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Rebecca Miller écrit et réalise d’après son roman Les vies privées de Pippa Lee, l’histoire d’une femme américaine, quasiment exemplaire, qui prend tournure de cas d’école. Rassemblant un casting judicieux, l’on y retrouve Robin Wright Penn, Keenu Reeves, Alan Arkin, Julianne Moore, Monica Bellucci et Winona Ryder. Une distribution qui recoupe le sentiment de justesse qui domine le film.
Spontanément vient à l’esprit le qualificatif de « film de femme » pour définir Les Vies privées de Pippa Lee. Portait de femme réalisé par une femme, l’on sent que Rebecca Miller a à cœur d’exposer l’intimité psychologique d’une contemporaine. Elle y parvient avec une intelligence et sensibilité extrêmes grâce aux traits parfaitement sentis qu’elle prête à son (ses) personnage(s), son écriture, et à son choix de mise en scène qui privilégie un jeu subtil sur le temps.
Film sur le bilan d’une vie en devenir, Pippa Lee, est le récit d’une femme qui part en quête d’elle-même. Aussi le film est-il composé de constant vas et vient entre le passé et le présent, parfaitement articulés pour déchiffrer un état d’être au monde. On pense à Robert Altman. (Un mariage, Femmes). Reconnue par son entourage, belle et dévouée, la perfection de Pippa est objet d’admiration. Un sentiment qu’éprouve l’extérieur et qui, bien sûr, ne correspond pas à la réalité, à un vécu intérieur que personne ne connaît. « J’en ai assez d’être une énigme. Je veux qu’on me comprenne », dit-elle.
Mais avant qu’on la comprenne, peut-être faut-il qu’elle se comprenne. C’est tout le parcours du film. Aussi l’idée de faire de Pippa une somnambule, donc une personne qui ne connaît pas la totalité des actes qu’elle commet, est une des plus belles du film, car rarement représenté à l’écran, et comme l’élément synthétique qui résume toute sa condition, et sa quête.
Robin Wright Penn est parfaite pour personnaliser tout en douceur et déchirement intériorisé cette personnalité à la recherche d’elle-même. Tout comme Blake Lively qui interprète Pippa jeune. Keenu Reeves sort de ses personnages héroïques pour renouer avec celui, proche, du film de Gus Van Sant, My Own Private Idaho ; Alan Harkin est parfait dans sa fragilité d’homme vieillissant, et l’on a grand plaisir à retrouver Winona Ryder en jeune femme déstabilisée et maladroite, que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.
Mais de ce film doux amer, il ne faudrait pas oublier l’humour discret, et le charme qu’il distille, l’ensemble évoquant une forme de poésie en phase avec des gestes quotidiens qui prennent la tangente. Sans oublier une évocation des années 70, et leur rapport avec le présent, d’où surgit, sans idéalisation aucune, sinon le sens de la vie, le sens d’une vie.
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