"Dragons et Princesses"

"Dragons et Princesses"

© Nord-Ouest Films, Studio O, CANAL +
Bon jubilé au Festival d'Annecy, consacré chaque année au cinéma d'animation, un secteur en pleine explosion

Pour sa cinquantième, le Festival d’Annecy, l’équivalent du Festival de Cannes pour l’animation, a mis les petits plats dans les grands.

Des invités prestigieux venus du monde entier, des avant-premières attendues et, comme depuis 25 ans, son marché du film, le MIFA, le premier au monde qui cette année fait le plein.



Un Cannes de l’animation

A la fin des années 50, le Festival de Cannes est d’ores et déjà la manifestation autour du cinéma la plus prestigieuse du monde, par l’importance des films projetés et son parterre de stars. Face à cette ampleur, alors que ce que l’on appelle encore le dessin animé prend de plus en plus d’importance, une poignée de responsables français de ce secteur se rend bien compte qu’ils ne peuvent rivaliser sur le tapis rouge de la Croisette avec leurs concurrents en chair et en os.

La légende dit qu’en 1959, ils s’en retournèrent vers le ministre de la Culture de l’époque André Malraux pour proposer l’organisation d’un festival de cinéma entièrement consacré aux films d’animation. Le grand homme, peu sensibilisé au genre, ne rechignât pourtant pas, tout de même au fait des grandes réussites que connaissaient les studios Disney dans ce domaine, la beauté poétique des œuvres de Paul Grimault ou du tchèque Jiri Trnka. Sans oublier que l’inventeur du dessin animé n’était autre qu’un Français, Emile Cohl, en 1908.

Mais où organiser une telle manifestation ? Malraux s’en retourna vers De Gaulle pour lui suggérer le projet et déterminer le lieu de résidence du festival. Le président de la République, alors en pleine préparation des festivités du centenaire du ralliement de la Savoie à la France en 1960, lui suggéra Annecy, dont la beauté du site conviendrait parfaitement, tout en donnant une aura internationale à la région. Ce qui fut fait dès cette date, 1960, qui vit le premier Festival d’Annecy, sans jamais faire faux bond depuis, avec un succès grandissant.

Un programme 2010 de haut vol

Si les noms de l’animation sont moins connus que les cinéastes traditionnels, celui de Walt Disney a fait le tour du monde et domina le marché jusqu’aux années 70. Les cartoons de la Warner ou de la MGM cartonnaient également et les Tex Avery, Walter Lanz ou Hanna et Barbera se firent aussi une place au soleil. Grimault, en France, s’est imposé, avec toutefois des déboires financiers sans aucune commune mesure. Les choses ont bien changé depuis.

"L'Illusionniste" de Sylvain Chaumet  - © Pathé Distribution Aujourd’hui, le festival accueille Michel Ocelot, que le succès de sa saga Kirikou a mis en pleine lumière, mais aussi Matt Groening, le créateur des Simpson, Bill Plympton, animateur fou dont les longs métrages parviennent régulièrement sur nos écran (L’incroyable lune de miel, Les Mutants de l’espace,...) Les studios Disney envoient une délégation importante, ainsi que leurs associés de chez Pixar. Les Etats-Unis sont également présents avec le chef du département animation de chez Dreamworks (Shrek), Jeffrey Katzenberg. Plus proche de nous, Sylvain Chaumet (Les Triplettes de Belleville) présente son nouveau film, d’après un scénario de Jacques Tati, L’illusionniste qui sort dans les salles le 30 juin...

Annecy a multiplié les événements pour ce 50e anniversaire, bénéficiant d’une production importante et de qualité, boostée en partie par le succès des films en 3D-relief. Mais la numérisation n’est pas tout dans le domaine de l’animation. Sa forme traditionnelle est toujours bien là et Disney y est revenu récemment avec La Princesseet la grenouille, un revirement tout stratégique.

Le MIFA, premier marché de l’animation

Comme pour Cannes qui s’est adjoint un marché du film, devenu le premier au monde, en complément de ses stars et films prestigieux, Annecy a créé il y a 25 ans - donc à mis parcours en 1985- sa propre vitrine, permettant aux distributeurs du monde entier de faire leurs emplettes : le MIFA (Marché international du film d’animation). D’une surface de 500m2 en 1985, elle est passée aujourd’hui à 3.500m2.

Le MIFA (Marché international du film d'animation) à AnnecyCe complément indispensable à une manifestation d’une telle ampleur est principalement dédié à la télévision, très friande en la matière pour ses programmes jeunesse. Ainsi, si la programmation télévisuelle atteignait les 47 heures de programmes en 1985, elle est aujourd’hui de 351 heures en France ! Le secteur est extrêmement lié à l’exportation et la France, notamment par l’intermédiaire de France Télévisions, est très important dans le secteur.

Les productions du groupe s’exportent effectivement fort bien, une reconnaissance internationale s’étant vérifiée dans le secteur par une personnalisation très marquée et appréciée. Mais TF1 ou AB production ne sont pas en restes, même si toutes les chaînes dénotent un ralentissement des ventes à l’étranger de la production nationale.

La crise est passée par là, avec une baisse des financements et de la qualité, alors que la concurrence fait rage. Toutefois, celle-ci est compensée par des alliances entre chaînes. Mais les budgets se sont vus nivelés de 2 millions d’euros sur les 10 précédents, vues les restrictions pécuniaires. Mais par rapport au Canada et l’Allemagne, la France parvient à un niveau loin d’être négligeable.

La révolution reste Internet, où les chaînes investissent de plus en plus en dans l’animation, ayant conscience que la télévision future passera par le Web, avec une obligation d’adaptation intermédiaire par la multiplication des écrans d’accès. Cette révolution s’exprime également par l’interactivité, comme le jeu vidéo, où l’animation est la pierre d’angle.

De l’animation tous azimuts

Le Festival d’Annecy montre depuis 50 ans l’évolution d’un secteur longtemps marginalisé. Réservé aux films pour enfants pendant longtemps, il s’est élargi à un public plus vaste, un peu comme la bande dessinée, avec laquelle le cinéma d’animation entretient des rapports forts, ne serait ce que dans l’adaptation de BD célèbres : Astérix, Lucky-Luke, Les Schtroumpfs, voire les rôles d’auteurs comme Moebius ou Druillet dans le domaine.

Mais aujourd’hui les techniques de l’animation « cannibalisent » tout le cinéma. Des films tels que Matrix, Le Seigneur des anneaux, Avatar, Prince of Persia... ne seraient rien sans des techniques d’animation passées au numérique, permettant de projeter des images irréalisables en live. Les armées de la Matrice, de Sauron, les dragons de la planète Pandora, les sables du temps, pour ne citer qu’eux, relèvent d’une animation dite « virtuelle » qui renvoient dans leurs fondamentaux à l’image par image, avec un réalisme inimaginable avant l’apparition de nouvelles technologies, toutefois fondées sur des techniques anciennes.

"Shrek 2" - DreamworksL’explosion des films en 3D-relief est la logique continuité de l’expansion d’une telle technologie. Les films d’animation purs se sont les premiers prêtés à une telle approche et restent toujours en tête des productions y faisant appel. Bienvenue chez les Robinson s’était avéré en 2008 un formidable essai très efficace. Depuis, l’on transfère des films tournés en 2D en 3D-relief avec plus ou moins de bonheur comme L’Etrange Noël de Monsieur Jack ou avec plus de propos Toy Story, dont le premier opus avait été conçu pour la 3D-Relief et dont les deux suites sont attendus très prochainement dans ce format.

Parallèlement, la télévision en relief arrive à grand pas. Si les producteurs sont encore frileux sur le chapitre, les films commencent à être réalisés. Comme le très attendu Petit Prince, produit par France Télévisions, après la mise en ligne de deux autres productions pour expérimenter la technologie et sa réception.

Nombre de programmes vont dans ce sens, tout en sachant que les productions en relief élèvent leur coût de 30 à 50%. Ce qui n'est pas rien. Il est toutefois étonnant de constater que le film d’animation image par image est à l’origine d’une révolution du cinéma et de la télévision et que le Festival d’Annecy s’en avère le reflet. Pourvu que ça dure : bon anniversaire !

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