Laurent Charbonnier, réalisateur de "Les Animaux amoureux"
© © TFM DistributionSi Les Animaux amoureux est son premier long métrage, Laurent Charbonnier est déjà un vétéran du cinéma animalier.
Il accède enfin à son rêve, en sortant pour les fêtes un splendide film, où pédagogie, humour et émotion s'entremêlent en nous plongeant dans l'intime de la gent animale : secret de fabrication.
Jacky Bornet : On a déjà vu beaucoup de films sur la sexualité animale, qu’est ce qui vous a motivé à revisiter ce sujet ?
Laurent Charbonnier : Je pense que chez les animaux, se présentent deux choses essentielles : se reproduire et se nourrir. Voilà pourquoi on a traité ce thème. Parce qu’il contient aussi des choses très belles, très émouvantes, dans l’esthétique, dans les ballets. Pour Le Peuple migrateur, j’avais déjà filmé les danses de grues japonaises, les courses sur l’eau des grèbes de l’ouest. Mais ce sont bien sûr des images nouvelles pour ce film. Je ne me voyais pas recycler des images anciennes. Le film a été tourné en
Je n’ai pas fait toutes les images du film, même si j’en ai tourné 70%. Je me suis occupé de la plus grande partie consacrée aux oiseaux et mammifères. Les séquences sous-marines ou les insectes, je les ai confiés à des collaborateurs, avec lesquels je travaille depuis longtemps.
JB : Pourquoi cette tentation du long métrage ?
LC : Je rêvais de réaliser un long métrage depuis près de trente ans, puisque cela fait 29 ans que je photographie et filme la faune, depuis 1978 exactement. J’avais vu
Après de nombreux documentaires, j’ai fait les images animalières
du Dernier trappeur de Nicolas Vanier. Jean-Pierre Bailly, le producteur du film, a du m’entendre dire que je souhaitai réaliser un long métrage. Il m’a alors suggéré de lui proposer des sujets. Je lui ai répondu que j’en avais trente en tête, mais qu’il y en avait un très, très beau : tout ce que la nature a inventé pour séduire. C’est parti très vite ensuite. Jean-Pierre avait un rendez-vous trois, quatre jours après chez un distributeur. Ils ont voulu me rencontrer tout de suite, et voilà.
JB : Le film a un fort parti pris dans son rythme et les thèmes, entre les séductions, les passages à l’acte, jusqu’aux naissances. Comment est apparue cette approche entre l’observation, le filmage et le montage ?
LC : La préparation pour un film animalier - l’observation, le repérage - est la chose la plus importante. Ainsi, souvent, quand je filme chez moi, en Sologne, je passe plus de temps avec mes jumelles que derrière la caméra. Quand on veut filmer quelques sangliers qui traverse une rivière, on va souvent passer trois semaines, un mois, à mettre du maïs tous les soir autour de l’eau, jusqu’au moment où des sangliers vont repérer ce maïs et passer 25.000 fois. Enfin, le soir où il y a la belle lumière, je me déplace avec la caméra. Tout cela semble compliqué pour réaliser un plan apparemment simple, on y va tous les jours, mais en fait je ne me suis déplacé quasiment qu’une fois avec la caméra pour réaliser ce plan. Tout est pratiquement toujours comme ça, même s’il y a parfois des moments d’incertitude. Il faut attendre de temps en temps bien sûr. Ca peut durer quatre jours, sept jours. Comme pour le Paradisier de Victoria pour Les animaux amoureux qui nous a fait une danse de 30 secondes, après une semaine d’attente. C’est un peu long, mais c’est formidable de capter de telles images.
Si la production et la régie fonctionnent bien, cela peut se faire. Surtout quand vous filmez dans seize pays. Si elles sont là, quand on arrive sur place, des scientifiques, des spécialistes vous attendent pour vous montrer la branche où tel oiseau vient parader. Si nous n’avions pas l’aide de ces scientifiques, ces naturalistes, ces gardes chasse, forestiers etc., on y seraient encore...
Quand à la construction du film, elle était assez claire, identifiée dès le début. Il y avait comme des rôles principaux, le lion, l’orang-outang, le cerf, et des rôles secondaires. Mais quand on se déplace quelque part et que des opportunités s’offrent, on les filme aussi.
Mais d’emblée, pour Les animaux amoureux, le film était construit par chapitre. Puis il y a les imprévus. Quand vous voyez la femelle orang-outang qui prend la tête du mâle pour lui faire un bisou , toute cette approche, ce jeu de mains, j’étais ravi et très ému, mais cela je ne l’avais pas écrit, parce que peu de gens ont filmé ce genre de comportement. Donc lors du tournage, il y a des choses qui sont très préparées, et toujours un peu de bonheur en plus.
JB : Comment s’est effectuée la sélection des espèces que vous avez retenues dans le film au final ?
LC : On en a filmé 88 et il en reste 83 dans le film. Nous avons toujours été raisonnable. Ayant produit tous mes premiers films, je savais que l’on ne pouvait pas se permettre d’aller filmer 200 espèces à travers le monde. De ce point de vue, les producteurs étaient plutôt contents et on a tenu les délais et le budget. Je sais que c’est compliqué de trouver de l’argent pour ce genre de projet et j’ai beaucoup de respect et d’attention par rapport à cela.
JB : Hors votre formation à l’image, avez-vous été initié au monde animal ?
LC : Pas du tout. J’ai une formation de photographe, donc j’adore l’image, le cadrage, la lumière. J’ai suivi une formation classique, de la photo industrielle au portrait, mais j’avais déjà une passion depuis l’âge de 12, 13 ans, pour les animaux. J’adorai aussi regarder les photos d’André Fatras qui habite comme moi en Sologne. Il y a eu aussi les émissions de Marylise de la Grange (Les Animaux du monde), à laquelle j’ai vendu mon premier film pour mes 20 ans, j’avais 22 ans. Inoubliable.
C’est vrai, je n’ai pas de formation scientifique, mais je suis un bon naturaliste, parce que je passe beaucoup de temps avec mes jumelles, à observer. Je vais souvent en Sologne avec un ami ornithologue pour surveiller des nids de circaète, de grands rapaces mangeurs des serpents, dont le territoire s’étend jusqu’au nord de
Ayant mes entrées dans beaucoup de propriétés qui sont très fermées dans ce pays, j’ai l’occasion d’observer de nombreuses espèces rares. J’ai ainsi dénicher le premier spécimen de balbuzard pêcheur continental, en France. Je l’ai retrouvé en 1984, alors qu’il avait disparu depuis très longtemps. J’ai trouvé son nid en forêt d’Orléans. Donc je suis plutôt naturaliste, j’adore ls rapaces, les oiseaux, la nature. Hier encore je battais la campagne avec mes jumelles.
JB : La musique de Philip Glass pour le film semble comme une évidence, tant il a trouvé une symbiose entre les instruments, la composition et les sons de la nature. Ses précédentes compositions vous ont mené à lui ?
LC : C’était une idée de mon producteur, Jean-Pierre Bailly. Je n’avais pas du tout pensé à Philip Glass. Je connaissais sa musique, d’opéra, ou ses musiques de film et nous nous sommes rencontrés huit fois à New York pour le film. Je souhaitais que la musique soit discrète et qu’elle s’imprègne vraiment des sons de la nature. Que de temps en temps, on se demande : est-ce la musique ou la nature que j’entends ?. Il n’a toutefois pas toujours donné dans ce ton là. Je voulais mettre en avant les sons de la nature, pour que le spectateur soit un peu à ma place quand je suis en haut de mon mirador, ou assis dans l’eau pour filmer les grues huppées.
Heureusement, j’avais avec moi Philippe Barbeau et Martine Todisco, qui ont remporté le César du son pour Microcosmos, et avec lesquels j’avais déjà travaillé. En plus, les techniques ont fait en peu de temps des progrès incroyables. Ainsi, on peut entendre le cerf bramer, mais aussi les autres derrière lui ; et pas seulement son cri de séduction. Grâce à eux.
Le making of du film est diffusé sur France 3, dimanche 30 décembre à 17h00, où l’on voit bien sûr les installations pour l’image, mais aussi celles du son, avec des gélinottes, des armoises qui se baladent entre les micros pour chanter. Mais là, il faut éloigner les micros, les mettre en haut des branches, sur les nids, pour enregistrer les petits pépiements des poussins qui viennent de naître. Martine et Philippe avaient aussi travaillé sur Le Peuple singe, premier film animalier produit par Jacques Perrin.
La musique sans autre son, seule, remplit 40 secondes du film, sinon, elle est toujours liée ou absente des bruits de la nature. D’ailleurs Glass et son chef d’orchestre nous ont livré les musiques par thème. Pour chaque morceau, nous avions les violons sur une piste, le piano sur une autre, les cuivres... ce qui fait que nous pouvions moduler. Ainsi le mixeur a entremêlé 40 pistes musicales et 72 pistes son, pour le film.
JB : Vous avez réalisé des documentaires animaliers, mais aussi des séquences animalières pour des films de fiction (Le Peuple du Marais, Le Dernier Trappeur). Votre approche est-elle différente dans ce cas ?
LC : J’adore filmer comme chef opérateur : être au cadre et à la lumière. Dans ces moments là je m’implique totalement dans ce que veut le réalisateur. Dans un film comme Le Peuple migrateur, qui est un documentaire, sur lequel j’étais chef opérateur, mais qui a aussi un scénario - ce à quoi l’on pense moins à priori que pour une fiction, Jacques Perrin m’a fait une demande imprévue concernant les grues des Etats-Unis, et le scénario en a été chamboulé. Ce qui est allé jusqu’à l’infrastructure du film, en impliquant des déplacements importants jusqu’au Etats-Unis.
Dans un film comme Les Enfants du marais, qui est une pure
fiction, ce que l’on vous demande, ce sont plutôt des plans raccord. Quand Jean Becker (Les Enfants du marais) me demande de faire surgir une troupe de sangliers devant Jacques Gamblin, ou de faire sauter une carpe dans un étang devant Dussolier, ou Michel Serrault à la pêche à la grenouille, il faut être raccord entre les images de la fiction et les images que l’on va créer. Il faut que les ombres soient identiques, que les nénuphars soient les mêmes, ainsi que la lumière. D’autant que Becker tournait du côté de Lyon, près de
JB : L’humour des Animaux amoureux ses drames et sa tendresse vous sont-ils apparus à la prise de vue ou au montage ?
LC : L’humour, nous l’avons créée. J’adore filmer des petites choses rigolotes. Je trouve ça plutôt sympathique quand je vois réagir le public. Quand on voit cet éléphant qui à la fin du film donne un coup de patte pour virer le héron qui est derrière lui, soit on se dit, il a un rétroviseur, soit il a le sens de l’humour, parce que ça ne le gène pas de sentir ce petit héron. Ils les suivent toujours ces petits hérons garde bœufs, derrière eux.
D’autres choses ont été écrites au montage. Comme la séquence du lion qui n’en finit pas de draguer sa belle, qui le renvoie trois fois. Ca apporte un côté très drôle, sympathique, parce que la lionne l’envoie balader, il va se coucher, cinq minutes après, il revient. C’est une scène qui se passe de tout commentaire. Tout le monde comprend, par l’image et le son; seuls. Souvent les commentaires de films animaliers sont ridicules, alors qu’on nous en redemande, parce que l’on trouve que le silence est insupportable, alors que c’est rarement du silence. Avec tous ces chants d’oiseaux, constants, le vent, une musique éventuellement...
Pour Les Animaux amoureux, le producteurs était d’accord d’encadrer le film de deux textes, que je trouve très beaux, d’Yves Paccalet, avec entre eux, seulement la musique et les sons de la nature. Il n’est pas facile de la faire entendre.
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