Bernard Giraudeau venait d'avoir 63 ans.

Bernard Giraudeau venait d'avoir 63 ans.

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Les obsèques de Bernard Giraudeau, mort samedi d'un cancer, ont eu lieu dans la plus stricte intimité, vendredi à Paris

A la demande de ses proches, aucune indication n'avait été donnée sur le lieu et l'heure des obsèques.

Celles-ci ont rassemblé sa famille et ses amis à l'église Saint-Eustache. A l'issue de la cérémonie, les honneurs militaires ont été rendus à Bernard Giraudeau avant de longs applaudissements, selon la tradition des artistes.

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Une  cérémonie de crémation devait se dérouler en fin d'après-midi dans la plus  stricte intimité.

Les hommages du monde artistique et politique
Les hommages ont afflué dès l'annonce de la mort de Bernard Giraudeau samedi et nombre de personnalités ont salué ses talents de comédien, de réalisateur et d'écrivain, tout comme son courage et son exemplaire combat contre le cancer.

"C'était un lion, Bernard", a notamment déclaré samedi l'actrice Anny Duperey, mère de ses deux enfants, rappelant que son cancer l'avait forcé à abandonner la pièce "Richard III" qu'il voulait créer. R
éalisateur, producteur, scénariste et écrivain, Bernard Giraudeau avait 63 ans quand il s'est éteint dans un hôpital parisien. Il luttait contre un cancer du rein depuis dix ans, ayant fait de nombreuses rechutes, et avait témoigné publiquement de son long et difficile combat contre la maladie.

"Il l'avait dit quelques fois, que cette maladie lui avait ouvert les yeux", a déclaré sur RTL Anny Duperey. Celle qui fut sa compagne pendant dix-huit ans avait rencontré Bernard Giraudeau sur les planches en partageant avec lui, à 30 ans, l'affiche de "La guerre de Troie n'aura pas lieu" de Jean Giraudoux. "Je jouais Hélène de Troie et il jouait Pâris, c'était un peu prédestiné", a-t-elle rappelé, ajoutant : "C'est vrai qu'on avait cette passion commune qui était le théâtre."

"Il s'est battu comme un héros qu'il était. Il était exactement ce que nous devrions tous être", a déclaré son ami l'acteur Pierre Arditi, regrettant "un  homme profond, ce que l'on appelle un homme avec une grande fragilité".

"Je l'ai vu il y a quelques jours, il était une ombre, évidemment. Il était d'une minceur impressionnante, mais il y avait son regard", a raconté l'animateur Michel Drucker. "Il m'a dit 'Tu vois, je rentre au port, comme La Jeanne d'Arc'", a-t-il  poursuivi, faisant allusion au navire de la Marine nationale sur lequel cet ancien marin, sportif accompli, avait sillonné le monde avant d'avoir 20 ans.

"Son merveilleux regard, sa rigueur, son si grand talent au théâtre, au cinéma, devant et derrière la caméra et son talent d'écriture aussi, tout nous revient et ne nous quittera plus. Dans son métier comme dans sa vie d'homme,  Bernard Giraudeau aura été exemplaire", a déclaré Pierre Lescure, président des Molières.

Le réalisateur Alexandre Arcady qui l'a dirigé dans "Le grand pardon" (1982) au côté de Roger Hanin, Jean-Louis Trintignant, Richard Berry et Anny Duperey, s'est souvenu de son charisme. "Il était lumineux. C'était la belle gueule du cinéma français. On avait envie de le filmer. Il y avait une espèce d'éclat dans son regard, dans sa façon de jouer."

"Jusqu'au bout, il était en quête d'absolu", a dit l'acteur Robin Renucci.

Dès samedi matin, l'annonce de son décès avait fait réagir la classe politique. Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à un "homme attachant et populaire eux multiples facettes artistiques". "Populaire au sens le plus élevé du terme", il n'a "jamais cédé à la facilité d'une image charmeuse", a renchéri le Premier ministre François Fillon.

Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a salué un "grand comédien" et un "homme de coeur et de caractère" qui a combattu sa maladie avec "un courage vraiment admirable".

Le maire de Paris Bertrand Delanoë a regretté la disparition d'un "écrivain remarquable" dont le dernier livre Cher amour est "une leçon d'humanité et de vie".

La première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a salué un "très grand acteur", "combatif et fragile", "ouvert aux autres et empreint d'une grande pudeur" et le secrétaire national du PCF, Pierre Lauren, "un artiste qui s'est battu en tout domaine, en amoureux de la vie".

L'ancien ministre de la Culture et député PS Jack Lang a parlé d'un "homme de lumière", acteur "puissant et doué d'une vive intelligence".

Ségolène Royal, présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, a rendu hommage à "l'homme de gauche" qui était "épris de fraternité, de justice et de non violence, il voulait ne pas combatte son cancer  mais l'apprivoiser et l'appelait son nouveau bateau".

Son combat contre la maladie
Bernard Giraudeau, France 2Depuis 2000, il combattait un cancer du rein qui l'avait contrait à ralentir ses activités et qui, disait-il, lui avait appris à se connaître. En 2005, on lui avait trouvé des métastases au poumon.

"Pour un homme adulte, sur le deuxième versant de sa vie, un cancer peut être un message, un questionnement. C’est souvent ce qui se passe", déclarait-il dans une interview émouvante à Libération en mai dernier. Il remettait en cause la vie frénétique qu'il avait menée. "Il faut voir que la vie menée durant toutes ces années n’a pas été le bon chemin. Ce n’est pas de sa faute, mais on peut commencer à comprendre que l’on est en partie responsable, de façon inconsciente, de ce qui s’est passé. Ce que l’on vit autour de nous est souvent effrayant. On accumule les bêtises. On peut avoir le sentiment que l’on est dans un train fou", disait-il.

"C'est long d'être en permanence entre les mains des médecins, des radios, des scanners", disait encore celui qui avait subi l'ablation d'un rein, une opération des poumons, l'ablation de côtes. "On a une médecine qui est bafouée, attaquée par les pouvoirs publics qui veulent faire des économies à tout prix. On supprime des postes, il y a de moins en moins d'oncologues, et pourtant il y a de plus en plus de malades, de plus en plus de pathologies", dénonçait-il.

Le 30 avril, Bernard Giraudeau s'était confié dans l'émission de Mireille Dumas Vie privée, vie publique sur France 3. Il estimait que le fait d'avoir longtemps vécu en "sur-régime" n'était pas étranger à sa maladie: "Après avoir baroudé, avoir été dans une centrifugeuse sans pouvoir en sortir, à un moment donné les choses explosent, le corps s'arrête et dit stop."

Bernard Giraudeau avait lancé une émission vidéo sur le site La Maison du cancer. Il s'y faisait le porte-parole des malades et alertait l'opinion sur la dégradation de la situation dans les hôpitaux.

Il avait deux enfants avec la comédienne Anny Duperey, Gaël et Sara. Comédienne, Sara avait remporté le Molière 2007 de la révélation féminine au théâtre.

1973 : débuts au cinéma
Né à La Rochelle, le 18 juin 1947, ce fils de militaire a 15 ans quand il entre dans la Marine, comme apprenti mécanicien puis naviguera pendant plusieurs années et vivra de petits boulots avant de se lancer dans une carrière de comédien.

En 1970, il intègre le Conservatoire national supérieur d'art dramatique où il obtient le premier prix de comédie classique et moderne. Il fait ses débuts au cinéma en 1973 au côté de Jean Gabin dans Deux hommes dans la ville et enchaîne avec de nombreux rôles au théâtre et au cinéma. Il tournera une cinquantaine de films en un peu plus de trente ans, alternant des rôles de séducteur et de héros tragique.

On l'avait vu dans de nombreuses comédies comme Et la tendresse, bordel ? (1978), Viens chez moi, j'habite chez une copine, (1981). Loin de se cantonner aux rôles de beau gosse, il a toujours cherché à élargir sa palette et joué dans des films d'auteur.

Bernard Giraudeau était un capitaine séduisant troublé par une femme laide et malade dans Passion d'amour (1980), d'Ettore Scola, puis un loubard, justicier solitaire dans Rue  Barbare (1983).

Le flic alcoolique qu'il jouait dans Poussière d'ange (1987), un polar crépusculaire d'Edouard Niermans, préfigurait ses personnages antipathiques ou ambigus des années 1990, le prélat poudré de Ridicule, le patron pervers d'Une affaire  de goût, le psychopathe diabétique de Ce jour-là .

Parallèlement, Bernard Giraudeau retourne régulièrement sur les planches où il a débuté en 1971 à Paris avec Jacques Fabbri dans Pauvre France.

A partir de 1987, Bernard Giraudeau passe de l'autre côté de la caméra, tout en continuant sa carrière de comédien. Il réalise deux longs-métrages (L'Autre, 1990 et Les Caprices d'un  fleuve, 1996) et des documentaires.

Admirateur des écrivains voyageurs comme Jack London ou Joseph Conrad, il publie son premier livre à 54 ans. Il publie notamment des romans à succès comme Le Marin à l'ancre (2001), Les Hommes à terre (2004), Les Dames de nage (2007). Il avait reçu le prix Mac Orlan pour Cher Amour (2009).

La filmographie de Bernard Giraudeau

Au cinéma
Deux hommes dans la ville (José Giovanni, 1973)
La poursuite implacable (Sergio Sollima, 1973)
Le Gitan (José Giovanni, 1975)
Et la tendresse? Bordel ! (Patrick Schulmann, 1978)
Le toubib (Pierre Granier-Deferre, 1979)
La Boum (Claude Pinoteau, 1980)
Viens chez moi, j'habite chez une copine (Patrice Le conte, 1980)
Passion d'amour (Ettore Scola, 1981)
Le Grand Pardon (Alexandre Arcady, 1981)
Hecate (Daniel Schmid, 1982)
Le Ruffian (José Giovanni, 1983)
Rue Barbare (Gilles Béhat, 1983)
L'année des méduses (Christopher Frank, 1984)
Les spécialistes (Patrice Leconte, 1984)
Bras de fer (Gérard Vergez, 1985)
Les loups entre eux (José Giovanni, 1985)
Les longs manteaux (Gilles Béhat, 1986)
Poussière d'ange (Edouard Niermans, 1986)
Vent de panique (Bernard Stora, 1987)
L'Homme voilé (Maroun Bagdadi, 1987)
La reine Blanche (Jean-Loup Hubert, 1990)
Après l'amour (Diane Kurys, 1992)
Le fils préféré (Nicole Garcia, 1994)
Les caprices d'un fleuve (Bernard Giraudeau, 1995)
Ridicule (Patrice Leconte, 1995)
Marquise (Vera Belmont, 1997)
Gouttes d'eau sur pierres brûlantes (François Ozon, 1999)
Une affaire de goût (Bernard Rapp, 1999)
Les marins perdus (Claire Devers, 2001)
Ce jour-là (Raul Ruiz, 2002)
La petite Lili (Claude Miller, 2002)
Je suis un assassin (Thomas Vincent, 2003)
Chok dee (Xavier Durringer, 2004)

A la télévision
Arsène Lupin (1973)
La porteuse de pain (1973)
Les oiseaux de Meiji Jingu (1974)
Les mohicans de Paris (1974)
Histoire de rire (1975)
L'équipage (1978)
Blanc, bleu, rouge (1979)
La grande cabriole (1989)
Confession secrète (1995)
Saint-Exupéry, la dernière mission (1996)
L'ex (1996)
Si je t'oublie Sarajevo (1996)
La poursuite du vent (1998)
Nana (1999)
Mata Hari, la vraie histoire (2003)
Leclerc, un rêve d'Indochine (2003)
Dans la tête du tueur (2005)
L'empire du tigre (2006)

Réalisations
Long-métrages

L'Autre (1989)
Les Caprices d'un fleuve (1995)

Téléfilms
La face de l'ogre (1987)
Un été glacé (1991)

Courts-métrages
Le cri du silence
Dessine-moi un arbre

Documentaires
La Transamazonienne (1999)
Chili norte-Chili norte II
Un ami chilien
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