Alain Corneau

Alain Corneau

AFP/Philip Cheung
Le réalisateur français Alain Corneau, qui a notamment signé "Tous les matins du monde", est mort à l'âge de 67 ans

Alain Corneau, dont le premier long métrage date de 1973 (France Société Anonyme) venait de sortir sur les écrans son dernier film Crime d'amour.

Amateur de polars et réalisateur de grands films du genre (Police Python 357, Le Choix des armes avec Montand, Depardieu, Deneuve...), il était considéré comme l'un des derniers maîtres du cinéma français.

 Vidéo


Né le 7 août 1943 à Meung-sur-Loire (Loiret), Alain Corneau s'oriente d'abord vers la musique, restant depuis grand amateur de jazz, ce qui colle à son goût pour le polar, et la musique, en général, figure à part entière dans ses films. Celle de son dernier opus est d'ailleurs écrite par le saxophoniste Pharoah Sanders.

Alain Corneau fait l'école de l'Idhec (aujourd'hui la Fémis), et devient assistant sur L'Aveu de Costa Gavras, avec Yves Montand. Il sort dans les salles son premier long métrage en 1973, France société anonyme, film de politique fiction où un gouvernement futuriste manipule les citoyens pour qu'ils consomment de la drogue.

Mais Alain Corneau rencontre le succès en 1976 avec Police Python 357, où il renoue avec Yves Montand (après sa rencontre sur L'Aveu), dans un polar nerveux. Ils se retrouvent dans La Menace (1977), puis Le Choix des armes (1981), où Montand est rejoint par Gérard Depardieu et Catherine Deneuve.

Il avait tourné en 1979 Série noire avec Patrick Dewaere qui, présenté, à Cannes avait fait polémique. L'histoire d'un représentant de commerce dans une banlieue glauque qui pète les plombs.

Alain Corneau prend ensuite une contre-allée en sortant de la série noire pour explorer la reconstitution historique avec Fort Saganne, où il retrouve Gérard Depardieu et embauche Sophie Marceau, dans une fresque sur la colonisation française en Algérie au XIXe siècle. Il reprend les chemins de l'histoire en 1995 avec Tous les matins du monde, un de ses plus grands succès, avec Jean-Pierre Marielle en Monsieur de Sainte-Colombe, génie de la viole de gambe sous Louis XIV et maître du musicien Marin Marais.

Entre-temps, Corneau est passé par l'Inde et nous a donné Nocturne indien (1989), avec Jean-Hugues Anglade, sur la société établie sur le sous-continent. Il revient au polar avec Le Cousin, où Patrick Timsit et Alain Chabat forment un duo à contre-emploi qui n'a pas rencontré son public. Son Prince du Pacifique, toujours avec Timsit,  est également un bide tant public que critique.

Alain Corneau revient alors à des sujets plus intimistes, en adaptant Stupeur et tremblements d Amélie Nothomb, avec Sylvie Testut, puis Les Mots bleus, toujours avec Testut à laquelle il adjoint Sergi Lopez, d'après l'ouvrage de Dominique Menard, sur l'autisme.

Le cinéaste filme depuis ses derniers films en format numérique, délaissant l'argentique pour, selon lui, les facilités de tournage qu'offre le procédé ainsi que son potentiel artistique. Il rejoint sur ce choix David Lynch qui a fait les mêmes éloges, que l'on peut ne pas partager... C'est avec ce support que Corneau réalise son vieux rêve de "refaire" Le Deuxième souffle d'après le polar de son ami José Giovanni et qu'avait adapté Jean-Pierre Melville, sous le titre éponyme, un des plus grands films policiers français.

Amoureux de la culture et du cinéma asiatique, il donne une couleur à la Wong Kar-Wai à la photo, un parti pris qui ne plaira pas à tout le monde. Mais c'est son casting qui est impressionnant : Daniel Auteuil, Michel Blanc, Monica Bellucci, Jacques Dutronc, Eric Cantona...

Le film se soldera par un échec. Le parti pris esthétique ne semble pas coller à l'univers noir français et la critique comme le public boudera le film. Corneau ne démord pas pour autant du polar et le rapproche du monde de l'entreprise (déjà traité dans Stupeur et tremblements), avec ce qui restera comme son dernier film, Crime d'amour, avec Ludivine Sagnier et Kristin Scott-Thomas.

Réactions politiques
- Nicolas Sarkozy : "Après Bernard Giraudeau en juillet, le cinéma français est à nouveau frappé par une perte cruelle. Avec Alain Corneau disparaît un très grand réalisateur, vaincu lui aussi dans la force de l'âge par la maladie", a indiqué le chef de l'Etat dans un communiqué.

- Frédéric Mitterrand : "Alain Corneau révéla d'abord un talent magistral pour le film noir. (...) Mais au-delà du genre auquel il demeurera fidèle, il fut aussi un cinéaste extraordinairement éclectique. Ainsi, fin musicien, il avait su avec +Tous les matins du monde+, relater de manière très subtile et originale la singularité de la création musicale."

- Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, salue "un immense talent du cinéma français qui nous quitte. Alain Corneau a su inventer un art inspiré, foisonnant, plein de tendresse et d'humour. Son oeuvre est un univers en soi, avec une très grande variété d'atmosphères, de caractères et de situations. Il aura aussi mis en valeur de très grands acteurs français, comme Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Patrick Dewaere. (...) Au nom de Paris et en mon nom personnel, j'assure les proches d'Alain Corneau et en particulier sa compagne Nadine Trintignant, de ma tristesse et de ma solidarité" (communiqué).

- Jean-Marie Cavada, vice-président du Nouveau Centre: "Avec la disparition d'Alain Corneau, c'est un cinéaste-citoyen d'un éclectisme rigoureux qui disparaît". "Cinéaste du Monde (..), il fut aussi un brillant metteur en scène de la musique et un réalisateur délicat dans l'introspection de l'intime". Il "a habillé les plus grands comédiens d'une chair originale, de Simone Signoret à Patrick Dewaere, et posé un regard de citoyen exigent sur notre société" (communiqué).

- Renaud Donnedieu de Vabres, secrétaire national de l'UMP en charge de la Culture: "La mort d'Alain Corneau prive les Français d'un immense artiste dont la sensibilité, l'intelligence et la finesse étaient particulièrement attachantes. Il a donné au cinéma français de grands chefs d'oeuvre, sachant être populaires, et exigeants, en réunissant l'excellence dans des genres très différents. La lumière qui émanait de lui ne s'éteindra pas" (communiqué).

- Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France : "C'est un grand réalisateur, un grand artiste. Un vrai monsieur du cinéma. Il manquera au 7e art. Alain Corneau était également un grand humaniste. Il a pendant toute sa vie milité pour les droits fondamentaux de la personne humaine, notamment à travers les initiatives de collectifs de réalisateurs. Il manquera à la lutte des classes" (communiqué).

Réactions du milieu cinématographique
- Bertrand Tavernier, cinéaste et président de l'Institut Lumière de Lyon a exprimé "sa profonde tristesse" et s'est dit "inconsolable" après l'annonce lundi du décès du réalisateur Alain Corneau , un "ami", un "cinéphile pointu, curieux de tout". "Il était profondément aimé, par ses acteurs, par ses producteurs et je crois par le public. Il nous laisse des films uniques et extrêmement personnels même si sa grande pudeur le conduisait à se cacher souvent derrière le cinéma de genre", a ajouté le réalisateur (communiqué).

- Gérard Depardieu : "C'est quelque chose de personnel, on ne peut pas... De toute façon, c'est toujours très triste la mort d'un artiste. Il y a eu beaucoup de souffrance dans ces dernières semaines. C'est comme pour François Truffaut, qui nous avait dit: +ne viens pas me voir+. Ca ne sert à rien vous savez... Il y a un seuil de dignité. Il faut respecter. Je suis loin de Paris mais je suis au courant."

- Daniel Auteuil : "Je savais qu'il était malade. Pour l'instant, je suis sous le choc. Je ne peux rien vous dire de plus."

- Claude Lelouche : "C'est un homme qui aimait le cinéma, qui l'a servi, un homme de grand talent. C'est quelqu'un qui avait une bonne humeur permanente. Je l'ai croisé quand il était malade, il rayonnait encore d'optimisme. Surtout, c'était un homme gentil, généreux, il ne méprisait jamais le public. Il y a une tradition Corneau, je pense qu'il y a un style Corneau. Il fait partie de ces quelques metteurs en scène qui ont un vrai style, une vraie personnalité, dont on reconnaît l'écriture."

cliquez ici