Roman Polanski récompensé par le Prix Henri-Langlois 2011 pour l'ensemble de sa carrière.
AFP - Etienne LaurentIl y avait du beau monde dans la salle des fêtes de la mairie vincennoise au cours de cette cérémonie prestigieuse, mais dont l’ambiance décontractée et chaleureuse contraste avec l’attitude convenue des César ou du Festival de Cannes.
Roman Polanski faisait à cette occasion sa première apparition publique en France depuis sa mésaventure helvétique.
L’acteur et metteur en scène se trouvait parmi d’autres lauréats de haut vol, parmi lesquels la très touchante Gisèle Cassadessus, 97 ans, vue l’an dernier au côté de Gérard Depardieu dans La Tête en friche de Jean Becker, qui a été distinguée pour l’ensemble de sa carrière
inaugurée avec un premier prix de Conservatoire en 1934, à l’âge de 20 ans. Enchaînant avec de multiples prestations jusqu’en 1962 à
Autre émotion, celle suscitée par l’immense Michael Lonsdale, récompensé pour sa remarquable prestation dans Des Hommes et des dieux et sa carrière, qui est apparu comme un géant aux pieds d’argile, bourré de sensibilité et d’humour, racontant une anecdote survenue la semaine dernière en la cathédrale de Strasbourg où l’évêque le saluant en public dans l’éminente enceinte fit mention de « la présence de Michael Jackson » ! Eclat de rire dans la salle.
L’association Henri-Langlois, qui remettait pour la sixième fois ses prix, eût également le nez fin en remettant une statuette à Hanna Schygula pour sa carrière et son action en faveur du cinéma européen, en tant que membre fondatrice de l’Académie européenne de cinéma. Egérie et Rainer Werner Fassbinder, avec lequel elle tourna une vingtaine de films, dont Le Mariage de Maria Braun, ou Le Faussaire de Volker Schlöndorff, elle fit une apparition nous rappelant une présence aujourd’hui trop discrète à l’écran.
Iconoclastes, les Prix-Henri Langlois se devaient de distinguer Bertrand Blier pour « son univers cinématographique très écrit, volontiers provocateur, dérangeant et non-conformiste et en particulier pour son film Le Bruit des glaçons ». Le suivait de près Tony Gatlif, récompensé pour « son univers cinématographique original, onirique et
poétique et notamment pour son film Liberté », la statuette lui étant remise des mains de son acteur principal dans ce film, Marc Lavoine. Dans la continuité, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun s’est vu reconnu pour son magnifique film, Prix du Jury à Cannes, Un homme qui crie, et Benoît Jacquot pour « la forte originalité et le côté envoûtant de son film Au fond des bois ». L’ensemble de l’œuvre du réalisateur de films d’animation Michel Ocelot fut également salué par ces Rencontres internationales du cinéma de Vincennes et des Prix Henri- Langlois. Enfin, Christopher Thomson, acteur passé à la réalisation, s’est vu remettre par Roman Polanski le Prix de la révélation 2011 du premier film, pour Bus Paladium.
C'était le tour ensuite au metteur en scecène franco-polonais de recevoir une statuette des mains de Jean-Louis Langlois, neveu d'Henri Langlois et président de l'association. A cette occasion, Polanski a évoqué ses premiers temps passés à Paris et notamment à la Cinémathèque française, quand elle était située rue d'Ulm, dans le Ve arrondissement.
La musique de film, trop négligée en France par rapport aux pays anglo-saxons, n’est pas ignorée des Prix Henri-Langlois, qui ont récompensé Francis Lai, compositeur fétiche de Claude Lelouch, en ce jour où l’on apprenait le décès de l’immense compositeur britannique John Barry, à la tête, entre autres, de onze musiques de James Bond, de celle de Out of Africa ou de Danse avec les loup. Une grande perte qui fut saluée lors de cette cérémonie.
L’originalité et la justification de la manifestation est aussi de reconnaître l’action en faveur du cinéma et de son patrimoine international. Ce jour s’est incarné avec la montée sur scène de Simon Simsi, président de l’association Les Acacias, « pour son travail en tant qu’exploitant indépendant, distributeur, producteur et président de l’association des distributeurs de films de patrimoine ».
Dans le même ordre, l’association récompense chaque année l’action d’une cinémathèque dans le monde pour la sauvegarde et la diffusion du patrimoine cinématographie. En cette année 2011 du Mexique en France, le prix du nom du fondateur de la première cinémathèque au monde a récompensé
La soirée restera dans les mémoires, pour son parterre de personnalités diversifiées et enthousiastes du cinéma, tous rassemblées autour d'Henri Langlois, pour lesquelles ce nom évoque tant des souvenirs personnels et émouvants, que le chantre de la défense du patrimoine cinématographique auquel cette cérémonie est chaque année dédiée.
