© Andrea Star Reese. 2008 Urban Cave #15. New York. Lecture sur rails. Chuck, de son nom de rue, vit non loin d'ici

© Andrea Star Reese. 2008 Urban Cave #15. New York. Lecture sur rails. Chuck, de son nom de rue, vit non loin d'ici

dans un abri sous le tunnel ferroviaire d¿Amtrak. Selon ses souvenirs, il vit dans ce tunnel depuis plus de 9 ans.
Le festival international du photojournalisme se tient à Perpignan jusqu'au 12 septembre

Plus que jamais, Visa pour l'image veut défendre le travail des journalistes photographes et, alors qu'on est inondé d'images, continuer à les analyser, les hiérarchiser.

Visa propose 27 expositions gratuites, des soirées de projections et une table ronde réunissant photographes, responsables éditoriaux et commerciaux, chercheurs, universitaires.

 

Perpignan se veut la meilleure vitrine du photojournalisme, à l'heure où la presse a perdu son rôle prépondérant dans la diffusion des images des journalistes photographes. Outre les pouvoirs publics, un autre acteur embauche aujourd'hui des photojournalistes: les grandes ONG. "Nous faisons aujourd'hui ce que nous refusions de faire il y a 15 ans", a confié à l'AFP un photojournaliste britannique qui ne souhaite pas être cité pour ne pas froisser ses nouveaux employeurs.

© Tanguy Loyzance. Tchad #22. Combats dans le centre-ville. Août 1980, N’Djamena. Le directeur de Visa pour l'image, Jean-François Leroy, entend profiter de la 22e édition du festival pour lancer le débat sur l'excès de retouche des photos qui entraîne "une réalité travestie, transformée, arrangée pour satisfaire on ne sait quel esthétisme". "Certains photographes ne se rendent pas compte qu'ils se tirent une balle dans le pied quand leurs photos sont plus éclatantes que la page de publicité qui côtoie leurs images", déplore-t-il.

Cela ne veut pas dire qu'aucune photo, à Perpignan, n'est retouchée. Mais les travaux de certains photographes ont été écartés.

Parmi les nouveautés cette année, Visa propose Transmission pour l'image, "un lieu d'échanges, de rencontres, mais surtout de passage de témoins". De jeunes journalistes pourront venir échanger et apprendre pendant trois jours avec sept photojournalistes et picture editor confirmés, qui pourront eux-mêmes faire intervenir d’autres invités. Le photojournalisme est aussi "un savoir-faire" et "il est grand temps de faire connaître ce savoir-faire et les valeurs communes qu'il véhicule", selon Jean-François Leroy.

© Cédric Gerbehaye / Agence VU pour Geo France.  Fleuve Congo #60. République démocratique du Congo, décembre 2009. Baptême par immersion le jour de Noël dans le fleuve Congo à Lisala, province de l’Équateur.Visa propose 27 expositions, des soirées de projections et une table ronde. "Les échanges s'organiseront autour de photographies 'qui posent problème'", a souligné Jean Lelièvre, organisateur des débats.

Les expositions sont ouvertes gratuitement jusqu'au 12 septembre de 10h à 20h:

Parmi les expositions phares, celle de William Albert Allard (National Geographic), pionnier de la couleur, qui présentera une sélection de ses cinquante années de reportages. Grégoire Korganow a découvert le SMUR 95 (SAMU) en étant victime d'un accident de moto. Il y a consacré ensuite plusieurs journées de reportage.

La religion et la spiritualité sont particulièrement présentes, avec une rétrospective de Kazuoyoshi Nomachi (Studio Equis). Le photographe japonais met depuis toujours le pèlerinage religieux au cœur de son travail. Il a voyagé en Afrique et en Asie, et a pu, en 1994, couvrir le hajj de La Mecque après s’être converti à l’Islam. Visa propose aussi le travail de Gali Tibbon sur la Jérusalem chrétienne, celui de Munem Wasif (Agence Vu) sur la perception que les musulmans ont d’eux-mêmes et de leur religion au Bangladesh (Nous avons foi en Dieu), et le travail de Daniel et Olivier Föllmi sur les Sagesses de l’humanité.

© Stephen Dupont / Contact Press Images. Afghanistan 2008 #49. Des gardes de l'Alliance du Nord ramènent des prisonniers talibans à leurs cellules après une journée de travail aux champs. Des enfants du village les suivent en jouant. Yangi Qala, Afghanistan, novembre 2008.Les travaux de deux photographes de l'Agence-France Presse sont à  l'honneur, ceux d'Olivier Laban-Mattéi sur les hommes et femmes luttant pour leur survie dans des pays sinistrés par des guerres, des dictatures ou des catastrophes naturelles et une sélection d'images de Roberto Schmidt.

Stéphanie Sinclair montre, quant à elle, un travail de longue haleine sur la polygamie aux Etats Unis, en particulier dans une secte mormone. Entre autres expositions, on peut voir aussi les reportages de Walter Astrada (Getty Images pour Alexia Foundation) sur les Violence à l’encontre des femmes en Inde, de Stephen Dupont (Contact Press Images) sur la société afghane, de Cédric Gerbehaye (Agence VU pour Géo France) sur le fleuve Congo, deuxième fleuve du monde après l’Amazone, de Guillaume Herbaut (Institute) sur le pillage du site de Tchernobyl, d’Andrea Star Reese sur des hommes et des femmes qui vivent dans des campements de fortune à New York (The Urban Cave).

Comme tous les ans, le festival décernera des prix, dont les Visa d'or news, magazine et presse quotidienne.

La 21e édition de Visa pour l'image en 2008 avait totalisé 190.000 entrées et accueilli près de 3000 professionnels à Perpignan.

Informations sur le site de Visa pour l'image

 Les ONG font travailler les photojournalistes

De plus en plus de photojournalistes se retrouvent contraints aujourd'hui par la crise de la presse de s'en remettre à des organisations humanitaires comme Médecins sans frontières pour co-financer leur travail ou leur assurer un complément de revenus.

Les ONG (organisations non-gouvernementales) y trouvent leur compte: en échange d'un soutien logistique (allant du transport jusqu'à destination à la mise à disposition d'un chauffeur sur place en passant par l'hébergement), elles peuvent utiliser des photos pour leur communication.

"Heureusement qu'il y a les ONG, des prix, des aides à la création", dit Jean-François Leroy. "Lorsque j'ai commencé dans ce métier, il y avait des photographes qui travaillaient pour des journaux et puis, de temps en temps, ils donnaient une photo à MSF, à Care, à la Croix-Rouge. Aujourd'hui, ce sont les ONG qui
prescrivent l'envoi", constate-t-il. Les photographes vendent de moins en moins leurs sujets à une presse en crise et les agences photo, qui pourraient leur passer des commandes, continuent
à fermer, explique-t-il.

Alors "il faut trouver des alternatives, et l'une d'elles, ce sont les ONG qui peuvent financer une partie d'un projet pour permettre de réaliser un vrai travail de fond sans tomber dans la caricature", estime Miquel Dewever-Plana.

même si cela est moins courant, ils honorent aussi des commandes spécifiques des ONG. "On sent qu'ils sont aux abois", confirme Christine Dufour, responsable de la photothèque de MSF. Elle reçoit "beaucoup de candidatures" de photographes. "Ils acceptent de partir pour nous juste pour bénéficier de notre aide logistique", dit-elle. "Au retour, on sélectionne des photos qui seront
utilisées en interne, sur des documents pour nos donateurs ou sur notre site web".

MSF, comme d'autres ONG, a "besoin d'images de qualité pour alerter sur les problèmes du monde et dénoncer les situations", explique Bruno de Cock, responsable photo à MSF International. Pas question pour autant
de reprendre un rôle délaissé par les médias, ajoute-t-il. De fait, Guillaume Herbaut, qui expose à Perpignan  son travail réalisé sur
la zone interdite autour de Tchernobyl, met en garde contre le risque de "perte d'indépendance" qu'il y a à travailler avec une ONG. Même s'il est "de plus en plus dur de financer des reportages".

 

Olivier Föllmi, qui expose à Visa  "Sagesses de l'humanité", un travail long de sept années, préfère lui "guider les ONG vers de jeunes photographes pour leur offrir une porte d'entrée dans le métier".


Le festival soutient Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier

Visa pour l 'image, s'est ouvert samedi en marquant le huitième mois de détention pour Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, les deux journalistes français enlevés en Afghanistan en décembre et retenus depuis en otages. Lors de l'inauguration, Jean-François Leroy a invité les festivaliers à signer la pétition du comité de soutien aux journalistes de France 3 et à arborer le bracelet de
couleur bleu offert en échange. Romain Tauber, photographe de 23 ans membre du comité de soutien, est venu à Perpignan pour photographier les marques de soutien apportées aux journalistes français et leurs accompagnateurs.

Frédéric Mitterrand face aux syndicats

Le ministre de la Culture et de la Communication a essuyé lundi les critiques des syndicats de journalistes alors qu'il venait exprimer son soutien au festival.

Frédéric Mitterrand a annulé une réunion de travail prévue avec huit organisations syndicales et sociétés de droits d'auteurs, dénonce le SNJ-CGT, et l'a remplacée par une table ronde, mercredi, à laquelle n'ont pas été invités des organismes professionnels incontournables comme l'Association nationale des journalistes reporters photographes.

"Nos organisations et sociétés ont été sollicitées pour apporter une contribution au rapport Bertin-Balluteau; aujourd'hui, elles sont exclues de la table ronde", regrette le communiqué commun de l'intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT, SJ-CFTC, SGJ-FO, SNJ-FO), la Société civile d'auteurs multimédias (SCAM) et la Société des auteurs des arts visuels et de l'image fixe (SAIF).

Le rapport Bertin-Balluteau est un état des lieux économique et social du photojournalisme qui met en avant la précarité grandissante dans la profession et les difficultés des agences de presse photographiques. Le rapport, présenté lundi à Perpignan par le ministre, est assorti de 15 propositions pour faire face à la crise. Il préconise "une politique régulière de commandes publiques" passées aux grands reporters, une aide à l'acquisition de matériel pour les photographes indépendants et la création d'un observatoire du photojournalisme. M. Mitterrand s'est engagé à "penser les nouveaux modèles économiques et sociaux d'une presse plus diverse, plus riche, mieux diffusée".

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