Quand Mars était synonyme de communisme en pleine Guerre froide et que l’idéologie phagocytait le cinéma populaire.
Dans un magnifique coffret « prestige », très illustré et complété par une série exclusive de six cartes postales reproduisant des lobbies-cardes (photos d’exploitation made in USA d’époque) ainsi que d’un livret signé Brave Ghoul (un ancien de Mad Movies), se retrouvent quatre films rares, voire inédits en France : « Les Envahisseurs de la planète rouge », « 24h chez les Martiens » (« Rochetship XM »), « Flight to Mars », et « Red Planet Mars ». Des titres pour certains invisibles et attendus depuis des lustres par les amateurs du genre, mais également des strates de l’histoire du cinéma dans son rapport avec un contexte politique majeur : la peur du communisme.
La planète Mars étant rouge à l’œil nu et au télescope, elle a été identifiée dès l’Antiquité à la guerre, puis au communisme, tant, que la Russie révolutionnaire de 1917 s’y identifiait. En effet, dès 1924, un des premiers films de science-fiction, d’origine soviétique, « Aelita », exportait la révolution bolchevique sur la planète rouge. Les Etats-Unis devaient reprendre cette équation toute politique dans le sens inverse (de Mars vers la Terre/les USA) aux débuts de l’âge d’or de la SF américaine des années 50. C’est pourquoi ces quatre films sont des témoignages historiques, cinématographiques, et idéologiques incontournables.
Le plus connu de ces films est « Les Envahisseurs de la planète rouge » (« Invaders from Mars », 1953) qui fait figure de « classique mineur » et qui connut une distribution en France. Réalisé par William Cameron Menzies (chef décorateur et réalisateur de 2nde équipe d’«Autant en emporte le vent », directeur artistique et producteur), « Invaders from Mars » suit un schéma dans la lignée de L’Invasion des profanateurs de sépultures » (1956, Don Siegel), à savoir l’invasion pernicieuse d’extraterrestres qui prennent possession de la volonté des habitants d’une petite ville. Le film vaut pour son approche originale à l’époque et une conception artistique dans les décors et éclairages qui reflète le talent de Menzies dans le domaine. Les martiens sont, eux, assez rigolos, avec la fermeture éclaire de leur costume très visible, leur chef étant, lui, plus surprenant : une grosse tête chauve prolongée de tentacules, protégée dans une bulle de verre… Dommage que le film soit alourdi de nombreux stock-shots de l’armée qui font défiler interminablement les véhicules militaires à l’assaut de la base martienne.
« 24 heures chez les martiens » est le premier space-opera sorti aux Etats-Unis en 1950, à l’aube de cet âge d’or de la SF (exceptés les sérials). En fait, le film fut initié suite à la mise en route de « Destination Lune » (1950, Irving Pichel), film pseudo-documentaire sur la conquête de la Lune, au fort potentiel commercial. Le réalisateur Kurt Neumann devait alors tourner à vitesse grand V son film pour coiffer sur le poteau celui de Pichel. Prévu d’abord pour une expédition lunaire, la fusée du film est dérivée vers Mars, où elle rencontre une civilisation martienne réduite à néant après avoir connu une apogée scientifique qui s’est retournée contre elle. La conclusion pessimiste du film est assez étonnante pour l’époque. Mais quelle drôlerie de voir les cinq membres d’équipage dans leur habitacle réduit, vêtus de blousons et de godillots, où l’on fume allègrement la pipe et drague la scientifique de service. En noir et blanc, l’image tourne au rose une fois le sol martien atteint, grâce à une colorisation de la pellicule en laboratoire, afin de donner un peu d’exotisme à cette planète Mars, en fait photographiée dans le désert, près de Los Angeles…
« Flight to Mars » (1951, Lesley Selander), inédit en France, reprend le décor bricolé de la fusée de « Rocketship XM ». Cette fois tourné en couleur, le film reprend le thème d’une expédition martienne, mais cette fois, l’équipage rencontre des autochtones au prime abord accueillants et au très haut niveau de technologie. Mais c’est un leurre. Le gouvernement martien est en fait divisé, suite à la pénurie de la principale source d’énergie de la planète et fomente un plan pour envahir
Le scénario le plus curieux de ces quatre films est celui de « Red Planet Mars » (1952, Harry Horner). Adapté d’une pièce de John L. Balderston par ses soins, le script voit un
savant spécialiste des ondes radios parvenant à communiquer avec Mars. Les informations qu’il recueille provoquent la panique sur Terre, suite à la révélation que les Martiens peuvent vivre 300 ans, que leur planète recèle des réserves énergétiques inépuisables, et une technologie très supérieure à la notre, ce qui constitue une menace potentielle et déséquilibre totalement l’économie sur Terre. Pour la petite histoire, le héros est incarné par Peter Graves (
Le coffret « Destination Mars » réjouira tous les amateurs de SF vintage et autres films « psychotroniques ». Les suppléments vidéos sont constitués des courts-métrages "La révélation" de Vincent Diderot et "Beyond lifedome" de Viktor Alexis. L’on y trouve également les bandes annonces de chaque film et des diaporamas d'affiches et de photos rares.
Destination Mars
Coffret de deux DVD (4 films + bonus)
Editions Artus
18, 90 euros


