"La pluie, avant qu'elle tombe" Jonathan Coe (Gallimard)
© France 2L'essentiel du roman, au titre menteusement enchanteur ("La pluie, avant qu'elle tombe") tient dans le récit d’une femme, Rosamond. Récit enregistré sur cassettes peu avant sa mort, et destiné à une mystérieuse Imogen.
L'histoire est celle d’une tragédie : une malédiction mère-fille, reproduite sur trois générations.
Que raconte Rosamond, la narratrice ? D'abord son amitié, petite, avec une enfant de son âge, Beatrix. Pendant la guerre (un rappel, au passage : des centaines de milliers d'enfants furent envoyés de Londres à la campagne par crainte des bombardements allemands), Rosamond fut accueillie par la famille de Beatrix. En ces temps de pénurie, on y vivait bien, on n'y manquait de rien. Ou presque : d'amour. Beatrix est haïe par sa mère …
Sur cette haine première, fondatrice (et pierre angulaire du roman), Rosamond bâtit son histoire. Et s'en explique, avec le souci de simplicité et de pédagogie qui court tout au long de son discours: « Malgré tout il me paraît important de ne pas sous-estimer ce qu’on doit ressentir quand on se sait mal-aimé par sa mère. Par sa mère, celle qui vous a donné le jour ! C’est un sentiment qui ronge toute estime de soi et détruit les fondements d’un être. ».
La suite est inscrite dans les prémisses : Beatrix enfantera Théa, qu’elle haïra comme sa mère la haïssait. Abandonnée quelque temps, Théa sera un des rares rayons de soleil de la narratrice Rosamond, qui l'a recueillie enfant, avec l'aide de sa compagne d'alors, Rébecca – car Rosamond n’a aimé que des femmes. Et Théa sera rendue à sa mère, pour leur malheur à toutes.
Sur ce thème pourtant exploré en littérature, Jonathan Coe réussit un chef d’œuvre, en rendant à chacune de ses héroïnes sa part d'humanité. Du bonheur ? Il y en a peu : semblable à "la pluie avant qu’elle tombe", un moment suspendu, dont il n’est pas sûr qu’il existe. La tension va crescendo. Et, de génération en génération, les scènes se reproduisent et se répondent. Des détails de l’existence (chiens qui s’enfuient, chemisiers tachés ...) prennent un sens qui les dépasse, une importance disproportionnée, significative d'un malaise existentiel. Difficile de ne pas finir en larmes ce livre bouleversant, quasi-exempt des notations sociales et des critiques de l'Angleterre thatchérienne ou blairiste qui avaient contribué au succès de "Bienvenue au club" et du "Cercle fermé". Un roman intimiste très pur, parfait et absolument noir.
-> "La pluie avant qu'elle tombe" Jonathan Coe (Gallimard, 19,50 euros)
-> Voir aussi : Rentrée littéraire de janvier : 558 romans
![]() |
Testez vos connaissances sportives !
Jouez maintenant en ligne avec la célèbre émission télé !
Jouez au jeu culte sur internet! Gratuit!
Découvrez la nouvelle version du célèbre jeu en ligne !
Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 France Télévisions
commentaires