Severin Blanchet avec ses étudiants à Kaboul (Afghanistan). 31/07/10
AFP/ATELIER VARAN"C'est très difficile d'exprimer son émotion. C'était un homme spécial, notre professeur. Il nous a beaucoup aidés. Il sera difficile à remplacer", a dit, très ému un de ses anciens étudiants, Taj Mohammad Bakhtari.
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a salué la mémoire d'un "grand réalisateur de films documentaires".
Né le 27 avril 1943, Séverin Blanchet, est le réalisateur d'une dizaine de documentaires.
Avec le célèbre documentariste et ethnologue français Jean Rouch, il était à l'origine de la création, en 1969, du Laboratoire de l'université de Paris X et, en 1980, des Ateliers Varan. Il a contribué à la création de nombreux ateliers dans différents pays du monde, et plus particulièrement en Papouasie, en Nouvelle-Calédonie et en Afghanistan depuis 2006. Séverin Blanchet a par ailleurs signé plusieurs films pour France 5 et France 3 dont "La Papouasie de la famille Maden" (2003) et "La vie Alstom" (2007). Membres du Centre international de liaison des écoles de cinéma et de télévision), les Ateliers Varan sont également présents en Afrique du Sud, au Vietnam, en Colombie et en Bolivie.
"Questionner la réalité et pas seulement la décrire" est l'une des lignes-force des Ateliers Varan pour "qui n'y a pas de neutralité du regard documentaire", peut-on lire dans la note d'intention de l'école.
Séverin Blanchet est mort dans un attentat qui a coûté la vie à pas moins de 16 personnes, dont quatre Indiens, un Italien et des policiers et civils afghans. Ils ont été tués dans des attaques coordonnées de kamikazes talibans qui visaient des résidences hôtelières abritant des étrangers en plein centre de Kaboul.
Son oeuvre en Afghanistan
Il s'était rendu une trentaine de fois dans la capitale afghane ces trois dernières années. Il y dirigeait une vingtaine de stagiaires cinéastes en fin d'études. "Séverin consolidait ce qui était en train de devenir un véritable atelier de production de cinéma documentaire afghan", a indiqué Hélène Vietti, l'un de ses proches collaboratrice, administratrice des Ateliers Varan, organisation non gouvernementale soutenue par l'Unesco.
"Il était arrivé hier matin (jeudi 25 février) à Kaboul. Il devait voir les stagiaires pour déterminer les sujets des prochains films. Nous sommes effondrés et nous ne comprenons pas. Ce n'était pas lui mais sa nationalité qui était visée", a ajouté Mme Vietti.
"Lors de la première partie du stage démarré en 2006, 18 premiers films sur les enfants de Kaboul ont été réalisés et diffusés à la télévision afghane, après avoir été présentés au Festival de Cannes. Il n'y a jamais eu de problème ou de polémique", a souligné Mme Vietti, précisant que les formations dispensées bénéficient du soutien de la Radio-télévision afghane, de l'ambassade de France, du Goethe Institut et de l'Université des Beaux-Arts de Kaboul.
"Il a tellement fait pour nous"
Quand l'étudiant de Séverin Blanchet, Taj Mohammad Bakhtari, a appris qu'un attentat s'était produit vendredi matin à la résidence hôtelière Park Residence, Taj a d'abord essayé d'appeler Blanchet, puis a accouru avec sa caméra: "Il y avait des véhicules blindés de l'armée française. Et le corps de Séverin sous une bâche. Je ne voyais que ses jambes". Selon lui, le réalisateur se trouvait dans sa chambre quand les talibans ont fait irruption et l'ont abattu. "On aurait voulu avec d'autres étudiants porter son corps dans l'avion. Mais ça n'était pas possible. C'est une perte énorme pour nous. Encore plus grande que pour sa famille. Il a tellement fait pour nous."


