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LITTERATURE

14/08/2008 | 10:52

Mahmoud Darwich enterré à Ramallah

- L'enterrement de Mahmoud Darwich à Ramallah ,le 13 août - AFP -

L'enterrement de Mahmoud Darwich à Ramallah ,le 13 août

© AFP

Décédé samedi en exil aux Etats-Unis, le poète palestinien a été enterré mercredi en Cisjordanie, à Ramallah

Mahmoud Darwich, 67 ans, était un des plus grands écrivains du monde arabe, auteur d'une oeuvre au grand lyrisme marquée par les drames de  l'exil et de l'occupation vécus par le peuple palestinien.

L'Autorité palestinienne, qui avait décrété un deuil national de trois jours en son honneur, avait organisé pour lui des funérailles nationales.

Des dizaines de milliers de Palestiniens, selon la police, ont accompagné la dépouille du poète vers sa dernière demeure, près du Palais de la culture de Ramallah. Etaient présents, notamment, le président palestinien Mahmoud Abbas et, pour la France, Dominique de Villepin qui avait consacré plusieurs pages à Mahmoud Darwich dans son dernier livre ("Hôtel de l'insomnie" paru chez Plon en 2008). Le cercueil a été conduit vers la tombe par un véhicule militaire qui a sillonné les rues de la ville et a été mis en terre à l'ombre de trois palmiers fraîchement plantés.

Mahmoud Darwich avait acquis une notoriété internationale, avec près de trente ouvrages  traduits en quarante langues. Lauréat du prix Lénine de l'ex-URSS, chevalier des  Arts et des Lettres (France), il avait reçu à La Haye le prestigieux prix Prince  Claus pour "son oeuvre impressionnante".  Son célèbre poème de 1964, "Identité", sur le thème d'un formulaire  israélien obligatoire à remplir, était devenu un hymne repris dans tout le monde  arabe. Ses dernières oeuvres sont disponibles chez Actes Sud ( "Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin", 2007, poèmes traduits de l'arabe -palestinien - par Elias Sanbar, "Ne t'excuse pas", 2006, "Le lit de l'étrangère", 2000...).

 
Des obsèques nationales à Ramallah
- Mahmoud Darwich - AFP/FETHI BELAID  -

Des dizaines de milliers de personnes, selon la police, ont accompagné la  dépouille de Mahmoud Darwich vers sa dernière demeure, près du palais de la Culture de Ramallah,  dans un lopin de terre depuis lequel peut être aperçue la banlieue de Jérusalem,  dont les Palestiniens ambitionnent d'en faire la capitale de leur futur Etat.

Le corps de Darwich a été transporté depuis Amman par  un hélicoptère militaire jordanien qui a atterri dans la Mouqataa, le QG du  président palestinien Mahmoud Abbas. Une garde d'honneur a présenté les armes devant le cercueil, enveloppé du  drapeau palestinien et porté par huit officiers.

M. Abbas, d'une voix émue, a rendu hommage au poète qui incarnait  l'aspiration de son peuple à l'indépendance et racontait leurs souffrances  causées par l'exil et l'occupation. "Nous ne pouvons croire qu'il est parti", a dit le président palestinien  devant des membres de la famille de Darwich, dont sa mère de 92 ans, des  responsables, des diplomates et des dignitaires religieux. "Tu resteras avec  nous Mahmoud car tu nous a laissé tout ce qui nous unit. Nous ne te disons pas  'adieu' mais 'au revoir'". Il a promis que les Palestiniens réaliseraient le rêve du poète de "hisser  le drapeau palestinien" à Jérusalem.

La France était représentée à la cérémonie par l'ancien Premier ministre  Dominique de Villepin, qui connaissait personnellement Mahmoud Darwich et en parlait longuement dans son dernier ouvrage "Hôtel de l'insomnie" (Plon, 2008), consacré à plusieurs poètes.

Le cercueil a été conduit vers la tombe sur un véhicule militaire qui a  arpenté les rues de Ramallah dans des funérailles sans précédent depuis celles  de Yasser Arafat, le chef historique des Palestiniens décédé en novembre 2004.  Darwich a été mis en terre à l'ombre de trois palmiers fraîchement plantés.

Des portraits de Mahmoud Darwich, frappés du vers "Sur cette terre, il y a ce qui  mérite la vie" tiré d'un de ses poèmes, étaient déployés sur des façades  d'immeubles ou brandis par la foule. La pierre tombale portait la même  inscription.

"Il était le symbole de la cause palestinienne et exposait notre souffrance  au monde entier. Avec lui disparaît l'un des derniers symboles de notre peuple",  a estimé Riham Baydoun, une Palestinienne de 24 ans. Des poèmes récités par Darwich ont été diffusés par haut-parleurs. "Ici, aux  pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps, près des jardins  aux ombres brisées, nous faisons ce que font les prisonniers, ce que font les  chômeurs: Nous cultivons l'espoir", clamait sa douce voix.

A Amman, où une brève cérémonie a eu lieu, notamment en présence du Premier  ministre palestinien Salam Fayyad après le rapatriement du corps des Etats-Unis,  le célèbre chanteur libanais Marcel Khalifé, qui a interprété plusieurs poèmes, a chanté avec émotion l'un d'eux. "J'ai la nostalgie du pain de ma mère, du café de ma mère, des caresses de  ma mère... Et l'enfance grandit en moi, jour après jour, et je chéris ma vie,  car si je mourrais, j'aurais honte des larmes de ma mère".

 
Une vie de poète en exil

Considéré comme l'un des plus grands poètes arabes de sa génération, Mahmoud  Darwich  est né en 1941 à Al-Birweh, en Galilée, alors en Palestine sous mandat  britannique et aujourd'hui dans l'Etat d'Israël. Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, ce village est rasé et ses  habitants forcés à l'exil. La famille Darwich  s'enfuit au Liban, où elle restera un an, avant de  rentrer clandestinement en Israël avec un statut précaire.

 En 1960, à l'âge de 19 ans, il publie son premier recueil de poésie "Oiseaux  sans ailes". Un an plus tard, il rejoint le Parti communiste d'Israël, une  formation judéo-arabe. Il rêve encore de révolution et d'internationalisme et exprime dans sa  poésie une identité palestinienne encore niée à l'époque. Il est assigné à  résidence durant de longues périodes.

Au début des années 1970, il choisit l'exil. Il part pour Moscou étudier  l'économie politique puis Le Caire en 1971. A Beyrouth, en 1973, il travaille comme rédacteur en chef au Centre de  recherche palestinien de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP),  rejoignant l'organisation alors en guerre avec Israël. Après la guerre israélienne au Liban durant l'été 1982, qui a forcé la  direction de l'OLP à trouver refuge à Tunis, Darwich  reprend la route de l'exil:  Le Caire, Tunis puis Paris.

 En 1993, il démissionne de l'OLP pour protester contre les accords d'Oslo,  estimant qu'ils n'apporteront pas une "paix juste" pour les Palestiniens. En 1995, après l'avènement de l'Autorité palestinienne, il rentre sur sa  terre: la bande de Gaza puis Ramallah. En mai 1996, il est autorisé à fouler le sol d'Israël pour la première fois  depuis son exil afin d'assister aux funérailles de l'écrivain arabe israélien  Emile Habibi.

En 2000, le ministre israélien de l'Education propose que deux de ses poèmes  soient inclus dans les programmes scolaires israéliens. Mais le Premier ministre  Ehud Barak refuse alors que la droite rappelle que Darwich  a écrit en 1988 un  poème appelant les Israéliens à mourir où ils veulent, "mais pas chez nous".

En juillet 2007, lors d'un récital donné en Israël, il ironise sur la prise  du contrôle du mouvement islamiste Hamas de la bande de Gaza. "Nous avons  triomphé. Gaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a  désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des  victimes habillées en bourreaux", dit-il avec amertume.

Le poète critique également la "mentalité israélienne de ghetto" et la  politique israélienne qui empêche la création d'un Etat palestinien viable.

Au festival des musiques du monde à Arles en juillet  dernier, il confiait préférer les thèmes universels de l'amour, la vie, la mort  à ceux purement politiques de ses débuts et vouloir être lu "comme un poète",  "pas comme une cause", lui qui avait  décidé de préférer les thèmes universels de l'amour, la vie, la mort à ceux  purement politiques de ses débuts. "J'essaie d'insuffler un peu de joie et d'espoir. Car, s'il s'agit juste de  dire les conditions dans lesquelles les Palestiniens vivent, ils peuvent le dire  mieux que moi".

-> Plusieurs oeuvres de Mahmoud  Darwich sont traduites en français, notamment aux éditions Actes Sud : "Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin" (2007, poèmes traduits de l'arabe -palestinien - par Elias Sanbar), "Ne t'excuse pas" (2006), "Le lit de l'étrangère" (2000)...

->
 Le site Mediapart publie cinq de ses poèmes, tous inédits en français. "Nous devons", écrit Edwy Plenel, "cette exclusivité à Elias Sanbar, son traducteur de toujours, et aux éditions Actes Sud, son fidèle éditeur français, où ces poèmes seront publiés dans un prochain recueil. Le premier, Si nous le voulons, est à lui seul un manifeste, promesse d'une libération qui ne serait pas une nouvelle aliénation: «Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés». A lire à voix haute et non sans émotion, en pensant à l'injustice faite au peuple palestinien, encore privé du droit élémentaire à un Etat souverain."

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