Albert Cossery
© (DR)Albert Cossery s'est éteint à 94 ans à Paris, dans l'hôtel de la rue de Seine où il vivait depuis plus de soixante ans.
Son oeuvre, qui mettait en scène le petit peuple du Caire (où il était né le 3 novembre 1913) faisait l'éloge du dénuement et de la paresse, conçus comme un art de vivre et une philosophie, qu'il a toujours pratiqués.
Comme ses personnages, Albert Cossery avait choisi de ne rien posséder. On l'a trouvé mort, dimanche matin, dans l'hôtel "La Louisiane" dont il avait fait son domicile. "Quelques jours avant son décès, cet homme magnifique faisait encore son tour habituel : cafés de Flore et des Deux Magots...", a déclaré à l'AFP la direction de l'hôtel.
Fils d'un père rentier et d'une mère illettrée, formé dans les écoles françaises du Caire à une époque où la bourgeoisie égyptienne pratiquait encore volontiers la langue française, Albert Cossery a été initié tôt à la littérature française classique. Il a découvert Paris à l'âge de 17 ans. Dès 1936, ses premières nouvelles paraissent en français dans les revues cairotes, puis sont réunies en un volume intitulé "Les Hommes oubliés de Dieu". Même s'il disait "penser en arabe", tous ses livres ont été écrits en français.
Après avoir été steward dans la marine marchande égyptienne (1939-1945), Albert Cossery débarque à Paris à la fin de la seconde guerre mondiale. Il mène à Saint-Germain des Près une vie de bohème, fréquente Albert Camus (son copain de drague), Jean Genet, Juliette Gréco, Giacometti, Boris Vian ou Mouloudji.
En 1947, il publie "La Maison de la mort certaine" (paru en 1942 au Caire), puis "Les fainéants dans la vallée fertile" (1948) qui campe une famille dont la paresse est cultivée comme une plante rare.
L'écrivain, qui déclarait écrire deux phrases par semaines, a ensuite publié un livre environ tous les dix ans: "Mendiants et orgueilleux" (1955), son chef-d'oeuvre, "La Violence et la dérision" (1964), "Un complot de saltimbanques" (1975), "Une ambition dans le désert" (1984).
Après "Les Couleurs de l'infamie" (1999 et prix Méditerranée 2000), Albert Cossery a déclaré ne plus vouloir écrire.
En 1998, un cancer de la gorge l'avait privé de ses cordes vocales, le rendant presque aphone. Il griffonnait sur un bloc-notes pour répondre aux questions des journalistes.
En France, c'est l'éditeur Joëlle Losfeld (aujourd'hui dans le groupe Gallimard) qui a récupéré l'ensemble des droits. Albert Cossery a reçu le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française (1990) ainsi que le Grand prix littéraire de la ville d'Antibes (1995) et le prix Poncetton de la Société des gens de lettres (2005). La ministre de la Culture Christine Albanel a salué "un prince et un esthète de la littérature français".
-> Voir aussi le bel article de Christophe Ayad dans Libération du 23 juin, "Cossery, la dernière sieste"
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