|
Si 2008 a été prolifique en « films réalité », des précédents fameux demeurent, qui ont forgé leurs fondamentaux.
Le plus célèbre réste sans doute Cannibal Holocaust de l’Italien Ruggero Deodato en 1979. Le film se présente comme les rushes d’un reportage tourné par des professionnels sur des tribus pratiquant le cannibalisme. Disparus en Amazonie depuis plusieurs années, ils n’ont pas été retrouvés (et pour cause), mais leur matériel filmique a été miraculeusement découvert et est projeté devant un panel de producteurs de la télévision italienne, se demandant bien ce qu’il vont pouvoir faire de ces images traumatisantes. Les spectateurs assistent, comme eux, aux pérégrinations de l’équipe de tournage, aux scènes de cannibalisme et de tortures qu’ils ont captées, à leur chasse par les autochtones et à leur mort, les uns après les autres, jusqu’à la fameuse chute finale de la caméra, augurant du sort de celui qui la portait...
Truffé d’images à la limite du soutenable, le film a fait son petit effet au seuil des années 1980. Une polémique, sinon un scandale l’accompagna alors, quand un procès est intenté à Deodato pour avoir mis sur le marché du film des images de meurtres atroces réels, doublés de cannibalisme. Paris Match et Photo se feront l’écho du phénomène en France. Le réalisateur fut obligé de démontrer devant le Justice de son pays les trucages qu’il avait utilisés pour réaliser son film. Si les plaignants l’avaient vu ils auraient bien perçu qu’il s’agissait d’une mise en scène, ne serait ce que par le simulacre de projection privée par lequel s’ouvre le film, ou le jeu des acteurs en pseudo reporters. Deodato, c’est un peu l’arroseur arrosé.
D’autres films avant Cannibal Holocaust avait le statu de pseudo documentaires. Le genre, les « mondo films », eut son heure de gloire dans les années soixante, en Italie, en Allemagne, au Pays-Bas et en France. Il tournait jusqu’alors autour du sexe, de la prostitution et de la drogue. Deodato avait poussé le bouchon jusqu’au meurtre, le sadisme et le cannibalisme. Il n’en reste pas moins que le film fut attaqué aussi pour montrer de véritables meurtres d’animaux, une tortue des rivières notamment, ce qui est un fait, et reste inadmissible, même si Deodato s'est justifier en précisant que les animaux tueés dans le film ont été mangé par les tribus autochtones du film.
Mais ne voit-on pas non plus un buffle se faire trancher la tête dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, sans qu’aucune protestation ne se soit élevée ? Depuis, une clause oblige aux cinéastes de ne pas faire subir de mauvais traitements aux animaux. Cannibal Holocaust a laisser supposé que cela pouvait aller jusqu’aux hommes. En cela le film reste un cas d’école.
Le phénomène fascine toutefois dans cette identification de la représentation de la mort au réel. Dans les années 1980 (encore), lors de la commercialisation de masse des magnétoscopes VHS, fut mis sur la marché une série de trois cassettes sous le titre générique de Face à la mort qui rassemblaient des « florilèges » de courts reportages visualisant des exécutions sommaires ou capitales, des accidents mortels, des meurtres d’animaux ou des scènes d’abattoir. Concernant ces dernières, le grand Georges Franju fut précurseur dans les années cinquante avec son court métrage Le Sang des bêtes, mais, lui, dans un but militant, contre le mauvais traitement des animaux dans les abattoirs. Le film a d’ailleurs participé à une législation nouvelle sur le sujet.
On parle également de snuff movies, qui renvoient à de véritables scènes de meurtres filmées à destination de quelques pervers fortunés. Légende urbaine ou non ? Johnny Depp en fera le sujet du seul film qu'il a mis en scène, The Brave.
Le film de Deodato renvoie également à une mini série hebdomadaire, diffusée sur Arte en 1989, Les Documents interdits de Jean-Teddy Filippe, une collection de courts métrages retrouvés visualisant des phénomènes paranormaux.
|
commentaires