Roman Polanski à Berlin en octobre 2006.
AFP / Oliver LangIl a fait savoir qu'il ne s'exprimerait pas publiquement après l'annonce lundi de la décision de justice suisse et a quitté Gstaad où il était assigné à résidence depuis son arrestation sur mandat américain, le 26 septembre 2009.
Il était poursuivi pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de 13 ans, en 1977.
Vidéo
Ses avocats réclament une enquête "juste et impartiale"
Les avocats américains de Roman Polanski réclament à nouveau une enquête "juste et impartiale" pour prouver l'existence de fautes de procédure. "Cette enquête pourrait et devrait être menée par un tiers juste et impartial, par exemple une commission nommée par le gouverneur ou le procureur général de l'Etat, et ses résultats devraient être rendus publics" ont déclaré les avocats Chad Hummel, Doug Dalton et Bart Dalton.
"Nous demandons à ce qu'une enquête méticuleuse des faits et circonstances de l'affaire soit menée sans délai, et qu'elle s'intéresse aussi aux raisons pour lesquelles les demandes spécifiques d'information réclamées par la Suisse n'ont pas été honorées", ajoutent-ils.
Le gouvernement suisse a indiqué lundi que l'extradition avait été rejetée en partie parce que les autorités américaines n'avaient pas fourni tous les documents demandés. Pour les avocats américains, le document manquant serait un témoignage sous serment du procureur au moment des faits, Roger Gunson. Ce témoignage prouverait que la demande d'extradition des USA n'était pas recevable, car le cinéaste, qui avait reconnu avoir des "relations sexuelles illégales" avec une mineure de 13 ans, avait passé 42 jours derrière les barreaux pour son examen psychiatrique, sur les 90 ordonnés par le juge. Or le traité d'extradition des USA avec la Suisse exige que la condamnation éventuelle suivant l'extradition "soit supérieure à six mois", avaient expliqué les avocats devant la justice californienne en mai dernier.
Le refus d'extrader le cinéaste ne signifie par l'abandon des poursuites de la part de la justice californienne. Les Etats-Unis ont d'ailleurs assuré qu'ils continuerait à chercher "justice" dans cette affaire.
Roman Polanski reste visé par une "notice rouge" d'Interpol
Cette "notice rouge" sur les personnes recherchées est délivrée par Interpol à la demande des autorités américaines. "Il incombe aux Etats-Unis, qui sont à l'origine de cette notice rouge, d'en demander le retrait", a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'organisation de coopération policière internationale basée à Lyon. Interpol n'a pour l'instant reçu aucune instruction en ce sens, a-t-elle ajouté.
Ces notices rouges sont diffusées par Interpol à ses 188 pays membres pour demander l'arrestation et l'extradition de suspects.
Les Etats-Unis ne peuvent pas faire appel de la décision suisse
Le rejet de la demande d'extradition fait suite à la procédure judiciaire américaine. Le ministère américain de la Justice a refusé de faire parvenir aux autorités suisses le procès-verbal d'une audition du procureur Roger Gunson, alors chargé du dossier.
"On ne saurait exclure avec toute la certitude voulue que Roman Polanski ait déjà exécuté la peine prononcée autrefois à son encontre et que la demande d'extradition souffre d'un vice grave. Vu les incertitudes qui subsistent quant à l'exposé des faits, la demande d'extradition doit être rejetée", a expliqué l'Office fédéral de la justice (OFJ).
"Les Etats-Unis ne peuvent pas faire appel de la décision de la Suisse" de rejeter leur demande d'extradition du cinéaste Roman Polanski, a précisé la ministre suisse de la Justice Mme Eveline Widmer-Schlumpf lors d'une conférence de presse à Berne.
Lors de son procès aux Etats-Unis, en 1978, Roman Polanski avait plaidé coupable de relations sexuelles avec l'adolescente mais il s'était enfui à la veille du prononcé du jugement, après un séjour en prison.
"Je me réjouis parce qu'il va pouvoir retourner en France, et revoir librement son fils, sa fille et sa femme, Emmanuelle Seigner, à qui je rends hommage parce qu'elle a été d'un grand courage pendant toute cette période", a déclaré l'avocat de Roman Polanski Me Georges Kiejman. "Je pense que le malentendu qui persiste avec les autorités américaines sera plus facile à régler, et j'espère qu'il pourra un jour retourner aux Etats-Unis", a ajouté son avocat français.
L'écrivain Bernard-Henri Lévy, qui avait été le premier à lancer une pétition de soutien à Roman Polanski, s'est dit "fou de bonheur" après la décision lundi de la justice suisse. "Je viens de lui parler, il est dans le même état d'esprit que les millions de citoyens qui l'ont soutenu, son sentiment c'est que justice lui est rendue", a-t-il poursuivi.
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a accueilli lundi "avec satisfaction" la décision de la justice suisse, se félicitant que soit désormais "venu le temps de l'apaisement". Dans un communiqué, le ministre "se réjouit pour son épouse Emmanuelle Seigner, ses enfants et ses amis qui l'ont soutenu avec dignité et détermination au long d'une épreuve où les polémiques les ont profondément affectés".
Rappel des dates-clés de l'affaire
- 10 mars 1977 : Roman Polanski, alors âgé de 43 ans et déjà réalisateur mondialement reconnu, a une relation sexuelle avec Samantha Geimer, 13 ans, en marge d'une séance de photographie chez l'acteur Jack Nicholson, en Californie.
- 15 avril : Début du procès pour viol, à la suite d'une plainte des parents. Polanski plaide non coupable.
- 8 août : Il change de stratégie et plaide coupable de détournement de mineure. Un accord est conclu pour éviter un procès public mais il est condamné à passer trois mois en prison pour y subir des tests psychiatriques.
- 17 décembre : Incarcéré à l'hôpital-prison Chino, en Californie, Polanski est libéré après un mois et demi.
- 31 janvier 1978 : Ayant appris qu'il risquait 50 ans de prison aux Etats-Unis, le réalisateur se réfugie à Paris. Il se déplacera librement dans de nombreux pays, dont la Suisse.
- 24 février : La justice américaine refuse de rendre un verdict par défaut.
- 23 août 1994 : Le procureur chargé du dossier exige sa présence devant la cour. Une nouvelle législation fixe le maximum de la peine à quatre ans. Le cinéaste avait mis un terme au procès civil en donnant 225.000 dollars à sa victime.
- 1er mars 2003 : Samantha Geimer lui "pardonne" publiquement mais réitère qu'il y a eu viol. Elle souhaite toutefois la présence de Polanski à la cérémonie des Oscars.
- 23 mars : il obtient l'Oscar du meilleur réalisateur pour "Le pianiste" mais est absent à la cérémonie.
- 3 décembre 2008: Ses avocats américains demandent l'abandon des poursuites, affirmant disposer de nouvelles preuves montrant l'iniquité de la procédure pénale initiale à Los Angeles.
- 26 septembre 2009: Polanski est arrêté à son arrivée à Zurich où il devait être honoré pour l'ensemble de son oeuvre.
- 28 septembre : Il refuse d'être extradé. Une pétition internationale demandant sa mise en liberté recueille de nombreuses signatures des milieux du cinéma, dont Martin Scorsese, David Lynch et Woody Allen. En France, le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, et le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, prennent parti pour le cinéaste.
- Le 29 septembre, ses avocats déposent un recours contre le mandat d'arrêt en vue de son extradition.
- 26 octobre : La victime de Polanski réclame l'abandon des poursuites.
- 25 novembre : La justice suisse accorde une libération contre une caution de 3 millions d'euros.
- 4 décembre : Polanski rejoint sa famille dans son chalet de Gstaad (Alpes suisses) où il est assigné à résidence avec un dispositif de surveillance et un bracelet électronique.
- 21 décembre : La justice américaine refuse l'abandon des poursuites.
- 22 janvier 2010: Un tribunal de Los Angeles rejette la requête de jugement par contumace formulée par les avocats de Polanski et soutenue par Samantha Geimer.
- 22 avril: Une cour d'appel californienne rejette la demande d'abandon des poursuites, présentée par Samantha Geimer.
- 15 mai: l'actrice britannique Charlotte Lewis relance l'affaire en accusant Polanski de l'avoir "abusée sexuellement" au début des années 80 alors qu'elle avait 16 ans. Les avocats de Roman Polanski menacent de la poursuivre en justice.
- 12 juillet: La ministre suisse de la justice Eveline Widmer-Schlumpf convoque une conférence de presse pour annoncer sa décision sur la demande d'extradition du cinéaste.


