Soulages en noir et en lumière au Centre Pompidou - art contemporain

art contemporain

24/10/2009 | 00:11 par Valérie ODDOS

Soulages en noir et en lumière au Centre Pompidou

- Pierre Soulages, Peinture 222 x 314, 24 février 2008, Dyptique, Acrylique/toile, Collection particulière - Archives Pierre Soulages, Paris (photo Georges Poncet) (c) Adagp, Paris 2009 -

Pierre Soulages, Peinture 222 x 314, 24 février 2008, Dyptique, Acrylique/toile, Collection particulière

© Archives Pierre Soulages, Paris (photo Georges Poncet) (c) Adagp, Paris 2009

Le Centre Pompidou présente une rétrospective de l'oeuvre de Pierre Soulages (jusqu'au 8 mars)

Une rétrospective, car elle déroule toute son oeuvre, des oeuvres sur papier des années 1940 aux grandes peintures noires les plus récentes.

Mais elle est plus particulièrement axée sur les trente dernières années et l'"ultranoir", notion qu'il a développée à partir de 1979, en ne peignant que des toiles complètement noires.

Pierre Soulages, 90 ans en décembre prochain, est un grand bonhomme dont se dégage une grande force. Il n'a pas choisi les oeuvres exposées mais il a participé à l'accrochage, même s'il aurait préféré un parcours à l'envers, partant de ses dernières oeuvres.

Pierre Soulages, Brou de noix, 65 x 50 cm, 1948, Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne - diffusion RMN (c) Adagp, Paris 2009L'exposition débute donc avec des oeuvres sur papier, des brous de noix, encres et gouaches, en marron et blanc ou noir et blanc, datant des années 1940. De la même époque, les goudrons sur verre, réalisés avec des verres cassés, témoignent déjà de son souci de la lumière.

"Ce qui importe au premier chef, c'est la réalité de la toile peinte: la couleur, la forme, la matière, d'où naissent la lumière et l'espace, et le rêve qu'elle porte", disait Soulages en 1970. C'est pourquoi il ne donne pas de titre à une oeuvre. Seulement la date de sa création et ses dimensions.

Dans les années qui suivent, Soulages utilise la couleur. Il peint des formes noires sur des fonds colorés, l'ensemble étant parfois ponctué de petites surfaces blanches qui semblent éclairer puissamment l'ensemble depuis l'arrière de la toile, faisant l'effet d'un vitrail.

Pierre Soulages, Peinture 146 x 114 cm, 1950, Huile sur toile, Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Diffusion RMN (c) Adagp Paris 2009Dans les années 1960-70, l'artiste explore toujours la peinture en noir sur blanc, peignant des formes, jambages, boucles graphiques, noires sur des fonds blancs. Il a toujours été intéressé par le noir. Enfant, déjà, il aimait tremper son pinceau dans la peinture noire, raconte-t-il lors de l'inauguration de la rétrospective. Un jour, alors qu'il peignait en noir, on lui demande ce qu'il peint, il répond: la neige. Il remarque que, il y a 340 siècles, on peignait en noir bien que ce soit dans l'obscurité des cavernes.

"Le noir est une couleur puissante", remarque Soulages. Peint sur des couleurs, il les rend plus claires. Peint sur du blanc, il l'éclaire encore.

L'année 1979 marque une césure dans l'oeuvre de Soulages. Un jour où il peinait sur une toile, complètement recouverte de noir, il s'est aperçu que ce n'était "plus le noir qui faisait vivre la toile mais le reflet de la lumière sur les surfaces noires". A partir de là, il couvre entièrement ses toiles de noir. Mais ce qui est important, ce n'est pas le noir, c'est la lumière. "Le noir n'est là que pour refléter la lumière", explique-t-il. De là la notion d'"outrenoir", littéralement au-delà du noir.

Pierre Soulages, Peinture 324 x 362 cm, 1985, Polyptyque C (4 éléments de 81 x 362 cm, superposés) Huile sur toile, Collection Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Diffusion RMN (c) Adagp, Paris 2009Pierre Soulages peint des surfaces lisses, brillantes ou striées comme un champ de sillons, entamées par des traces nombreuses ou uniques. Ces différentes surfaces réfléchissent plus ou moins la lumière. Elles réfléchissent non seulement "la" lumière mais "toute" lumière, explique Soulages. Il reprend à son compte l'expression utilisée par Pierre Encrevé, spécialiste de son oeuvre: sa peinture n'est pas monochrome mais "monopigmentaire à polyvalence chromatique". Il raconte qu'il a chez lui, au bord de la mer à Sète, une de ses toiles qui "prend toutes les couleurs": par temps de mistral, elle a des reflets bleus, par temps d'orage, des reflets verts.

Pierre Soulages au Centre Pompidou, qui organise une rétrospective de son oeuvre (13 octobre 2009)  (c) AFP / Fred Dufour C'est à cette exploration, sur la toile, des effets du noir qu'est consacrée la plus grande partie de l'exposition. Ses peintures sont d'abord réalisées à l'huile mélangée de résines, puis à la pâte acrylique, qui permet des épaisseurs plus importantes et des effets de matière plus marqués.

Dans la peinture byzantine, l'espace est dans le plan, dans la peinture qui développe l'illusion de la profondeur et la perspective, l'espace est derrière le tableau. Soulages estime que dans sa peinture, "l'espace est devant, vous êtes dans l'espace devant la peinture". Il s'est toujours beaucoup soucié du rapport avec le "regardeur". "La réalité d'une oeuvre, c'est le triple rapport qui s'établit entre la chose qu'elle est, le peintre qui l'a produite et celui qui la regarde", a-t-il dit. Et celui qui la regarde la voit différemment selon l'endroit où il se place et comment la lumière se réfléchit.

C'est une des raisons pour lesquelles, souvent, il suspend ses oeuvres plutôt que de les accrocher au mur, pour que le "regardeur" puisse circuler librement autour, et aussi pour qu'il n'y ait pas de sens préétabli entre les oeuvres. C'est le cas de la plupart des grands polyptiques exposés dans la dernière salle de l'exposition. Des oeuvres qui permettent à Soulages d'user à l'infini des effets de lumière.

Pierre Soulages peint toujours. Quand on l'interroge sur son âge, il sourit et dit qu'il a des projets. Il ne veut pas en parler, car il ne fait pas toujours ce qu'il a prévu. "Je pense toujours à ce que je vais faire demain. L'horreur, pour moi, c'est la retraite."

Soulages, Centre Pompidou, Paris 4e, 01-44-78-12-33
Tous les jours sauf le mardi, 11h-21h
Tarifs: 12€ / 9€
Jusqu'au 8 mars 2010

Voir aussi:
>> Vidéo CultureBox: rétrospective Pierre Soulages au Centre Pompidou
>> L'exposition sur le site du Centre Pompidou

 
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