Justine Lévy
© Photo Tom WatsonForte médiatisation aidant, son roman, tiré à 80.000 exemplaires, est monté en sixième position du dernier classement fiction de Livres Hebdo.
Comme Colombe Schneck l’an dernier chez le même éditeur (Stock, qui affectionne les tranches de vie saignantes), la narratrice, qui se prénomme ici Louise, raconte le cancer et l'agonie de sa mère.
Et sa mort, alors que Louise est enceinte .
Au coeur du livre, les ravageuses relation mère-fille
Comment devenir mère quand la vôtre disparaît ? Comment devenir mère quand la vôtre n'a rien d’un modèle ? Telles sont les questions qui hantent le livre et sa narratrice. Face solaire, une mère beauté radieuse, capable d’empathie pour la terre entière. Face d'ombre, une génitrice qui laissait son enfant des weeks-end entiers avec des amies "camées à mort" et capables de se servir de la petite Louise comme "mule", à l'occasion d'un retour de Thaïlande. Une mère "indigne à la vie à la mort", mais aussi une femme débordant de bonté, capable de se marier avec un étranger pour lui offrir ses papiers, et susceptible d’offrir à boire à tous les clochards du quartier. Notamment grâce à l’argent du père de l’héroïne, qui ressemble tant au père de l’auteur, Bernard-Henri Lévy.
Un père qu'elle décrit comme exemplairement généreux, finançant sa première épouse dont il est depuis lontemps séparé. Et lui permettant de se nourrir, de se loger, et d’être soignée au mieux pour son cancer, même si elle n’en réchappera pas.
Si l’auteur dresse un portrait plus qu’élogieux de ce père à la fois lointain et présent, elle est impitoyable pour la cour qui gravite autour de lui. Peint cruellement le "toubib", un mandarin au bureau constellé de photos à sa gloire, en compagnie de Chirac ou Mitterrand. Une outre vaniteuse qui se prend pour un écrivain et soigne sa mère, dont il oublie constamment le nom, pour obtenir la reconnaissance d’un intellectuel médiatique. Epinglé aussi, le prêtre enterrant sa mère dans l’espoir de voir surgir des journalistes à cette cérémonie funèbre. Las ! En dehors de la famille proche, il ne verra qu'un quarteron de pochetrons: les derniers amis de la mère de Louise.
Et puis il y a cette vie qui bat, cette joie d’être enceinte, cette angoisse de la narratrice de devenir à son tour une "mère indigne". Nerveuses, questionnantes, angoissées, ces pages-là – flots de douleur, d’angoisse, de culpabilité, d'interrogations, de souvenirs – emportent l’adhésion, probablement des lectrices plus encore que des lecteurs. Parce que l'auteur restitue quelque chose de très exact du ravageur lien mère-fille, et sait faire vibrer des notes justes sur cette corde ultra-sensible. Et l’on se souvient alors que si l’on avait apprécié son précédent roman, "Rien de grave", ce n’est pas seulement parce qu’elle y disait du mal de Carla Bruni. C’est aussi parce que la narratrice, avec son écriture d'écorchée vive, a une façon de s’offrir en pâture qui arrête le coup de griffe et force l’attention.
-> Mauvaise fille Justine Lévy (Stock, 16,50 euros)
->Justine Lévy avait été l'invitée de La Grande Librairie sur France 5 le 17 septembre
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