"Lebanon"
© CTV International"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer."
Vidéo
"Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."
La critique
Le cinéma israélien revisite régulièrement ses guerres : Kippour d’Amos Gitaï, Valse avec Bashir d’Ari Forman, ... Lebanon visualise la guerre du Liban depuis un tank de Tsahal, à travers les yeux du cinéaste qui s’est inspiré de son expérience lors de la première guerre du Liban dans les années 80, comme artificier à bord d’un char d’assaut israélien. Premier film de Samuel Waos, Lebanon a reçu le Lion d’or de
La démarche de Samuel Waos rappelle celle d’Ari Forman, puisque leurs deux films se fondent sur des souvenirs personnels de guerre. Forman parlait de la deuxième guerre du Liban, Waos parle de la première. Le cinéaste choisit un parti pris de mise en scène extrême, situant l’exhaustivité de son film à l’intérieur du char, les seules vues de l’extérieur s’effectuant par le viseur du véhicule, point de vue qu’avait justement le cinéaste quand il a vécu ces événements à l’âge de vingt ans.
Trauma individuel, de cette expérience personnelle, Waos en déduit un film exorciste. Comme Forman. Mais très différemment. Il joue la carte du naturalisme, frisant le faux reportage. Claustrophobe, Lebanon peut évoquer les films de sous marin : Tank et bathyscaphe évoquent des cercueils en suspend. Mais ici pas de technologie sophistiquée, d’équipage au cordeau : un réduit envahi d’eau stagnante, de fumée, de crasse ferrugineuse, de conflits entre soldats.
Si ce point de vue est passionnant et terrible, Samuel Waos peine à le dramatiser pour l’écran. Portant très bien la caméra, et jouant du point de vue subjectif à travers la visée du char, passant constamment de l’infrarouge à la lumière du jour, les ressorts du récit n’atteignent pas l’impact qu’ils devraient. Mais la guerre, c’est aussi l’ennui.
Tout est dans l’image et le son. Une bande son infernal, un capharnaüm composé du bruit de la machinerie du char, de la flotte aérienne, des coups de feu et de canon, des colères entre soldats. Des images d’horreur, ponctuées de cadavres éventrés, de visages crasseux et de murs rouillés. L’enfer :la guerre. La guerre comme on ne l’a jamais vécue au cinéma : la peur de la mort qui rôde dans un climat de violence extrême. Seul, peut-être, Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, sur la guerre du Vietnam, avait atteint un tel niveau.


