Quelques livres de la rentrée littéraire de janvier 2011
L’Express a donné à cette rentrée le parfum de scandale qui lui manquait en accusant Patrick Poivre d’Arvor d’avoir plagié sur cent pages un auteur américain, dans une biographie d’Hemingway à paraître le 19 janvier.
Radios et télés devraient s'arracher Christine Angot, qui livre chez Flammarion des scènes de la vie conjugale à sa façon ("Les Petits"), et Alexandre Jardin, qui revient sur le parcours de son grand-père Jean, directeur de cabinet de Pierre Laval de mai 1942 à octobre 1943 ("Des gens très bien, Grasset).
Des auteurs éprouvés, mais à peine 49 nouveaux romans
Plus loin des feux de la rampe, cette rentrée hivernale est plébiscitée par des auteurs (de qualité) fuyant la foire d'empoigne des prix d'automne. Les éditeurs ont d’ailleurs limité les risques : à peine 49 nouveaux romans, chiffre en baisse de 30% par rapport à l'an dernier. Et parmi ces primo-romanciers, bon nombre de journalistes comme Bruno Roger-Petit (ex-France 2) qui publie sous forme de fiction le journal imaginaire d'un personnage fictif, proche de François Mitterrand ("Authentiquement français", Héloïse d'Ormesson).
Le retour de Makine, Bégaudeau, Sollers, Assouline, Bénameur...
Parmi les valeurs présumées sûres, retour, donc :
. d'Andréi Makine et de ses thèmes favoris (les femmes, la Russie) dans "Le livre des brèves amours maternelles" (Le Seuil),
. de François Bégaudeau ("La blessure la vraie", chez Verticales : à 15 ans, le narrateur décide de coucher avec une fille ...),
. de Philippe Sollers ("Trésor d'amour" : Venise et Stendhal. Le livre s'ouvre par cette citation stendhalienne : "L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule"),
. de Pierre Assouline, mué en exégète de la Bible ("Les Vies de Job", Gallimard),
. de Jeanne Bénameur avec "Les insurrectons singulières" (Actes Sud), odyssée d'un ouvrier sidérurgiste quittant la France pour le Brésil mué en nouvel eldorado des patrons de l'acier.
Coe, Irving, Ellroy : les Anglo-Saxons en force
Domination anglo-saxonne, comme toujours, du côté de la littérature étrangère avec les nouveaux John Irving ("Dernière nuit à Twisted River", Seuil), Jonathan Coe, "La vie très privée de Mr Sim" ou James Ellroy ("La malédiction Hilliker", du nom de sa mère assassinée, chez Rivages).
Les plus curieux pourront fureter chez Zulma qui publie le dernier roman de l'Israélien Benny Barbash ("Little Big Bang" : un homme décidé à maigrir adopte le régime tout olive. Jusqu'à ce qu'un rameau d'olivier lui pousse dans l'oreille). Ou chez Sabine Wiespieser : sous le très joli titre "Istanbul était un conte" (Mario Lévi), la vie quotidienne de trois générations de juifs turcs sur les bords du Bosphore.
| Déjà lu, aimé et testé pour vous : . "La vie poétique 1. Comment gagner sa vie honnêtement" Jean Rouaud (Gallimard) L'auteur revient sur ses années de jeunesse (les seventies et les débuts des années 80) entre une France de l'Ouest encore très catholique et les communautés hippies du sud de la France. De la tendresse parfois, mais pas d'indulgence excessive pour ces années utopiques ("Gardarem lou larzac"). Le rêve ("ne travaillons jamais") se muait parfois en grisaille et mornes petits boulots, très loin de l'avenir radieux espéré. Au-delà du récit, les phrases brodées, ciselées, captivantes de Rouaud offrent un bonheur de lecture trop rarement rencontré. . "Cet été-là" Véronique Olmi (Grasset) Amours et désamours de trois couples qui se font ou se défont, un week-end de 14 juillet, dans une villa normande, sous le regard critique et parfois atterré d'adolescents. Mais comment fait-elle, Véronique Olmi ? Une fois entamé, le roman ne se lâche plus et vaut jolie peinture de moeurs de la France bourgeoise de ce début de siècle. . "Tout tremble autour de moi", Dany Laferrière (Grasset) Qui ne s'en souvient ? Le 12 janvier 2010, un terrible séisme ravageait Haïti. L'écrivain Dany Laferrière, qui vit à Montréal, était venu à Port-au-Prince pour le festival Etonnants voyageurs. Il livre ici, en 180 pages, son témoignage qui n'est pas celui du journaliste traquant le sensationnel, mais un regard empathique, sensible, affectueux sur la terre où il est né et ou vivent sa mère, sa soeur et sa famille. Comment oublier "ces images qui brûlent encore" en lui, comme "cette petite fille qui, la nuit du séisme, s'inquiétait à savoir s'il y a classe demain" ? Emouvant et, d'une certaine façon, formidablement optimiste. ."Quatrième chronique du règne de Nicolas 1er" par Patrick Rambaud (Grasset). Expert en défaite (il décrocha en 1997 le prix Goncourt pour "La bataille" d'Essling, perdue par Napoléon), l'écrivain narre ici "l'année qui court de l'été 2009 à l'été 2010" et "consacre la dégringolade de Nicolas 1er dans l'opinion". "Si son "à suivre, hélas" sonne sinistrement, cette nouvelle chronique acerbe et rondement menée nous a, une fois de plus, beaucoup fait rire. |
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