Claude Monet, Le Palais Contarini, 1908 (c) Nahmad Collection, Suisse

Claude Monet, Le Palais Contarini, 1908 (c) Nahmad Collection, Suisse

Voir toutes les photos

L'exposition Monet, qui s'est terminée lundi soir au Grand Palais, a accueilli un total de 913.064 visiteurs

Il s'agit de la plus forte fréquentation pour une exposition en France depuis l'exposition Toutankhamon, qui avait enregistré 1,2 million de visiteurs au Petit Palais en 1967.

La rétrospective Monet s'est terminée par un marathon de quatre jours et trois nuits d'ouverture non-stop, qui a encore attiré une foule nombreuse.

 Vidéo


Avec 913.064 visiteurs, l'exposition Monet fait mieux que l'exposition Picasso et les maîtres, qui avait attiré 783.000 visiteurs il y a deux ans, mais avait duré douze jours de moins.

C'est du jamais vu depuis l'exposition Toutankhamon, qui avait accueilli 1,2 million de visiteurs en 1967. Mais celle-ci avait duré six mois et demi, contre quatre pour l'expo Monet.

"Ce sera un record absolu pour une exposition de quatre mois" en France, avait prévu la Réunion des musées nationaux (RMN), co-organisatrice avec le musée d'Orsay de cette manifestation qui a démarré le 22 septembre. L'exposition a attiré 7400 visiteurs par jour en moyenne, avec des pics proches de 9000.


Cela faisait trente ans que Paris n'avait pas consacré une rétrospective à Claude Monet. Le peintre impressionniste déplace les foules dans le monde entier. La précédente grande exposition Monet en 1980 au Grand Palais avait accueilli 504.000 visiteurs.

Succès pour le marathon final
Le public s'est pressé au Grand Palais ce week-end, où l'exposition était ouverte jour et nuit.

Les visiteurs ont fait jusqu'à 5h de queue dimanche après-midi pour pouvoir voir les toiles du grand maître de l'impressionnisme, avant la clôture de l'exposition lundi soir.

La fréquentation, de 7.748 personnes dans la nuit de vendredi à samedi, a été de 9.189 personnes dans la journée de samedi et de 8.795 personnes dans la  nuit de samedi à dimanche, soit à peine quelques centaines de visiteurs de moins la nuit que le jour.

Même au milieu de la nuit, les visiteurs sans billet ont dû attendre trois heures pour pouvoir accéder à l'exposition. Les visiteurs équipés de "coupe-file" comme la carte "Sésame" qui permet théoriquement d'éviter l'attente devaient faire la queue près d'une  heure.

Grande rétrospective Monet au Grand Palais
On pourrait penser qu'on a déjà tout vu de Claude Monet, qui a donné son nom à l'impressionnisme.

Mais cela faisait trente ans que Paris ne lui avait pas consacré de grande exposition, et celle du Grand Palais s'éclaire des dernières recherches effectuées sur le peintre prolifique.

La rétrospective du Grand Palais met par exemple l’accent sur des aspects méconnus de son œuvre, la nature morte et la figure. Elle montre la genèse des « séries » qu'il peindra à la fin de sa vie: assez tôt, Monet a répété les mêmes paysages sous des lumières différentes.

 

Claude Monet, Glaçons sur la Seine à Bougival, 1867-68, Musée du Louvre (c) service presse Rmn / Hervé LewandowskiA l’étranger, Claude Monet (1840-1926) est considéré comme « un dieu vivant », selon Guy Cogeval, le commissaire général de l’exposition, par ailleurs directeur du musée d’Orsay. Celui-ci a cru constater en France « une certaine désaffection » pour le peintre dont le tableau Impression, soleil levant a donné son nom à l’impressionnisme.

« Dès mon arrivée à la tête du musée d’Orsay début 2008, j’ai eu la volonté politique de faire une grande exposition sur Monet », dit-il.

C’est chose faite, avec cette rétrospective en 180 tableaux d’un artiste qui en a peint quelque 2000. L’absence d’Impression soleil levant est « largement compensée par des prêts extraordinaires de l’étranger », explique Guy Cogeval. Les œuvres viennent d’Australie, du Japon, des Etats-Unis, de Russie, et aussi de collectionneurs particuliers. Le Musée d’Orsay à Paris en a prêté une cinquantaine. « C’est un rassemblement colossal », se réjouit le commissaire général.

L’exposition s’ouvre sur des paysages peints à Fontainebleau et au bord de la mer, en Normandie, autour de 1865. Monet a 25 ans et, déjà, il capte la lumière comme personne. La touche impressionniste commence à s’affirmer.

Dans les années 1870, Monet peint, à Paris et dans ses alentours, des paysages urbains et des paysages champêtres. Gares et chemins de fer l’inspirent : il représente la gare Saint-Lazare dans des volutes de fumées roses. L’idée de série est en germe : Monet représente Le pont du chemin de fer à Argenteuil à l’ombre et au soleil, le Bassin d’Argenteuil apparaît éclatant de bleu et de rouge, ou dans des lumières plus douces. Les répétitions vont se faire de plus en plus constantes.

Claude Monet, Les Nymphéas, 1904 (c) Musée des Beaux-Arts André Malraux, Le HavreEn 1878, Monet s’installe au bord de la Seine à Vétheuil, dans le Véxin. Il abandonne les paysages urbains pour représenter la campagne. L’hiver 1879-1880 est particulièrement rude. La Seine gèle et la débâcle brutale offre au peintre un sujet en or qu’il décline en quinze tableaux. L’idée de série s’affirme un peu plus. Dans des décors dépouillés, il illumine la glace de lumière rose.

Dans les années 1880, Monet voyage en France, à la recherche de nouveaux paysages. Il se rend au bord de la Méditerranée, où il peint la mer et les jardins. Les couleurs se font violentes, voire électriques. « C’est si beau ici, si clair, si lumineux ! On nage dans de l’air bleu, c’est effrayant », écrit-il d’Antibes.

A Belle-Ile, il sélectionne six sites dont il tire 38 tableaux. Dans la Creuse, il dramatise le contraste entre la roche et l’eau, qu’il saisit, encore, aux différentes saisons.

1890, la décennie des séries

Les séries deviennent systématiques dans les années 1890. Il peint des meules à Giverny, sous toutes les lumières, l’hiver et l’été : il veut rendre l’ »effet » des saisons et des éléments à tout instant. Sur les « peupliers », il saisit « l’effet du vent », « l’effet du crépuscule », « l’effet du matin ».

A Giverny, Monet a trouvé son point d’ancrage. Il y entreprend la série des nymphéas, qui l’occupera jusqu’à la fin de sa vie. Le peintre « fabrique son motif » dans son jardin, en faisant creuser un bassin. Il s’agit « presque de land art », selon Sylvie Patry, une des commissaires de l’exposition. « Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession », écrira Monet lui-même en 1908.

Si Monet s’est fixé à Giverny, il continue à voyager, revenant sur de nombreux sites qu’il a peints quinze, vingt ou trente ans plus tôt. On peut ainsi comparer un vieux paysage de Varangeville ou de Vétheuil à de nouvelles versions. On voit ainsi comment sa technique a évolué. Le peintre s’attache désormais plus aux « effets », un terme qui revient tout le temps dans ses titres et dans sa correspondance. La touche est plus allusives, les contours plus flous.

Venise, contrairement à la Seine et à la Normandie, c’est complètement nouveau pour lui. En 1908, il a 68 ans : il y peint des vues sublimes des palais, baignés d'une lumière transparente.

Monet peintre de figures et de natures mortes

Claude Monet, Fragment du Déjeuner sur l'herbe, 1865, Musée d'Orsay, Paris (c) Service presse RMN / DRMonet n’est pas qu’un peintre de paysage, veut montrer l’exposition du Grand Palais. Et, dans sa peinture, les figures ne sont pas toujours de petits éléments perdus dans le paysage. L’exposition présente un ensemble exceptionnel de ces figures, peintes dans les années 1860. Au centre de cette section, un ambitieux Déjeuner sur l’herbe de 6 m, entrepris en 1865, qu’il veut présenter au Salon. Il ne l’a jamais achevé mais en a sauvé deux fragments quand il a retrouvé la toile en 1884. On peut voir aussi au Grand Palais l’esquisse qu’il en avait faite et qui est conservée au musée Pouchkine.

Au Salon de 1966, il présente finalement une étonnante Camille encostumée, simple « figure de Parisienne », selon ses propres mots. Les figures interviennent aussi dans des compositions plus intimistes, en intérieur.

Outre les natures mortes de ses scènes de déjeuner, Monet a peint des bouquets de chrysanthèmes. L’un d’entre eux est un « hymne à la couleur rouge », selon Sylvie Patin, une des commissaires de l’exposition. Pour elle, en ce qui concerne les fleurs, Monet effectue un « va-et-vient permanent entre l’intérieur et l’extérieur ». En Hollande, en 1886, il est fasciné par les champs de tulipes. A Giverny, ce seront les fleurs de l’extérieur qui prendront le pas sur les bouquets d’intérieur et Monet abandonnera la nature morte.


On ne se lasse pas de Monet et le public non plus. Le succès de l’exposition ne devrait pas être une surprise et les organisateurs attendent au moins 700.000 visiteurs. Avant même l’ouverture de l’exposition, plus de 80.000 billets ont été pré-vendus par le site internet, ouvert depuis avril, a indiqué la Réunion des musées nationaux.

Quelques images de l'exposition, dans notre diaporama

Monet, 1840-1926, Galeries nationales du Grand Palais, Champs-Elysées, entrée square Jean Perrin, 75008 Paris
Tous les jours 10h-22h, le mardi jusqu’à 14h, le jeudi jusqu’à 20h. Pendant les vacances scolaires, tous les jours 9h-23h, fermeture à 18h le 24 et le 31 décembre, fermé le 25 décembre
Tarifs : 12€ / 8€, gratuit pour les bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse
Jusqu'au 24 janvier
Renseignements au 01-44-13-17-17 (serveur vocal)

Ouverture exceptionnelle jour et nuit pendant 4 jours: pour satisfaire la demande de visiteurs qui n'ont pas pu obtenir des billets, la Réunion des musées nationaux a décidé d'ouvrir l'exposition sans interruption du vendredi 21 janvier 9h au lundi 24 janvier 21h, avec réservation possible dès le 22 novembre. Il n'était plus possible de réserver depuis le 9 novembre.

Le site de l’exposition

cliquez ici