Ouvrage sur la célèbre maison de production de l'épouvante, "Dans les griffes de la Hammer", se voit réédité et enrichi

Le livre de Nicolas Stanzick est augmenté d’une préface de Jimmy Sangster, scénariste des plus beaux fleurons de la compagnie et d’un beau cahier photos couleur et noir et blanc qui enrichissent un premier tirage aujourd’hui épuisé.

Nicolas Stanzick, critique au Nouvel Obeservateur et à L’Ecran fantastique signe non pas une histoire de la Hammer, mais étudie la réception de ses films en France, de la fin des années cinquante à 1976, date où la maison de production périclita.

Véritable institution outre-Manche, la Hammer réactualisa les grandes figures du cinéma fantastique - Dracula, Frankenstein, la momie, Jekyll/Hyde...- dans les années 60-70, apportant le vedettariat aux acteurs Christopher Lee et Peter Cushing. Elle eût toutefois plus de mal à s’imposer dans une France, à l’époque, frileuse au cinéma fantastique.

L’approche de Nicolas Stanzick à ceci de remarquable, qu’elle s’inscrit dans une perspective sociologique et une étude des mentalités, décryptées par le prisme de l’émergence d’une nouvelle cinéphilie qui participa à la révolution culturelle que devait cristalliser les événements de mai 1968. Rien de calculé dans ce phénomène, mais la condensation à une époque donnée d’un discours subversif, inscrit dans une nouvelle représentation de la violence et du sexe, au cinéma, participative d’un contexte culturel plus général, lisible dans tous les arts.

Nicolas Stanzick rappelle de ce fait l’angle qu’emprunte l’historien et théoricien américain du cinéma fantastique David J. Skal, par sa lecture de sa réception  aux États-Unis, dans son remarquable The Monster Show, malheureusement non traduit en France. Si la démarche peut être comparée, l’histoire est bien différente, car très particulière à la France. Aussi la démonstration de Nicolas Stanzick repose pour beaucoup sur la mise à plat des modes de distribution dans l’hexagone des films de la Hammer et surtout sur l’émergence de la première revue européenne consacrée à son genre de prédilection - l’épouvante -, Midi Minuit Fantastique, dès 1962, et qui perdura jusqu’en 1971.

Pour ce faire Stanzick fait appel à de nombreux interviews des protagonistes qui vécurent et participèrent à une histoire aux résonances bien plus importantes qu’il n’y paraît. Midi Minuit Fantastique (MMF, pour les intimes) détermina en effet la reconnaissance de la Hammer, à travers son premier numéro consacré entièrement au réalisateur Terence Fisher qui installa ce qui allait devenir le style Hammer, la Hammer touch. Jusqu’alors vilipendé par la critique « sérieuse », le vent devait quelque temps plus tard tourner à son avantage, grâce à des textes élogieux, pour aboutir il y a deux ans à une rétrospective complète de son œuvre à la Cinémathèque française, ultime consécration. A travers la réception de la Hammer en France, c’est aussi une critique de la critique cinématographique française qui s’effectue. Non dans un sens négatif, mais analytique.

Bourré d’anecdotes riches et savoureuses, notamment à propos des salles parisiennes spécialisées dans le fantastique qui participent d’une histoire du cinéma bis, c’est ce parcours, sur quelque 400 pages, que retrace Nicolas Stanzick, avec une verve  communicative de sa propre passion.

Dans les griffes de la Hammer
Nicolas Stanzick
Editions Le Bord de l’eau


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