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Entre temps, était né en 1895 le cinématographe. Le procédé inventé par les frères Lumière reste, depuis, l’acquis d’une révolution dans la représentation du spectacle collectif. Étonnement, alors que le dessin - plutôt la peinture (sur verre, puis carton, puis gélatine), était à l’origine d’une reconstitution projetée du mouvement, il faut attendre treize ans, 1908, pour voir le dessin appliqué au cinéma.
Français, Émile Cohl (pseudonyme d’Emile Courtet), qui en est l’instigateur, est d’abord caricaturiste. Admirateur de Gill qui sévit dans de nombreux journaux satyriques, tels qu’il en fleurissaient au XIXe siècle, il en sera l’élève. Le suivant partout, il rencontrera souvent Victor Hugo, que son mentor fréquentait assidûment sur la fin de sa vie et dont Gill fera trois caricatures.
Parallèlement, Cohl ouvre un atelier de photographe dès 1884. Plein d’humour et de dérision, sans ignorer de s’égratigner, il vient au cinéma comme un pluridisciplinaire qui produit tant des caricatures, que des photographies, de la peinture, des jeux ou des comic strips en Angleterre. C’est sans doute ces derniers qui le dirigent vers le cinéma, par leur succession d’images racontant une histoire. Rappelons que nous sommes au début de la bande dessinée moderne et que Le Sapeur Camembert et La Famille Fenouillard de Christophe (Georges Colomb) sont contemporains de Cohl.
Il a pourtant cinquante ans quand il se lance dans l’aventure, alors que le cinéma commence à connaître sa première révolution en s’émancipant du marché forain pour aller vers l’exploitation en salles. Suite à un différent avec Gaumont sur une campagne publicitaire, Cohl est engagé par le studio, commençant comme truqueur, puis scénariste et assistant de Louis Feuillade (Fantomas, Les Vampires, Judex).
L’idée de réaliser ce qui ne s’appelait pas encore un « dessin animé » lui vient après avoir vu L’Hotel hanté, une bande américaine de James Stuart Blackton, très proche de son contemporain Hôtel électrique du catalan Segundo de Chaumon. Premiers films tournés image par image, on y voit des objets bouger seuls dans une chambre. Les caméras permettant désormais le tournage de films image par image, Cohl, dessinateur et dans le milieu du cinéma, eût logiquement l’idée d’appliquer son art au secteur dans lequel il évoluait.
Emile Cohl, l’inventeur du dessin animé
En ce centenaire du dessin animé, comment ne pas découvrir ce magnifique ouvrage sur Emile Cohl qui l’inventa ?
Comme Robertson, Robert Houdin, ou Emile Reynaud, et comme faillit l’être Georges Méliès, Emile Cohl fait figure de grand oublié dans le panthéon des génies à l’origine d’une révolution cinématographique et au sens plus large, artistique.
Comment la France peut-elle mettre aux oubliettes de telles figures, essentielles à la culture mondiale et au rayonnement de l’hexagone ? Sans doute par négligence envers une forme d’art qu’elle a longtemps ignorée, préférant mettre en avant sa tradition littéraire et picturale. La bévue est enfin réparée grâce à Pierre Courtet-Cohl et Bernard Génin qui publient, sans doute, la monographie définitive sur l’inventeur du dessin animé en 1908, dont toute l’œuvre sauvegardée vient d’être projetée à la cinémathèque française.
Biographie et mise en perspective d’Emile Cohl, de son vrai nom Emile Courtet, ce très beau livre, tant pas son contenu que sa qualité d’édition, est non seulement bourré d’anecdotes savoureuses - jusqu’au tragique -, mais d’une iconographie exceptionnelle qu’enrichissent quatre DVD présentant l’exhaustif des films de Cohl retrouvés à ce jours, sur les 340 qu’il a produits au total. Plein de fantaisie et de trucages, leur naïveté fait force de poésie et d’un regard sans illusion sur une humanité en pleine mutation, que soulignent les compositions musicales originales de Bernard Lubat, parfaitement synchrones à leur tonalité.
Le format à l’italienne de l’ouvrage, relié, sert une mise en page harmonieuse que parcourt un texte passionnant, la vie de Cohl s’avérant des plus mouvementée, et exigeante, dans son désir constant d’inventivité. Une inventivité qui ne lui apporta pourtant guère la fortune. Mais c’est son importance dans l’art qui prime. Toutes les histoires de l’art et du cinéma se réfèrent à Cohl, par son influence sur la peinture, en inspirant un Fernand Léger, un Paul Klee, un Miro, un Hans Richter et tous les surréalistes, comme au cinéma, un René Clair ou un Tati, sans parler de Disney qu’il vilipendait pour les moyens auxquels il avait accès. L’art était alors obsédé par le mouvement, le cubisme et le futurisme en étant la cheville travailleuse. L’art d’Emile Cohl est comme une bielle de locomotive qui propulse son influencer jusqu’au XXIe siècle.
Caricaturiste, peintre, photographe, inventeur de jeux, historien/cartographe, cinéaste..., Emile Cohl participa à l’invention de son temps et à son futur, auquel un ouvrage digne de son génie rend enfin hommage. Indispensable aux amateurs d’art et de cinéma. Un livre qui fait date.
Emile Cohl, l’inventeur du dessin animé
Pierre Courtet-Cohl et Bernard Génin
Editions Omiscience
165 pages, relié |
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