A quoi reconnaît-on la musique singulière d'Olivier Adam ? A cette empathie pour des vies ordinaires dévastées par des drames, qu'il sait rendre comme personne.
Son dernier roman, "Des vents contraires" (éditions de l'Olivier), peint une famille dont le père, Paul, et les enfants, Manon et Clément, ont été abandonnées par leur épouse et mère, Sarah.
Celle-ci a brutalement disparu de leur vie, partie un matin sans retour. Pour refaire sa vie ? Morte ? Enlevée ? Séquestrée ? La réponse ne sera donnée que dans les toutes dernières pages, mais elle est secondaire. Car le livre s'attache magistralement à décrire le vide, le manque ravageant les enfants et le père, qui ne tient plus debout que par l'amour le liant à son fils et sa fille. Son fils de 9 ans qu'il avait connu vif, rieur, enjoué et qui ne manifeste plus aucune émotion. Sa fille Manon, encore en maternelle, inquiète de tout. Deux enfants minés par le mystère, les questions auxquelles personne ne sait répondre ("Tu crois qu'elle est morte, maman ?").
En face, l'incompréhension du monde. Les institutrices, les notables, qui les jugent sans les comprendre, les fragilisent davantage encore. Mais à côté, tout près, des soutiens. Le frère de Paul, Alex, et sa femme Nadine prête à tant d'affection pour ces neveux remplaçant les enfants qu'elle n'a pas eus. Cet étrange commissaire dont la fille est boxeuse et qui accorde tant d'indulgence à Paul, ce romancier qui n'écrit plus une ligne et joue sans licence au moniteur d'auto-école, pour gagner un peu d'argent. Sans oublier la voisine, Isabelle, qui attend son fils parti depuis des mois en Scandinavie, ou Elise, la vieille dame, tout en élégance et discrétion.
Un univers caractéristique du romancier qui vit désormais à Saint-Malo (la mer est omniprésente, comme dans presque tous ses romans) : hommes et femmes que l'amour - pour une compagne, un compagnon, un enfant, une mère - ou le souvenir d'un amour fait vivre, ou survivre. Hommes et femmes vacillants que les institutions - école, police, juges - contribuent à faire tomber. Hommes et femmes qui ont depuis si longtemps perdu "le mode d'emploi" de l'existence, "la marche à suivre". Et trouvent parfois -mais pas toujours- une main secourable, à l'ultime instant.
Comme dans ses livres précédents ("A l'abri de rien", prix France Télévisions, "Falaises" ...), Olivier Adam pose sur ces êtres en perdition ce regard qui n'appartient qu'à lui pour en faire d'autres nous-mêmes. Il a trempé sa plume dans leur désespoir d'écorchés vifs : phrases haletantes, vibrantes, formules coups de poing ("Sarah me mangeait tellement les yeux et le coeur ..."), énumérations sans ponctuation qui nous murmurent à l'oreille la tristesse mais aussi la joie fugitive d'une après-midi au bord de mer ( "On allait traverser la Rance, se payer une pizza à Dinard ou Saint-Lunaire, passer l'après-midi sur la plage, jouer au foot, aux petits coureurs, emmerder les crabes attraper deux trois crevettes, faire la sieste des châteaux des circuits des pyramides ...").
"Des vents contraires" confirme à nouveau le talent d'un écrivain inégalable pour restituer "cette somme de fragments discontinus" qui constitue une vie, dessinant parfois "en mosaïque l'image de ce qu'il faut bien nommer le bonheur". Un bonheur fragile comme un château de cartes.
-> "Des vents contraires" Olivier Adam (éditions de l'Olivier, 20 euros)
256 pages
Lire aussi
-> Le prix du roman France Télévisions 2007 à Olivier Adam pour "A l'abri de rien"
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