paris, de Budapest à Londres. Des trajets incroyables, uniques; des héros ou non subissant misérablement leur statut de réfugiés mais ô combien vivants, généreux...optimistes.
C’est dans ce café à l’ancienne (un rêve de café parisien) que ces réfugies ont installé leur "club des incorrigibles optimistes". C'est là que tout est occasion de discussions, disputes, coups de coeur, confidences, fêtes...Mais, c'est aussi dans l'arrière salle de ce bistrot que petit à petit apparaît, comme dans le révélateur du photographe (une des passions de Michel avec la lecture), le dénouement qui explique une partie du libre et l'un de ses personnages clé.
Un dénouement assez noir qui a pour cadre les crimes du stalinisme (une piqûre de rappel douloureuse pour ceux que le matraquage sur la commémoration de la chute du mur aura rendu pro-communistes).
L'auteur, qui signe là un magnifique premier roman, réussit un joli tableau d'une époque, d'un quartier (l'histoire se déroule rive gauche, entre Henri IV et le Luxembourg, Denfert-Rochereau et la Seine). Un portrait truffé d'anecdotes et de personnages formidables. On ressort du livre avec le son, les odeurs et les couleurs des années 60. Un livre nostalgique ? Pas seulement. Humain.
Le Club des Incorrigibles Optimistes
de Jean-Michel Guenassia
Ed. Albin Michel
750 pages - 23,90 euros
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