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TABLES EN POINTE

23/06/2008 | 14:10 par Laure NARLIAN

Jeune cuisine: un goût d'avance

- La bande de Générations.C investit le festival "Paris sous la plage" au Parc André Citroën, 2005 - (c) Eric Guérin - Générations.C -

La bande de Générations.C investit le festival "Paris sous la plage" au Parc André Citroën, 2005

© (c) Eric Guérin - Générations.C

Un réseau de jeunes chefs qui n'en font qu'à leur tête secoue le monde des fourneaux français

Des dizaines de toqués meneurs de tables prometteuses se sont fédérés au sein de Générations.C, un mouvement rénovateur qu’accompagne le décapant journal Omnivore.

Rencontre avec les acteurs de cette mutation qui se manifeste autant dans les esprits que dans les casseroles.

 
Générations.C: une fraternité d'esprits libres
Petite introduction à l'esprit d'un mouvement stimulant aux idées larges

Générations.C au Japon, pour découvrir et échanger (c) Générations.CThierry Marx, Jacques Decoret, David Zuddas, Eric Guérin: retenez  bien ces noms. Avec  plusieurs dizaines d’autres, dont Gilles Choukroun, Flora Mikula, William Ledeuil, Lionel Levy, Fabrice Biasiolo et Benoît Bordier, ils constituent déjà les plus solides espoirs de la cuisine française,  et pour certains les incontournables de demain.

Cette bande de toqués prometteurs majoritairement situés en province, a décidé depuis peu de faire cause commune au sein d’une association, Générations.C  (le C pour « cuisines et cultures»), qui fait souffler un vent de fraîcheur salutaire sur le monde des fourneaux hexagonaux.

Certes, ils ne sont pas seuls. D’autres étoiles montantes indépendantes, les Jean-François Piège, Pascal Barbot, Inaki Aizpitarte ou Rougui Dia, apportent aussi leurs délicieuses pierres au moulin. Et avant eux, le mouvement  Fooding, joyeux foutoir branché animé par un petit cercle d’agitateurs-journalistes parisiens, a su, à défaut d’autre chose, faire avancer  auprès des médias et du grand public la proposition d’un changement de regard sur la gastrôôônomie française.

Architecture du goût et malice de la présentation, chez David Zuddas (c) ZuddasMais la cuisine multiple de Générations.C – il y en a autant que de cuisiniers - est désormais l’une des plus belles preuves  de la vitalité de la créativité hexagonale. Et la concrétisation d’une idée qui, à petits pas, fait son chemin: celle selon laquelle descendue de son piédestal, sortie des rails et personnalisée, la cuisine française gagne la modernité qui commençait à lui faire défaut sur la scène internationale.

Non content de renouveler au quotidien la gastronomie française et de dynamiter ses codes,  ce collectif a aussi décidé de tordre le cou à l’image ternie des métiers de la restauration pour endiguer la crise des vocations et le casse-tête du recrutement. Un programme  ambitieux auquel tous les chefs engagés dans le mouvement s’attaquent avec une énergie et une générosité qui forcent l’admiration.

L’équipe de « reporters gastronomiques » d’Omnivore, une revue tenue par l’ancien de GaultMillau Luc Dubanchet, une forte tête au ton volontiers frondeur, accompagne leur démarche et jette un pavé dans la mare en publiant un guide alternatif enthousiasmant baptisé « Les 150 tables de la Jeune Cuisine ».

Jeune cuisine ? Avant toute chose, levons d’emblée l’ambiguité. En parlant de «Jeune Cuisine» nous entendrons ici tout du long «jeune d’esprit» : car Générations.C,  qui se veut  emminemment  ouvert,  n’a surtout pas vocation à exclure. Si la majorité de ces talents neufs oscille entre 30 et 40 ans, toutes les générations, pour peu qu’elles soient restées curieuses et en phase avec leur époque, peuvent s’y retrouver.

Enfin, nous ne soulignerons jamais assez combien ce mouvement  est tout sauf un nouvel académisme culinaire. Pas l’ombre d’un dogme ici, juste un nouveau regard. Et une cuisine plurielle, où chaque chef est invité à cultiver sa singularité.

 
A chefs décomplexés, cuisines singulières
Un seul mot d'ordre: ouvrez grand les fenêtres sur le monde et cultivez votre différence

Pastilla abricots secs, épices douces, zan et café, chez Gilles Choukroun (c) F2«Tartare de canard au sorbet de crabe»,  «Milkshake à la truffe noire, écume albufera», «Raviolis roses, menthe fraîche, infusion et litchis» : les trublions de Générations.C osent tout sans état d’âme. Leur inspiration n’a pas de limite. Conjugaisons inédites de textures,  associations fulgurantes d’épices et de saveurs, noces de techniques lointaines et de produits d’ici, ils chahutent les assiettes avec une gourmandise jubilatoire.

Ces jeunes chefs revendiquent une cuisine contemporaine, complexe mais totalement décomplexée. Une cuisine sincère, en phase avec son époque, curieuse de l’autre mais emminemment personnelle. Si l'on parle à leur propos d’une façon un rien pompeuse de « cuisine d’auteur », c'est tout simplement parce qu’ils vivent tous leur cuisine comme un moyen d’expression privilégié.

Leur personnalité se retrouve tout entière dans leurs plats. Ils y revendiquent pêle-mêle leurs racines, leurs voyages, leur poésie, leur humour, leurs humeurs. Majoritairement situés en province, ils défendent aussi leur région et les petits producteurs,  mais n'hésitent pas à frotter le sacro-saint terroir à d’autres cultures, d’autres horizons : pêche locale mais techniques japonaises et épices du Maghreb par exemple.

Un plat servi dans un écrin cristallin chez David Zuddas (c) ZuddasLa gastronomie française, cette bonne vieille chose confite dans ses certitudes et son jus de terroir, se déleste avec eux de ses dogmes, de ses répertoires obligés et de ses pesanteurs. Les fondamentaux ne sont pas pour autant jetés aux orties. Si rupture il y a, ce n'est qu'une rupture de mentalité. Ouvrir grand les fenêtres, faire l'école buissonnière, nourrir la cuisine française d’ingrédients cosmopolites, lui offrir des techniques glanées à l’autre bout du monde,  ce n’est pas la pervertir ou la dénaturer mais la régénérer. Mieux, la maintenir vivante.

«La cuisine est polarisée sur la France et sur l’Europe alors qu’il se passe des choses passionnantes partout ailleurs», résume William Ledeuil,  fin connaisseur des subtilités asiatiques, en particulier thaïlandaises, qu’il intègre avec brio dans sa cuisine (Ze Kitchen Gallery, Paris VIe).

« La cuisine contemporaine résulte d’une véritable fusion des techniques et des cultures. Dans mon travail, je ne prends plus que ce qui m’interesse dans la cuisine française, c’est à dire la richesse et la qualité des produits. La blanquette,  figée comme elle est dans les recettes, n’a plus d’intérêt. Il faut dépoussiérer l’inutile, ne conserver que l’essentiel. Là, je vais garder la qualité du veau  et la base de cuisson de la blanquette,  pour obtenir une viande moelleuse. Mais je vais la revisiter avec de la citronnelle, par exemple, et obtenir de beaux résultats. »

Douceurs corses chez Kitchen Gallery: Financier chataigne-olive, sorbet brocciu (c) F2D’autres tabous tombent :  au club Générations.C on ne s’interdit ni de jouer avec les boîtes ni avec les goûts contemporains des produits industriels – avec intelligence et parcimonie -  et on refuse résolument de choisir entre produits dits « nobles » ou de luxe et produits plus humbles : ainsi, le caviar peut s’accomoder d’une simple semoule ou le foie gras d'un sorbet de cacahuètes.  Mais il ne s’agit pas d’une posture ou d’une cuisine gadget. Le goût, les textures et l’architecture des plats ne doivent rien au hasard. Le résultat est aussi réjouissant pour les papilles que stimulant pour la tête. Un feu d'artifice des sens après lequel on revient difficilement en arrière...

 
Quel déclin de la cuisine française ?
Comment les critiques venues de l'étranger ont accéléré le désir d'échange et se faisant la mutation en cours

Gilles Choukroun (c) AFP/Bertrand GuayCes dangereux rebelles n’avaient pas attendu les critiques venues de l’étranger à l’encontre du déclin supposé de la gastronomie française pour se libérer de son carcan et inventer de nouveaux vocabulaires dans l’intimité de leurs fourneaux. Mais les attaques, en particulier celles du New York Times en août 2003, qui raillait les Français tout en vantant les mérites (indéniables) des chercheurs en saveurs espagnols, les ont réveillé d’un coup.

«Ces critiques ont servi de picador», s’amuse Lionel Levy depuis Marseille (Une Table au Sud). «Avant,  on était chacun dans notre petit univers, notre petite affaire, on n’avait pas le temps de lever le nez. Ca nous a donné envie de nous retrouver, de partager».

Générations.C au festival musical "Paris sous la plage" (c) Générations.C«L’idée de Générations.C est née dans ma tête en novembre 2003, de retour du festival espagnol "Le meilleur de la gastronomie" de San Sebastian », se souvient Gilles Choukroun, président de Générations.C qu’il anime avec le même dynamisme que l’Anglopéra (le restaurant de l’Hotel Edouard VII, Paris 2e).

«Avec Luc Dubanchet (le rédacteur en chef de la revue Omnivore),  nous avions été frappés par l’état d’esprit qui régnait là-bas entre chefs. Un esprit de partage, de fraternité, d’amitié que l’on ne retrouvait pas chez nous. J’étais convaincu que beaucoup de chefs de ma génération qui ne se croisaient pratiquement jamais avaient envie de mieux se connaître. Alors j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé d’abord une quinzaine d’entre eux. Comme je m’en doutais, ça a plu.»

Parti sur une idée d’échange -  d’idées, de réflexions, de techniques, de fournisseurs -, Générations.C n’a jamais rien eu du sursaut identitaire revenchard. Mais cette fraternité fait indéniablement avancer la nouvelle vague française.

Alain Ducasse présente les nouveaux talents au Plaza Athénée (c) AFPAlain Ducasse, éminence grise dont l’influence plane sur toute la jeune garde, a aussi contribué à mettre en lumière le foisonnement sous jacent,  après s’être indigné de ces rumeurs « qui voudraient que la France ne soit plus aussi créative ». En créant l’opération Fou Food de France,  qui accueille régulièrement depuis deux ans les tenants de la jeune génération au Plaza Athénée,  en présence de nombreux médias parisiens et internationaux, il a donné un coup d’accélérateur et mis en valeur nombre de ces talents hexagonaux « qui nous projettent dans un avenir gastronomique passionnant. »

Pour autant,  le prestigieux parrainage de ce multi-étoilés dont l’empire s’étend de New York à Tokyo, n’a pas encore dissuadé les guides français établis, ces bibles distribuant bons points et mauvaises notes, de continuer à faire la moue face à tant d’insolence. Les membres de Générations.C s’en moquent.

Si plusieurs d’entre eux revendiquent  au moins une rosace au Michelin, ils n’ont prévu aucune concession à la piste aux étoiles. Pas question de renoncer à leur liberté, ni dans les assiettes, ni dans le décor, jurent-ils la main sur le coeur. Si le tutoiement de la gloire n’émousse pas cette belle détermination,  ces messieurs les «critiques gastronomiques» devront se faire une raison.

 
Changer le regard sur le métier
Générations.C s'attache à redorer le blason du métier de cuisinier et pense déjà le restaurant de demain

Eric Guérin (en noir) initie les jeunes en formation (c) Générations.CNon contents de régénérer avec culot la cuisine française, les membres de Générations.C s’attaquent à un problème hexagonal qu’ils jugent crucial : le désamour pour les métiers de bouche, qui ne font plus rêver.

«Notre engagement au sein de Générations.C va bien au-delà du fait de se fédérer entre cuisiniers », explique David Zuddas.  «Les enjeux socio-économiques à plus long terme sont considérables. Il faut revaloriser le métier pour attirer les jeunes. Faire bouger les choses c’est aussi, en tant que jeunes chefs d’entreprise,  s’engager sur l’aspect social, rompre avec les méthodes indignes qui ont longtemps régné dans la profession, offrir des conditions de travail décentes, humaines. Sinon, la situation va s’aggraver. »

Face à la chute des vocations et au véritable casse-tête du recrutement , «il s’agit de faire comprendre que nous faisons un métier moderne, un métier de création enrichissant dans lequel on arrive aujourd’hui à trouver un rythme de vie tout à fait acceptable avec des salaires décents.»,  confirme le président du mouvement, Gilles Choukroun, qui pense toujours avec un coup d’avance.

Donner aux jeunes l'envie d'oser en cuisine, comme ce tableau signé Choukroun (c) F2«L’objectif est de transmettre  notre savoir, de donner envie d’oser en cuisine mais aussi d’entreprendre et de reprendre nos maisons demain. Or, quel jeune aujourd’hui a envie de reprendre un restaurant prestigieux à l’image vieillissante, super lourd à gérer, dans lequel on ne s’autorise pas à sortir du registre du grand Escoffier ? ». Autrement dit, qui veut bosser 70h par semaine le nez dans les casseroles, et  mené à la baguette ? Comment ça personne ?

Donner l’exemple,  celle d’un patron loyal, patient et passionné qui associe véritablement  ses collaborateurs à la vie de l’entreprise est une première chose, que les membres de Générations.C se font tous fort d’appliquer. Aller à la rencontre des nouvelles pousses dans les écoles et les centres de formation en est une autre. Une approche volontariste de sensibilisation et de partenariat que nos toqués progressistes appliquent déjà activement  autour de chez eux.

"Penser le restaurant de demain". Angl'Opéra le fait déjà... (c) Angl'Opera«Je suis très engagé au côté des écoles hôtelières de ma région et j’ai un retour énorme au niveau des élèves. Ils attentent qu’on s’interesse à eux, qu’on allume la flamme», témoigne Eric Guérin. «Le message à faire passer dans les écoles est celui du partage, de la collaboration,  de la mise en valeur des talents de chacun pour transmettre l’esprit d’une maison, insiste Lionel Levy, pas celui des horaires de fous et des claques quand quelque chose a été mal fait.»

Gilles Choukroun, qui décidément voit loin, entend aussi faire de Générations.C le laboratoire où se pense et s’élabore le restaurant de demain. Un lieu forcément moins guindé, en phase avec les nouveaux  désirs des clients et plus accessible aux bourses médianes.

«C’est pour nous une question essentielle qui passe par une remise en question constante.  Si Générations.C est aujourd’hui constitué à majorité de cuisiniers, nous sommes ouverts à tous ceux qui peuvent apporter un regard nouveau, interessant, moderne, sur notre profession : designers, architectes, spécialistes de l’art floral..."

"Je suis convaincu qu’il faut aussi réfléchir à une rénovation des métiers de la salle, qui doivent pouvoir amener leur propre créativité,  imprimer leur personnalité au restaurant. Pour ne plus être considérés comme de simples « poseurs d’assiettes » mais aussi comme des meneurs d’ambiance. » Avis à tous les ex-gentils animateurs du Club Med en mal de reconversion…

 
Portraits croisés de Générations.C
Neuf têtes chercheuses à suivre font leur auto-portrait et, en filigrane, celui de leur mouvement

Thierry Marx (c) AFP/Mike ClarkeThierry Marx, Château Cordeillan Bages (Gironde)
Signes particuliers
: génie en liberté
La phrase: "J'ai choisi de rester un rebelle charmé et critique"
Son inspiration : « Mon inspiration se place entre l’ordonnancement des terres et la fantaisie du fleuve qui porte encore le souvenir des bateaux chargés d’épices. J’ai situé ma cuisine entre cet ordre et ce désordre (…) Je n’ai pas adopté toutes les références du terroir médocain. J’ai voulu en imposer de nouvelles"
Un plat : Pressé d’anguille fumée « Terre et Estuaire »,  toasts de céréales et pommes acidulées
Ce que ses complices disent de lui : « Très marqué par le Japon – il a écrit un mémoire sur le sabre japonais au XVIIIe et a fait du judo à un très haut niveau – c’est un peu le guerrier sage, le Samouraï de la bande» (Choukroun) « Le moine tibétain. Tout ce qu’il fait est réfléchi, abouti, que ce soit sa cuisine, son établissement ou sa façon d’être. Pour moi, c’est le futur grand chef français » (Lévy) «Un regard sur notre travail qui mérite une écoute attentive. Il ouvre toujours des portes dans sa réflexion. » (Zuddas) «Le plus secret et insaisissable d’entre nous. Sa ressemblance avec Bruce Willis lui donne un air de héros de l’impossible. Un perfectionniste, un grand monsieur qui impose le respect.» (Guérin) "Un côté génie, avant-gardiste en tout, aussi bien sans sa cuisine que dans la structure de son établissement." (Flora Mikula)
Adresse: Château Cordeillan-Bages, 33250 Pauillac
Téléphone: 05 56 59 24 24
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Gilles Choukroun (c) Angl'OpéraGilles Choukroun Angl’Opéra (Paris)
Signes particuliers : entrepreneur et meneur volontaire, affranchi de ses fourneaux
La phrase: «Après être resté rivé à mes fourneaux pendant dix ans, je me suis rendu compte qu’enfermé 17h par jour dans ma cuisine j’étais face à un mur et que je ne m’ouvrais plus à rien. »
Son inspiration : Cosmopolite et sans tabou
Un plat :  Cuit cru oignons, gingembre, citron vert,  foie gras
Ce que ses complices disent de lui : « Un meneur, qui a beaucoup de charisme. Ceux qui l’approchent ont tendance à le suivre ou tout au moins à l’écouter » (Lévy) "Le businessman, levé à 5h du matin. Il aime toujours la cuisine mais il est passé à autre chose." (Mikula)  «Une sorte de petit Schtroumpf malicieux et charmeur qui fourmille d’idées. Très actif, mais parfois un peu trop politiquement correct» (Guérin) «Le super pote. Beaucoup d’énergie sous son air de Père tranquille. » (Zuddas)
Adresse: Angl'Opéra, 39 avenue de l'Opéra 75002 Paris
Téléphone: 01 42 61 86 25
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David Zuddas (c)David Zuddas, l’Auberge de la Charme (Bourgogne)
Signes particuliers
: générosité, intégrité
La phrase :  « On exerce un métier enrichissant qui est aussi un véritable ascenseur social. D’ouvrier,  on peut devenir acteur  économique. Peu de professions proposent ça. »
Son inspiration : « Mon parcours et ma sensibilité sont mes principales sources d’inspiration. S’y mêlent mes racines méditerranéennes,  mon goût pour le Maghreb  et ma passion pour le Japon. L’art de la table m’influence aussi. Un plat peut rester en suspens parce que je n’ai pas le bon contenant. »
Un plat : Compression de foie gras de canard et thon rouge fumé et mariné, pulpe de pomme au vin rouge
Ce que ses complices disent de lui : «Zen et force tranquille» (Ledeuil) « Un grand pro, passionné et passionnant, qui aime que les choses soient claires et aller droit au but. » (Guérin) "Sans doute le plus équilibré. La tête pleine de projets tout en restant très humble car conscient que la roue tourne." (Mikula)  «Quelqu’un de très punch,  déterminé,  qui voit loin et a une grande volonté à entreprendre. » (Choukroun)
Adresse: L'Auberge de La Charme, 21370 Prenois
Téléphone: 03 80 35 32 84

Eric Guérin (c) Eric Guérin - Générations.CEric Guérin, La Mare aux Oiseaux (Loire Atlantique)
Signes particuliers: imaginaire et poésie
La phrase: « J’aime le contact  avec la nature et de petites seynettes inspirent mes plats tel que le bal des pigeons sur le bord des plages qui donne un pigeon rôti aux praires. »
Son inspiration : «Je m’inspire de mon environnement et donc des produits que l’on y trouve. Mais en tant que grand voyageur et îlien, je m’autorise des aller retour vers d’autres horizons : la base du plat est régionale puis on s’échappe vers des saveurs étrangères pour revenir  vers un goût et un produit bien d’ici. »
Un plat :  Pastilla de sanglier aux noix de pécan et tartare de vernis aux algues bretonnes
Ce que ses complices disent de lui : « Un poète. Capable de regarder une feuille sur l’arbre jusqu’à ce qu’elle tombe et de s’en émerveiller. » (Choukroun) "Un écorché vif, un véritable artiste avec beaucoup (trop?) de choses en tête." (Mikula) « Un grand sensible qui sait ce qu’il veut » (Zuddas). « Un côté poésie de carte postale à découvrir » (Ledeuil)
Adresse: La Mare aux Oiseaux, 162  Ile de Fédrun, 44720 Saint Joachim
Téléphone: 02 40 88 53 01
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William Ledeuil (c) OmnivoreWilliam Ledeuil, Ze Kitchen Gallery (Paris)
Signes particulier : curiosité et précision
La phrase : «Plus on élargi son univers, plus on a d’idées »
Son inspiration : «Les voyages, qui conduisent à cotoyer des cultures différentes, m’inspirent, mais je suis curieux de tout en général. Si l’Asie m’influence beaucoup dans les produits, je considère qu’il y a partout ailleurs des choses à prendre, que ce soit dans l’environnement  ou la culture. La cuisine est un métier d’expression et de partage. »
Un plat : Cabillaud, croquettes de brandade aux herbes thaï, aïoli de patate douce, gingembre
Ce que ses complices disent de lui : « Un sage qui impose le respect. Sa cuisine explose comme une fête » (Eric Guérin) « C’est l’intellectuel du groupe. Il est dans la recherche, il analyse en permanence,  sa démarche,  son travail. » (Lévy) « Quelqu’un de très posé, qui ne parle pas pour ne rien dire. Une anayse et un regard sur le monde de l’entreprise qui pourra nous apporter beaucoup. » (David Zuddas) "Il a un oeil frais sur la restauration car il a été moins conditionné que les autres. Il voit des choses qui peuvent nous échapper." (Mikula)
Adresse: Ze Kitchen Gallery, 4 Quai des Grands Augustins 75006 Paris
Téléphone: 01 44 32 00 32

Jacques Decoret (c) OmnivoreJacques Decoret (Vichy, Allier)
Signes particuliers
 : technicien avant-gardiste
Un plat : Rail de tomate explosif… à sniffer à la paille
Ce que ses complices disent de lui : «C’est un des grands cuisiniers de l’époque, sur une ligne très évolutive, très technique. Il ouvre des portes, il fait avancer les choses. C’est grâce à des gens comme lui que la cuisine se régénère.» (Zuddas) «C’est le rêveur et  le petit chimiste de la bande. Techniquement,  c’est certainement le plus doué de tous, mais derrière cette cuisine hallucinante il y a un petit prince sur son nuage, immergé dans son monde. » (Choukroun) «En cuisine c’est quelqu’un doté d’une technique époustouflante. Dans la vie, sous ses airs assez froids, il cache beaucoup de qualités. » (Lévy) «C’est celui que je souhaitais le plus rencontrer, celui dont on parle beaucoup entre nous. Même si on lui prête un air d’Harry Potter dans ce métier,  sa tête est loin de s’envoler. J’ai juste envie de m’asseoir, de l’écouter et de le regarder travailler.» (Guérin)
Adresse: Jacques Decoret, 7 avenue de Gramont 03200 Vichy
Téléphone: 04 70 97 65 06

Flora Mikula (c) OmnivoreFlora Mikula (Flora, Paris 8e)
Signes particuliers : créativité sous le signe du Sud
La phrase : "Je sors le plus possible, j'aime voir ce que font les autres. Je suis capable de faire un aller-retour en avion pour aller goûter la cuisine d'un autre."
Son inspiration : "Elle vient du Sud. Du grand Sud. Espagne, Italie, Maghreb et Orient"
Un plat : Trois oeufs mi-cuits (un à la truffe, un au foie gras, un aux morilles)
Ce que ses complices disent d’elle : « La grande sœur déconneuse. Spontanée, sans problème. » (Choukroun) « C’est bien d’avoir des femmes avec nous. Elle est hyper positive et franche, un peu rentre-dedans comme moi.» (Zuddas) « L’amazone,  une des seules femmes qui ait réussi dans ce milieu d’hommes. Une fonçeuse. » (Levy)  « Une femme en acier béton, qui sait jouer de ses atouts et ne se laisse pas grignoter une seconde dans ce monde d’hommes. » (Guérin)
Adresse: Chez Flora, 38 avenue George V 75008 Paris
Téléphone: 01 40 70 10 49

Lionel Levy (c) OmnivoreLionel Levy, Une Table au Sud (Marseille)
Signes particuliers :  bonne humeur et fantaisie
La phrase : « Le cuisinier est quelqu’un de très sensible. Il met beaucoup de sentiments et de passion dans ses assiettes. S’il n’a pas de retour, ce ne sera pas un cuisinier comblé. »
Son inspiration : « La gourmandise parce qu’avant d’être cuisinier il faut être gourmand. Ensuite, la vie de tous les jours m’inspire, et en particulier les couleurs : je trouve qu’entre ingrédients d’une même palette de couleurs, il y a souvent une logique, un accord. La citrouille et l’orange. Ou l’oursin et la châtaigne. »
Un plat : La Bouille-Abaisse (bouillabaisse déstructurée et revisitée)
Ce que ses complices disent de lui : « C’est le déconneur de la bande,  le mec du sud qui ne peut pas s’empêcher de faire des bons mots. Un côté décalé, amusé que l’on retrouve dans sa cuisine. » (Choukroun) « Le pote, Marseillais jusqu’aux extrêmités, qui est à cent à l’heure » (Guérin) "Grande gueule, bon vivant, grand coeur. Qui a réussi à s'imposer à Marseille alors que c'est très difficile." (Mikula) «Quelqu’un sur qui on peut compter, qui a une véritable envie de s’impliquer et de faire avancer les choses» (Zuddas)
Adresse: Une Table au Sud, 2 quai du Port  13002 Marseille
Téléphone: 04 91 90 63 53
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Fabrice Biasiolo (c) OmnivoreFabrice Biasiolo, Une Auberge en Gascogne (Asttafort, Lot-et-Garonne)
Signes particuliers
:  un cœur gros comme ça
Son inspiration : «L’instant présent,  les souvenirs,  les émotions. »
Un plat : Ventrèche de thon à la pastèque
Qu’est-ce qu’un patron exemplaire ? : «Pédagogue,  formateur, passionné, patient, qui saura démontrer que notre métier se vit comme une passion et non comme un labeur. »
Générations.C ?: « J’y suis impliqué parce que je m’y sent bien et que cette association représente l’esprit contemporain de notre métier. »
Ce que ses complices disent de lui : « Le géant nounours. Derrière une apparente rusticité, c’est la délicatesse et la tendresse incarnées. » (Choukroun) «La bonté même. Aussi timide que généreux. Il donne tout ce qu’il a dans chaque assiette. » (Lévy) « L’homme au grand cœur. Il mériterait d’être davantage sur le devant de la scène parce qu’il a fait un choix plus difficile que le nôtre en s’installant au milieu de nulle part.» (Zuddas) « Doux comme un agneau dans un costume d’ours, et une cuisine tout en finesse. » (Guérin)
Adresse: Une Auberge en Gascogne, 47220 Astaffort
Téléphone: 05 53 67 10 27
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Omnivore, un journal décapant
La revue Omnivore accompagne la rénovation en cours dans le monde des fourneaux

Une Une d'OmnivoreGénérations.C n’est pas seul à mener son combat. La revue Omnivore, lancée par deux anciens de GaultMillau, Luc Dubanchet (rédaction en chef) et Laurent Seminel (direction artistique), accompagne,  interroge et analyse la vaste mutation en cours dans le monde des casseroles depuis septembre 2003.

Vendu uniquement sur abonnement, ouvert à la fois « aux professionnels et aux passionnés », ce journal indépendant au ton volontiers frondeur se veut « le lien essentiel de tous ceux qui croient en la Jeune cuisine ». Cet empêcheur de tourner en rond cultive l’irrévérence et plaide pour une cuisine insoumise,  « faite de convictions et d’expression, d’engagement et de prise de risque ».

«La cuisine qui regnait ces dernières années en France était une cuisine impératrice profondément ennuyeuse »,   argumente Luc Dubanchet. « C’était à chaque fois les mêmes plats traités à peu près de la même façon. Sans originalité. Or, les jeunes chefs qui arrivent actuellement  aux fourneaux ont l’envie de se différencier les uns des autres, c’est ce qui distingue la nouvelle génération des précédentes.  Ils sont farouchement indépendants,  ils font une cuisine qui leur ressemble et développent leur sensibilité en dehors du moule. Ce n’est pas si simple, car c’est un métier très normatif.»

Si Générations.C ne représente qu’une partie de cette prometteuse jeune garde,  Omnivore l’a particulièrement à coeur en raison de la convergence de vues et de l’amitié qui lie le rédacteur en chef de l’un (Dubanchet) au président de l’autre (Choukroun). Rien de suspect là-dedans. D’autant que le journal accueille largement dans ses pages des talents venus d’ailleurs et ne se gêne pas pour exprimer des points de vue radicaux à même d’embarrasser parfois le prudent président de Générations.C.

La question qui fâche c’est encore le fameux Michelin, le vilain «père fouettard des fourneaux», cette bible despotique accusée de figer la gastronomie française dans un moule-mouroir, et dont Omnivore s’emploie à contrer les idées et les méthodes, pour offrir "une autre cartographie culinaire".

Sauf que les enjeux étoilés du guide rouge sont tels pour les établissements qu’il vaut mieux pour les jeunes chefs ne pas le décrier trop fort. Au risque pour un mouvement comme Générations.C de freiner l’ascension de certains de ses membres sur le point d’accéder à la récompense suprême,  ou de faire fuir de son champ des figures majeures comme Jean-François Piège (chef étoilé des Ambassadeurs, le retaurant du Crillon à Paris) qui y aurait parfaitement sa place…

 
"Critique" contre "reporter" gastronomique
La cuisine française fait sa mue, la critique gastronomique aussi: démonstration avec le rédacteur en chef d'Omnivore

Luc Dubanchet (c) OmnivoreAncien de GaultMillau, vous avez décidé de rebaptiser votre métier "reporter gastronomique". Qu'est-ce que cela implique ?

- Luc Dubanchet: "Je veux faire mon métier de journaliste. Je veux aller voir ce qui se passe, rencontrer les chefs. Pour cela je défends le non-anonymat. J'ai été anonyme au début chez GaultMillau, je me sentais investi d'une mission, après je ne l'ai plus été. Parce que je considère que le journaliste gastronomique n'est pas là pour juger l'instantanéité de l'assiette. En revanche, mon métier c'est être capable de définir une architecture de cuisine, définir le style exprimé par un chef. Ca va au-delà de l'assiette, au-delà de la cuisson et de l'assaisonnement, qui peuvent subir des aléas."

"Ce qui compte, c'est de savoir si le plat était intelligent conceptuellement. C'est ça qui est interessant, intellectuellement, sensoriellement, pour le mangeur, plutôt que le plat parfait qui n'existe pas beaucoup. Or, ce n'est pas un masque ou des moustaches qui vont changer ça. En plus, quand j'arrive et que je dis que je suis Luc Dubanchet, on ne va pas me servir une triple côte veau ou aller me chercher la meilleure langoustine ! (rires)."

"On n'a pas à donner l'absolution ou à jeter l'anathème. Je suis quelqu'un de simple: je m'asseoit, je mange, je parle avec le chef. S'il s'est planté, j'essaye de voir si c'est conjoncturel ou si c'est structurel chez lui. Je parle de "reporter gastronomique" parce que je trouve primordial de passer derrière, d'essayer d'analyser, de tendre des perches aussi, de donner au chef l'occasion de s'expliquer."

 
Un guide de la Jeune Cuisine
Omnivore signe un Carnet de Route de la Jeune cuisine qui donne envie de courir à tous les coins de France

Le Carnet de route OmnivoreLa plus belle déclaration d’amour du rebelle Omnivore aux jeunes pousses des fourneaux a pris la forme cet hiver (2005-2006) d’un Carnet de route enthousiaste des «150 tables de la jeune cuisine ».

Il s’agit d’un coup de projecteur réjouissant sur les tables en pointe,  véritable alternative au Michelin dont il pointe les manquements en creux.

«On ne se bat pas contre la cuisine classique. On a plutôt envie de s’interesser à des chefs qui apportent une nouvelle idée de la cuisine et qui peinent aujourd’hui à se faire connaître »,  explique Luc Dubanchet. Ainsi, si quelques chefs trois étoiles sont au rendez-vous – Ducasse, Veyrat, Gagnaire, Troigros, Bras ou Passard – la plupart ne sont pas connus du grand public.

La sélection est volontairement limitée à 150 tables «parce que dans le système des guides en France on est vite noyés dans une masse de 5000 adresses". Oubliés ou sous-estimés par les grands guides, les chercheurs en goût mis à l’honneur ici sont majoritairement situés en province, dans des villes moyennes et parfois même des villages isolés.

Pour autant, on ne risque pas de rester sur sa faim. Car le guide innove aussi dans la présentation. On est loin ici du laconisme de bon aloi et des notes infantilisantes. L’approche est humaine, souvent drôle et truffée de clins d'oeil. Double page pour chaque adresse avec photos en pagaille, cursus du chef,  compte-rendu détaillé de l’esprit de la maison, de ce qu’on y mange et de la cave. Avec en bonus les adresses d'un producteur où s’approvisionne l’établissement et d'un vigneron.

«Il ne s’agit pas de faire régner la terreur dans la gastronomie. Je ne suis pas le justicier blanc qui défend les gentils consommateurs contre les vilains cuisiniers»,  s’amuse Luc Dubanchet qu’on imagine pourtant volontiers cape au vent,  pourfendeur des vieilles marmites et de leurs sauces sans imagination. Son dernier pari pour faire avancer le schmilblick ? L’organisation du premier festival dédié à la jeune cuisine en France, le Omnivore Food Festival qui s'est tenu en février au Havre et devrait se renouveler. Pareil appétit n’est pas prêt d’être rassasié... Lire notre reportage sur le festival Omnivore

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