Mireille Darc et Alain Delon à l'église Saint Roch lors des funérailles d'Annie girardot, à Paris, le 4 mars 2011

Mireille Darc et Alain Delon à l'église Saint Roch lors des funérailles d'Annie girardot, à Paris, le 4 mars 2011

AFP PHOTO LOIC VENANCE
Les obsèques d'Annie Girardot, décédée lundi à Paris à 79 ans, ont été célébrées vendredi en l'église Saint-Roch

Les applaudissements nourris d'anonymes ont salué l'entrée du cercueil de la comédienne dans l'église Saint-Roch, à Paris. Un grand coeur de roses rouges portait la mention "Vive la vie" signée notamment Giulia, sa fille, et Lola, sa petite-fille.

Après la bénédiction, Annie Girardot a été inhumée au cimetière du Père Lachaise.

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Claude Lelouch, Gérard Darmon, Jean-Paul Belmondo, Jack Lang, Mireille Darc ou encore Alain Delon ont notamment pris place dans l'église. Un peu plus tôt, Line Renaud était arrivée au bras du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

 

Une carrière en dents de scie
Lauréate de 3 Césars, Annie Girardot était atteinte ces dernières années de la maladie d'Alzheimer dont les ravages étaient apparus dans "Ainsi va la vie", documentaire de Nicolas Baulieu qui l'a filmée pendant 8 mois.

Née le 25 octobre 1931 à Paris, Annie Girardot, entre au Conservatoire de Paris, après son baccalauréat et des études d'infirmière. Elle y remporte le premier prix de comédie en 1954, année où elle intègre la Comédie Française pour interpréter notamment "La machine à écrire" de Jean Cocteau.

Parallèlement, elle fait ses débuts au cinéma avec "Treize à table" de André Hunebelle, en 1955. Deux ans plus tard, elle quitte la Comédie Française et se lance dans le théâtre de boulevard avec "Deux sur une balançoire", mis en scène par Visconti.

Annie Girardot en 1957Après quelques films commerciaux, "Rocco et ses frères" toujours de Visconti (1960) lance véritablement sa carrière au cinéma. Jouant beaucoup, alternant grands rôles et films médiocres, elle s'illustre notamment dans "Le mari de la femme à barbe" (1963), "Dillinger est mort" (1969) de Marco Ferreri, "Vivre pour vivre" de Claude Lelouch (1967), ou encore "Mourir d'aimer" d'André Cayatte (1971).

En 1982, sa revue au Casino de Paris est un échec et, hormis quelques rôles remarqués - "Liste noire" (1984), "Partir revenir" (1985), "Comédie d'amour" (1989) - elle disparaît quasiment du grand écran au début des années 80.

Elle se consacre alors au théâtre avec notamment "L'avare" (1986), "Descente aux plaisirs" (1997), "Le 6ème ciel" (1998), et à la télévision avec de grandes sagas comme "Le vent des Moissons" ou "Orages d'été".

En 1977, elle est couronnée par le César de la meilleure actrice pour son rôle dans "Docteur Françoise Gailland" de Jean-Louis Bertucelli puis, en 1996, par le César du meilleur second rôle dans "Les Misérables" de Claude Lelouch, après avoir été longtemps boudée par la profession.

En 2002, elle reçoit un nouveau César, celui du meilleur second rôle féminin pour "La pianiste" de Michael Haneke. La même année, le Molière de la meilleure comédienne lui est décerné pour "Madame Marguerite".

Annie Girardot était divorcée de l'acteur italien Renato Salvatori (décédé en mars 1988), le père de sa fille Giulia.

En 2006, sa famille avait révélé sa maladie d'Alzheimer, diagnostiquée deux ans plus tôt.. La comédienne apparaissait pour la dernière fois sur grand écran la même année dans "Chistian" d'Elisabeth Lochen.

Annie Girardot et son César du 2nd rôle féminin en 2002 pour "La Pianiste" de Michael Haneke - AFPLa gouaille fragile
Annie Girardot a mené sa carrière comme sa vie, instinctivement et généreusement, alternant réussites et échecs mais conservant toujours son statut de grande actrice qui a toujours gardé sa popularité.

Elle aura tourné dans plus de cent films au total, faisant une carrière parallèle en France et en Italie. Mais boudée par la Nouvelle Vague, Annie Girardot joue avec les "anciens" comme Marcel Carné dans "Trois chambres à Manhattan"(1965). C'est Claude Lelouch avec "Vivre pour vivre" qui la relance en 1967.

Les années 70 lui offrent des rôles variés, de "Mourir d'aimer" d'André Cayatte (1971) - un succès considérable - à "La zizanie" avec Louis de Funès (1979). Avec sa gouaille et son physique de femme de son époque, elle incarne des flics, des avocates, des profs.

La comédienne mène sa carrière comme sa vie. "Il faut faire des folies pour ne rien regretter le jour où...", disait-elle. Une fuite en avant pour cette petite femme, grande fumeuse de gauloises à la voix rauque, qui pourtant affirmait avoir "peur de tout".

Cette énergie la pousse vers des aventures hasardeuses, comme sa revue au Casino de Paris, dont l'échec en 1982 la plonge dans un grand désarroi financier et moral. Elle est, de plus, effondrée par le décès d'une mère qu'elle adore et les problèmes de drogue de sa fille.

A la cérémonie des Césars 96, où elle était récompensée pour son second rôle dans "Les misérables" de Claude Lelouch, Annie Girardot avait évoqué, en larmes, sa traversée du désert: "Le cinéma m'a manqué. Follement, éperdument, douloureusement." L'année suivante, elle avait présidé la même cérémonie.

Dans "Partir, Revenir", son autobiographie parue en 2003 (Le Cherche Midi), elle disait avoir été "l'anti-vamp (qui) rassure" les spectateurs mais avoir profité de la vie "jusqu'à la lie". "Je suis votre cousine, votre tantine, votre maman, votre fiancée", disait-elle à son public.

Réactions au décès d'une dame de coeur
"Elle avait mis l'alliage étonnant de force et de sensibilité qui caractérisait son immense talent au service d'oeuvres qui mettaient en valeur l'héroïsme ordinaire des classes populaires, ou celui des femmes confrontées aux défis quotidiens de la vie familiale et professionnelle", a déclaré Nicolas Sarkozy dans un communiqué.

"J’apprends avec une très vive émotion la disparition d’Annie Girardot, a déclaré Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. C’est un moment douloureux pour le cinéma qui perd l’une de ses grandes étoiles, mais aussi pour le public, avec qui elle entretenait une longue et chaleureuse complicité", a-t-il ajouté.

L’admirable combat qu’elle menait contre la maladie en continuant à jouer (tourné en Russie, le film « Les brasseurs d’affaires » marquait ses 50 ans de carrière), nous l’aura montrée fidèle jusqu’au bout à son amour du cinéma. Elle fut une immense comédienne, bien sûr, mais aussi une dame au grand cœur, une femme engagée et volontaire à tous les âges de sa vie et de sa carrière.

Annie Girardot, Yves Montand et Claude Lelouch en 1967 à la première de "Vivre pour vivre" - AFP/GEORGES BENDRIHEM Claude Lelouch (sur BFM TV) : "C'était la plus grande actrice du cinéma français de l'après-guerre. Elle restera mon plus beau souvenir de metteur en scène et mon plus beau souvenir d'homme. C'était une femme extraordinaire aussi bien devant la caméra que derrière."

Line Renaud (à l'AFP): "Annie était un monument du cinéma français, une immense actrice, très instinctive et toujours juste. Son départ est bouleversant. Je suis allée l'embrasser une dernière fois dimanche soir. Sa fille Julia et sa petite-fille Lola m'avaient appelée pour me dire que c'était la fin. Cela a été réconfortant de la voir entourée de tellement d'amour. J'ai trouvé Annie très paisible. Depuis tant d'années, nous avions une grande complicité. En 1995, on avait tourné 'Les Filles du Lido'. Depuis, on se surnommait +Les Gourdasses+ en souvenir du tournage".

Mireille Darc (à l'AFP): "Annie était une très, très grande. Jouer avec elle était un éblouissement. Elle était étonnante. Elle aimait la vie. Annie était une femme de coeur et était généreuse. Pour moi, c'était plus qu'un modèle sur le plan artistique. Annie pouvait incarner tous les rôles. En Italie, j'ai habité chez elle. C'était quelqu'un d'extraordinaire qui dévorait la vie. Le dernier film que nous avons tourné ensemble était 'Elle boit pas elle fume pas elle drague pas mais... elle cause', de Michel Audiard."

Bertrand Blier (à l'AFP): "sous le choc" à l'annonce du décès d'Annie Girardot , il s'est souvenu avec émotion d'une personne "tellement drôle et douloureuse à la fois". "Les Français s'en souviennent comme d'une actrice qui avait joué dans beaucoup de comédies, elle avait pris un virage très populaire après 'Rocco et ses frères'. Mais elle était pleine d'émotion et de souffrance. Elle craquait facilement, comme sur la scène des César."

Le cinéaste, qui l'avait dirigée dans "Merci la Vie" en 1990 accomplissait un rêve de gosse. "Mais j'ai regretté de ne pas l'avoir contactée plus tôt, je pensais que je n'avais pas de rôle assez important pour elle. C'était une erreur."

Robert Hossein (sur RTL): "J'ai travaillé avec elle, je l'aimais infiniment." C'était "une colossale et magnifique actrice d'une générosité, d'une présence, d'un tempérament, d'une nature originale et vraiment extraordinaire. J'ai une immense estime pour cette immense comédienne. Je retiendrai d'elle (...) quelqu'un qui avait un énorme caractère, une autorité terrible et une vie assez passionnée, assez tourmentée, quelqu'un d'extraordinairement attachant. Je trouve que c'est une grande perte pour la profession..."

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