Harry Callahan, Chicago, 1960 © The Estate of Harry Callahan, Courtesy Pace/MacGill Gallery, New York
Arrivé à la photographie un petit peu par hasard, cet Américain s'est consacré inlassablement à trois sujets, parfois mêlés: la ville, la campagne et sa femme, Eleanor.
Résultat, un travail en même temps poétique et d'une grande rigueur. Harry Callahan (1912-1999) joue avec le graphisme, l'ombre et la lumière, le contraste, sans jamais nous ennuyer.
Harry Callahan, né en 1912 à Detroit, est comptable chez Chrysler quand, à 26 ans, il achète son premier appareil photo. C'est une caméra qu'il voulait mais il acquiert un Rolleicord 120, faute de moyens. Il démarre en autodidacte, tout en fréquentant le photoclub de Detroit.
A contrecourant de la photo engagée qui se développe à la fin des années 1930, il pratique la photographie comme un moyen d'apprendre à se connaître lui-même. "La photographie est une aventure, tout comme la vie est une aventure. Si on veut s'exprimer photographiquement, on doit absolument comprendre sa propre relation à la vie", dira-t-il. Harry Callahan ne veut pas raconter une histoire, il veut juste "être au bon endroit au bon moment en fonction de (son) humeur".
Il s'intéresse aux sujets qui lui sont proches, essentiellement les gens dans la rue, la nature (des paysages ou des éléments de nature en gros plan), et sa femme. Il crée des variations autour de ces thèmes: "J'avais envie de revenir sans cesse aux mêmes idées, sachant qu'elles seraient différentes tout en étant les mêmes."
Dans les rues des villes, Chicago, Detroit, Harry Callahan fixe les visages des passants. Ces photos sont prises à la volée, à un mètre. Le contact ne l'intéresse pas, il veut des personnages "perdus dans leurs pensées" (lost in thoughts). "J'évite les gens. Je photographie à la sauvette", en mettant au point sur un mètre et en déclenchant sans que le sujet s'en aperçoive, explique-t-il.
Il joue avec l'ombre et la lumière, celle-ci illuminant des personnage dans un environnement urbain sombre. Dans un interstice de lumière entre deux hauts bâtiments de Chicago, on aperçoit à peine une figure minuscule. Lors d'un long séjour en France, Callahan s'amuse avec l'ombre des feuillage derrière laquelle on devine des façades vivement illuminés. Sur la lumière se détachent de drôles de silhouettes en ombre chinoise.
Callahan utilise le graphisme des lignes sur le bitume, des rails de tram ou des fenêtre des maisons de Chicago. Avec des éléments de la nature, il crée des images quasi abstraites, présentant souvent un contraste absolu. Des "tentacules" de lierre sur du verre deviennent des pattes de mouche noires sur une page blanche. Des herbes éclairées se détachent, blanches sur un fond sombre. Il se dégage de ces images, pourtant très formelles, une grande poésie.
Enfin, il a inlassablement fait poser sa femme Eleanor. "Je ne suis absolument pas un modèle", a-t-elle raconté. C'est une beauté généreuse très simple et naturelle qui apparaît sous le regard plein de respect du photographe. Dans l'eau les yeux fermés, avec sa fille dans la rue, nue sur un lit ou tout au fond d'un couloir. Parfois, Callahan joue des superpositions, faisant apparaître Eleanor nue sur un fond de paysage ou dans un oeuf.
Harry Callahan pense n'avoir rien à dire à des élèves. Je peux seulement montrer mes images, dit-il. Il va quand même enseigner la photo pendant trente ans à l'Institute of Design de Chicago, puis à la Rhode Island School of Design de Providence.
A partir de 1977, il travaille uniquement en couleur. C'est à son travail en noir et blanc qu'est consacrée l'exposition: elle rassemble une centaine de tirages d'époque, que le photographe réalisait lui-même. L'occasion de découvrir tous les aspects du travail d'un amateur éclairé devenu un grand nom de la photographie américaine.
Harry Callahan, Variations, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris, 01-56-80-27-00
Tous les jours sauf lundi et jours fériés, 13h-18h30. Samedi 11h-18h45, mercredi jusqu'à 18h30
Tarifs: 6€ / 3€, gratuit le mercredi de 18h30 à 20h30
Du 7 septembre au 19 décembre
Cette exposition est organisée dans le cadre du Mois de la photo
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