Le dessinateur Riad Sattouf et le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, au Festival d'Angoulême (31/01/2010).

Le dessinateur Riad Sattouf et le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, au Festival d'Angoulême (31/01/2010).

AFP/PIERRE ANDRIEU
Le Grand Prix du 37e Festival d'Angoulême a été attribué à Baru et le Fauve d'or du meilleur album à Riad Sattouf

Hervé Baruléa, dit Baru, ausculte depuis les années 80 le monde de l'adolescence. Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand lui a remis sa récompense dimanche, en clôture du festival de la Bande dessinée.

Pascal Brutal tome 3 (Fluide Glacial) de Riad Sattouf, auteur du film Les beaux gosses (2009), a été consacré meilleur album.

 Vidéo



"La pérennité du Festival ne me semble pas compromise. Il y a eu un certain nombre de difficultés (...), on va pouvoir travailler maintenant de manière tranquille", a déclaré Frédéric Mitterrand à propos des problèmes budgétaires rencontrés à l'automne par la manifestation. En novembre, la suppression d'une subvention municipale avait notamment dû être compensée par des financements de la Chambre de commerce et d'industrie  d'Angoulême et du Haut commissariat à la jeunesse pour boucler l'édition 2010.

Le ministre de la Culture avait visité auparavant l'exposition consacrée au dessinateur Blutch, en présence de plusieurs grands noms de la BD et anciens Grand prix du Festival d'Angoulême, parmi lesquels Enki Bilal, Philippe Druillet, Jean Giraud, Frank Margerin ou Georges Wolinski.

Cette année encore, une foule de passionnés - les organisateurs attendaient quelque 200.000 personnes - se sont donnés rendez-vous à Angoulême pour célébrer la bande dessinée.

Avec Sempé, Zep, Bilal, Joe Sacco (présentant son "Gaza 1956") et Robert Crumb,  toutes les tendances de la BD étaient représentées, du manga (avec Manga building pour point de ralliement) au dessin d'humour et des nouvelles figurations à l'héroic fantasy. Sans oublier l'exposition "Jeunes talents" pour découvrir les futurs grands auteurs.


Un des cinq plus grands festivals français, toutes catégories confondues
Comme chaque année, le Festival international de la Bande dessinée a ratissé large, à l'image des 86 livres en compétition pour les dix prix du palmarès officiel, les "Fauves d'Angoulême", décernés en clôture du festival.

 

Angoulême 2010 pouvait compter sur le dynamisme du secteur, dont la production a encore augmenté de 2,4% en 2009, avec plus de 3.500 nouveautés publiées. La BD francophone, dont le chiffre d'affaire annuel atteint 320 millions d'euros, est même l'un des secteurs de l'édition qui résistent le mieux à la crise.

En 37 années d'existence, le festival d'Angoulême, "la plus grande librairie de BD du monde",  est devenu, selon ses organisateurs, "l'un des cinq plus grands festivals français" toutes catégories confondues en terme de fréquentation.   

Le palmarès
Grand Prix de la Ville d'Angoulême 2010
: Baru
Fauve d'or du meilleur album : "Pascal Brutal, cube" (T3), de Riad Sattouf  (Fluide Glacial)
Prix du jury : "Dungeon quest", de Joe Daly (L'Association)
Prix de la série : "Jérôme K. Jérôme Bloche" T21, d'Alain Dodier (Dupuis)
Prix Révélation : "Rosalie Blum T3, Au hasard Balthazar", de Camille Jourdy  (Actes Sud)
Prix Regard sur le monde : "Rébétiko" de David Prudhomme (Futuropolis)
Prix de l'audace : "Alpha Directions" de Jens Harder (Actes Sud/An 2)
Prix Intergénérations : "L'esprit perdu" de Gwen de Bonneval et Matthieu  Bonhomme (Dupuis)
Prix Jeunesse : "Lou" T5 de Julien Neel (Glénat)
Prix du patrimoine : "Paracuellos" de Carlos Gimenez (Fluide Glacial)
Prix de la BD alternative : "Spécial Comics" N3, publié en Chine
Prix du public Fnac-SNCF : "Paul à Québec" de Michel Rabagliati (La  Pastèque)

-> Lire aussi "Gaza 1956, en marge de l'histoire", de Joe Sacco
-> Voir aussi nos coups de coeur BD

                ---------------------------------------

La BD s'empare du numérique

Prospère dans sa version imprimée, la bande dessinée passe au numérique. Mais si de plus en plus d'albums sont accessibles sur ordinateurs, consoles ou téléphones portables, le marché reste à inventer.

Avec ses milliers d'albums publiés chaque année et un patrimoine riche de millions d'images et de centaines de héros populaires, la BD est une mine pour les opérateurs de l'internet à la recherche de contenus. La bande dessinée est d'ailleurs l'un des secteurs de l'édition en avance sur le numérique et quelques sociétés se disputent déjà les séries vedettes, en s'alliant le plus souvent aux éditeurs traditionnels.

"Aquafadas", "Anuman Interactive", "Mediatoon", "MobiLire", "Forecomm", "BDTouch" ou "Digibidi", proposent de visualiser des albums, en payant ou parfois même gratuitement. La plupart seront présentes pour la première fois cette année au Festival de la bande dessinée d'Angoulême  (28-31 janvier).

 

L'exemple vient d'Asie ou les fans japonais ou coréens découvrent désormais les mangas sur l'écran de leurs iPhone. Mais rares sont encore les BD créées spécialement pour le support numérique.
En France, "Bludzee", les aventures d'un petit chat aux yeux bleus créé par Lewis Trondheim, est la première du genre. Les amateurs peuvent suivrent ses aventures chaque jour sur leur iPhone pour 0,79 euros par mois.

 

Le marché ne décollera qu'avec la création de BD conçues directement pour le net
Pour les spécialistes, le marché ne décollera qu'avec la création de BD conçues directement pour le net, avec un mode de narration propre. Parce qu'on ne lit pas une BD sur écran comme on feuillette un album. "Il y a un marché potentiel. La question est de savoir s'il va se développer en complémentarité avec le papier ou en substitution. Mon sentiment est qu'il se fera en complémentarité, à condition de gérer ce changement intelligemment", souligne Louis Delas, responsable du pôle BD au Syndicat national de l'édition
(SNE).

Pour le directeur génral de Casterman, le développement du marché doit se faire "en harmonie avec les libraires" et "avec un travail éditorial et technique pour que le numérique ne soit pas seulement un dérivé du papier". Au Japon, note-t-il, "le numérique n'a pas pénalisé le livre, au contraire".

Les éditeurs testent actuellement de nouvelles approches techniques et différentes formules de prix et d'abonnements. "Le jour où les auteurs se saisiront des outils pour publier en ligne ce
sera formidable. Mais pour l'instant on a un côté un peu gadget", constate pour sa part Benoît Mouchart, directeur artistique du festival d'Angoulême .

 

Jusqu'à présent, la mise en ligne d'albums déjà existants satisfait plus les amateurs de nouvelles technologies que les fans de bande dessinée.

 

La BD n'en est pas moins un formidable réservoir d'images et d'idées pour le net, comme elle l'est pour le cinéma ou les jeux video. Les best-sellers du moment - "Lanfeust", "Les blondes"... - comptent déjà parmi les livres, tous genres confondus, les plus téléchargés.

Dominique Chabrol (AFP)


cliquez ici