"Rêve d'une nuit d'été" de Georges Méliès
© Collection Jacky BornetLe Prestige, puis L’Illusionniste, films sortis coup sur coup en 2007, évoquent l’âge d’or de la prestidigitation moderne au tournant du XIXe siècle.
Leurs héros, magiciens fictifs, s’inspirent de grandes figures de l’art de l’illusion ayant eu beaucoup à voir avec la projection d’images animées.
On y voit que la magie fut très influencée par l’évolution des sciences. La naissance du cinéma résulte d’une invention scientifique, ouvrant sur la technologie, qui provoque aussi une illusion. Magie et cinéma ne pouvaient qu’être intimement liés.
| Les fantasmagories | |
Les lanternes devenant de moins en moins « magiques », par leur diffusion, mais également celle de leur mode de fonctionnement et la profusion d’ouvrages sur l’optique, quelques novateurs vont sophistiquer leur attrait en augmentant leur pouvoir d’illusion. Des procédés scéniques complémentaires vont substituer la projection en deux dimensions à la troisième, et tendre à un spectacle total. |
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| Les spectres de Robertson | |
Mais le prince de la fantasmagorie reste Etienne Gaspard Robert, dit Robertson (1763-1837). Son tombeau au cimetière du Père Lachaise, à Paris, est animé d’un bas relief allégorique qui évoque une de ses séances macabres. Des spectres sur la gauche font face à une foule rassemblée sur la droite, avec entre les deux groupes un squelette planant de l’un à l’autre, muni d’une longue trompette.
L’illusionniste fait mention de l’anecdote dans les aventures de Eisenheim, son héros magicien. Les troubles engendrées par des présences supposées spectrales, sont également évoquées dans Le Prestige, dans les doubles du magicien qui surgissent dans la salle après son escamotage sur scène. Entretien avec un vampire évoque le genre dans son Théâtre des Vampires parisien du XIXe siècle. Paris est depuis la fin du XVIIIe siècle la proie des spectres et des succubes dans les pièces et spectacles qui y sont donnés. Le Grand Guignol en sera la prolongation jusqu’aux années soixante, en reposant sur d’autres procédés, à l'origine du gore au cinéma. Mais c’est une autre histoire...
C’est dire si l’influence de Robertson, qui traversa tout le XIXe siècle, est grande. Jusque dans les années 1940-60 où sévirent aux Etats-Unis les Spook Shows, composés d’attractions scéniques macabres, suivies de projections de films du même cru, souvent pour les recycler. Les films de William Castel sont également en continuité avec lui. Réalisateur et producteur de films fantastiques à deux sous dans les années 50-60, il pourvoyait un panel de salles, lors de la distribution de ses films, de gimmick : faible décharges électriques diffusées dans les sièges (The Tingler), squelette déambulant dans les rangs (The House on Haunting Hill), vol de spectres fluorescents dans la salle (13 Gosts)... |
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| La révolution Robert-Houdin | |
Jean Eugène Robert-Houdin (1805-1871) fait le lien entre Robertson et Méliès qui transmit sur la pellicule une nouvelle magie du spectacle, pour la propulser jusqu’à nos jours. Robert-Houdin, trop oublié dans son propre pays, révolutionna l’art de la prestidigitation pour lui donner ses lettres de noblesse jusqu’à nos jours. S’inspirant de Robertson, il fera précéder sa salle de spectacle d’un cabinet des curiosités, mais de charmants automates remplacent les ambiances lugubres. Il perdurera aussi ses illusions d’optique dans son spectacle. |
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| Méliès décroche la lune | |
Passionné de magie, magicien lui-même, Méliès est coutumier des techniques de la lanterne magique qui participent de longue date des spectacles de prestidigitation. Quand il rachète le Théâtre Robert-Houdin, qui gardera son nom, le lieu a déjà déménagé du Palais Royal au boulevard des Italiens (l’immeuble a disparu depuis la percée du carrefour Richelieu-Drouot en 1924). Son bureau de gestion est à deux pas, passage de l’Opéra. Au-dessus de lui s'est installé un industriel lyonnais : Antoine Lumière, père de Louis et Auguste, inventeurs du cinématographe, et qui y gère sa florissante affaire de plaques photographiques. |
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| Les films à trucs | |
Robert-Houdin se réclamait du « truc », en se promettant de ne jamais le divulguer. Où serait la magie alors ? Il en va de même pour le trucage cinématographique selon Méliès, alors que les making of d’aujourd’hui nous dévoilent tout ce qu’il y a derrière le film. Durant longtemps, cela devait rester secret, comme le veut toujours la magie. On se souvient ainsi du projet d’émission de télévision consacrée à la divulgation des grands tours de magie qui provoqua un tollé chez les professionnels et leur syndicat, tuant le concept dans l’œuf, avec raison.
Ses projections vont désormais prendre un tout autre tour. Sous l’influence de Robert-Houdin, et intrinsèquement de Robertson. Elles seront désormais cinématographiques. Méliès sent qu’avec le cinématographe, se transfigure la représentation scénique grâce à un nouveau procédé, dont l’effet est garanti à chaque représentation, donc à moindre risque. Il engrangera des fortunes avec ses productions, par amour du métier, talent, et enthousiasme ; ce qui le ruinera. Car il réinvestit à chaque fois pour mieux faire, jusqu’à ce que le mode de production change, avec l’entrée en guerre de 1914. |
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| Les effets spéciaux | |
Inventeur, Méliès eût une longue descendance dans son art. « La magie du cinéma », devenu un leitmotiv, sinon un cliché, lui doit tout. Le procédé cinématographique repose lui-même sur un truc, fondée sur la mémoire rétinienne. L’illusion s'est toujours inspirée de la physique.
Le film de Kubrick fut un aboutissement après bien d’autres tentatives moins élaborées. Depuis, d’autres l’ont relayé : Star Wars en tête qui révolutionna les effets spéciaux au cinéma. A partir de son film, George Lucas créa Industrial Light and Magic (ILM), le plus performant studio d’effets spéciaux du monde, dont le logo représente Mandrake le Magicien (célèbre personnage de BD des années 30) officiant au milieu d’un rouage. Lucas sait de quoi il parle. De magie et d’industrie. Avec en tête « l’industrie » (Industrial), synonyme de celle du cinéma dans le jargon locale (le cinéma est la deuxième industrie étasunienne après l’aéronautique), puis Light, en référence au cinéma - art de la lumière -, et enfin Magic, ce pourquoi l’entreprise existe : créer l’illusion. ILM reste le leader sur le marché. |
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| Camera obscura | |
La fascination pour le cinéma, et son prolongement, la télévision, repose sur l’effet de réel. Une illusion produite par l’image animée et la narration. Elle s’est d’abord formellement ancrée au théâtre - dans ses plans fixes, son cadre, ses situations - quand le cinématographe s’échappait à peine de sa veine « documentaire ». Méliès affirmera la fiction, même s’il ne déroge pas aux règles fondamentales : le plan fixe cadré comme une scène, même en extérieur (s’agissant de ses tout premiers films), à l’exact des Lumière.
Lanterne magique, fantasmagorie, cinéma, cette ligne héréditaire, qui remonte à la grotte de Platon, s’entiche dans la passion qu’ont les hommes à s’illusionner. La camera obscura relève de la magie naturelle, de géniaux inventeurs la perfectionnèrent, puis les prestidigitateurs s’en emparèrent pour en faire la magie du cinéma. |
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