Affiche de l'exposition Mobi Boom au Musée des Arts décoratifs.
Derrière chacune de ces créations, il y a un éditeur et un diffuseur, des professionnels mis en avant à travers 150 pièces exposées au musée des Arts décoratifs, jusqu'au 2 janvier 2011.
Cette rétrospective sur le mobilier contemporain typiquement français durant les Trentes Glorieuses, va du rationalisme des années 1950 à l'utopie des années 1960.
L'essor de la natalité, dans les années 1950, va de pair avec un habitat plus étroit. Le rangement, principale priorité à l'époque, s'incorpore au décor. Les tables de repas sont escamotables et les bibliothèques ou les bahuts enferment télévision, radio et tourne-disque, délimitant le coin détente des séjours où s'invitent également la table basse et le canapé-lit.
Les fabricants ont su innover tout en préservant le sens de l'esthétique. Oscar ou Minvielle sont les précurseurs de ce mobilier de série, modulable, multifonction, à monter soi-même, qui séduit une clientèle jeune.
Les nouveautés passent autant par les formes que par les matériaux. Dérivés du bois, structures tubulaires en métal chromé ou laqué, skaï, rotin, Formica, plastique, verre et mousses caractérisent la production du mobilier des Trente Glorieuses.
Mais contrairement aux pays du Nord, où les partenariats entre créateurs et éditeurs sont durables, les collaborations en France se diversifient. L'exposition présente des pièces de Jean-René Caillette, Joseph-André Motte ou Pierre Guariche dont les créations sont éditées par Steiner. Connu pour ses sièges en contreplaqué moulé, Guariche travaille aussi pour d'autres éditeurs, comme Airborne ou Minvielle.
Le public appréciera de voir ou revoir la mythique chaise-longue Djinn (1964-1965) d'Olivier Mourgue, choisie par Kubrick pour son film "
Autre exemple de collaboration, l'entreprise Roset avec Michel Ducaroy, en 1954, pour parvenir plus tard aux formes sensuelles du Togo (1973), de l’Adria (1969) ou du Kali, des assises qui s'adaptent à mode de vie plus décontracté, en pleine mutation. La publicité d’alors dit que les modèles "sont dessinés pour durer plus que la mode". Pari tenu : indémodable, le Togo est toujours édité.
Parallèlement à l'avènement d'un type de mobilier qui "casse les codes", comme le rappelle la commissaire de l'exposition, Dominique Forest, les luminaires deviennent plus techniques et articulés. Ils participent à la nouvelle tonalité des intérieurs grâce à des maisons d'éditions comme Pierre Disderot ou Luminalite. L'exposition présente des créations signées Jacques Biny, Alain Richard, Michel Mortier, Serge Mouille ou encore Pierre Guariche.
La fusion entre création et fabrication s’avère toutefois difficile. "L’industrie était à droite, quand la création était à gauche", témoigne Roger Le Bihan, un marchand parisien du faubourg Saint-Antoine, cité dans le catalogue de l’exposition.
Le design se démocratise grâce aux distributeurs
La révolution du mobilier passe aussi par la création de nouveaux circuits de distribution qui peaufinent la présentation de leurs vitrines pour susciter surprise et intérêt. La galerie Steph Simon, avec des modèles exclusifs signés Jean Prouvé ou Charlotte Perriand et des luminaires de Serge Mouille, est emblématique du développement du commerce du meuble d'avant-garde, Rive Gauche à Paris.
D'autres magasins s'en inspirent, comme Meubles et Fonction (aujourd’hui MFI) où l'on déniche de nouveaux talents, français et internationaux. L'enseigne est fondée en 1959 par Pierre Perrigault qui lancera notamment Pierre Paulin, en 1960, au Salon du Meuble. Salons, concours et revues d'ameublement stimulent en effet l'engouement du public pour ce mobilier aux formes nouvelles obtenues grâce aux procédés technologiques.
"La technique doit être au cœur du sujet ", assure M. Perrigault, défenseur du "meuble essentiel" qui se définit comme un "promoteur à travers la culture et non pas le business".
D'autres enseignes à l’origine de la démocratisation du design sont présentes dans l'exposition, dont Prisunic avec ses meubles et accessoires pour la maison vendus sur catalogues dans les années 1970. A la façon d’Ikéa, Prisunic fait appel à de jeunes talents qui adoptent les coloris de la culture pop et des matériaux innovants comme le plastique. Le lit double de Marc Held, très populaire, est resté un classique qui séduit toujours les collectionneurs. Les vitrines de Roche Bobois ou de Mobilier International sont également à l'honneur à travers une sélection de leurs meubles et d’interviews filmées.
L'exposition débute avec des meubles de Marcel Gascoin et René Gabriel conçus pour le Havre d’Auguste Perret. Après-guerre, le rationalisme est de rigueur, le rangement une préoccupation. La problématique du gain de place faisait déjà avant-guerre l'objet d'une réflexion menée par Charlotte Perriand. A découvrir, sa sa cuisine-bar, réalisée en 1952 pour l’Unité d’habitation de Marseille, qui témoigne de l'incroyable modernité dont faisait preuve à l'époque la créatrice.
Saluons les vertus pédagogiques de Mobi Boom qui nous rappelle qu'entre 1945 et 1975, la France était bel et bien à l'avant-garde du design. On l'avait quelque peu oublié...
>> Mobi Boom, diaporama
Mobi Boom,
l'explosion du design en France 1945-1975
du 23 septembre au 2 janvier 2011
Les Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli
75001 Paris
>> A lire :
"Pierre Perrigault, l'architecte du mobilier 1950-2000
Rigueur et passion", par Diane Saunier.


