Max Ernst en Touraine - Surréalisme

Surréalisme

26/11/2009 | 11:54 par Jacky BORNET

Max Ernst en Touraine

- Ernst. Le Jardin de la France  - (C) Photo CNAC/MNAM, Dist. RMN - © Jean-Claude Planchet. © Adagp, Paris, 2009. -

Ernst. Le Jardin de la France

© (C) Photo CNAC/MNAM, Dist. RMN - © Jean-Claude Planchet. © Adagp, Paris, 2009.

Une magnifique exposition au Musée des Beaux-arts de Tours évoque la présence de Max Ernst dans "Le Jardin de la France"

Peintre, graveur, et sculpteur majeur du surréalisme,  Max Ernst n’a que peu bénéficié de la reconnaissance lors de l'âge d'or du mouvement des années 30. D'abord basé à Paris, puis New York, l'artiste se fixe à Huismes, près de Tours, en 1955, où il va s'attacher à exécuter une Œuvre foisonnante.

  

Prévue jusqu'au 18 janvier 2010, c'est la première fois qu'une rétrospective est entièrement consacrée à ce pan tardif de la création de l'artiste.

Grâce à la coopération de plusieurs musées, français, américains et allemands, et de particuliers, l'exposition rassemble certaines œuvres jamais présentées en France. Une sélection de photographies, plusieurs films et extraits sont également accessibles.  

La maison du Pin perdu
C'est avec son épouse, le peintre américain Dorothea Tanning, et sur le conseil de Jean Davidson, fils du sculpteur Jo Davidson, que Ernst décide de s'installer en Touraine. "Il fait beau, et doux et calme ici", confie-t-il dans une lettre à son ami Patrick Waldberg.

Huismes se trouve près de Saché (où résida Balzac), charmante petite ville de la vallée de l'Indre et où s'est installé son ami Alexandre Calder. De ce site entre la Loire et l'Indre, Ernst déduira un de ses chefs-d’œuvre Le Jardin de la France, qui donne son nom à l'exposition du Musée des Beaux-arts de Tours. Une silhouette féminine, lascive, y épouse les rives du fleuve et de la rivière dans une coulée de verdure.

Ces années passées au cœur de la France semblent comme un repli, loin des frasques artistiques parisiennes où éclatent l’abstraction lyrique et le tachisme, que Max Ernst ne porte guère dans son cœur.

La maison du Pin perdu peut également se visiter, mais seulement au cours de la saison estivale. Toutefois, en parallèle à l’exposition, le fonds documentaire de la Maison Max Ernst est présenté au public du 11 octobre au 13 décembre.

Eclectisme
Particulièrement féconde, cette période tourangelle ne se limitera pas à la peinture. Le moins que l’on puisse dire est que Max Ernst est un artiste éclectique, à toutes les époques de sa vie : collages, frottage, gravure, estampes… alimentent son Œuvre. De grandes toiles à l’huile voient le jour, Après-moi le sommeil, dédié à son ami Paul Eluard, ou Projet pour un monument à Léonard de Vinci (qui vécut longtemps et est mort à Amboise), ou Le Grand Albert, 33 fillettes chassant les papillons, Pour les amis d’Alice

Les reproductions des œuvres peintes de Max Ernst leur rendent difficilement justice, en raison de la subtilité des matières qui les composent. Une des raisons de se rendre à Tours pour apprécier « en direct », les épaisseurs, les transparences, les grattages qui font vivre ces œuvres.

MAX ERNST : "La Tourangelle", Bronze, 26 x 13 x 11 cm.Paris, Collection particulière,© RP Production.  © Adagp, Paris, 2009.Mais c’est peut-être la sculpture qui s’avère la discipline la plus spectaculaire durant son séjour tourangeau, dont l’exposition donne des exemples remarquables tels que La Grande tortue et La Grande grenouille.

Amboise en a gardé un des plus beaux fleurons, avec la Fontaine que Max Ernst offrit à la ville en 1968. La maison du Pin garde également en son jardin un mur sur lequel l’artiste a intégré, comme dans un collage monumental, des reliefs de nus féminins recueillis lors de la démolition d’un immeuble haussmannien des Champs-Elysées.

Ernst réalisa également, entre autre, le trophée récompensant le lauréat du Festival du court métrage de Tours, La Tourangelle, que Jean Herman, Robert Enrico et Roman Polanski se sont vus décerner respectivement en 1960, 61 et 62. Signe de l’attachement de l’artiste au cinéma, auquel il contribua de différente manières, participant par exemple à Pandora (1951) d’Albert Lewin, avec Ava Gardner et James Mason

Maximiliana
Un des thèmes majeurs de Ernst apparus en Touraine s’est concrétisé dans un des plus beaux livres d’artiste du XXe siècle : Maximiliana ou l’exercice illégal de l’astronomie, composé de trente-quatre eau-forte. Adepte de l’art de la gravure dès 1911, il s’est particulièrement penché sur cet art durant son séjour à Huismes, illustrant ainsi des textes de Hölderlin ou Lewis Carroll, ainsi que ses propres écrits.

Le grand œuvre que constitue Maximiliana se voit consacrer une salle entière, rassemblant les trente-quatre planches de l’ouvrage, traduction de la fascination qu’éprouve l’artiste pour la relation du texte à l’image. Elles sont constituées de pavés de textes d’une écriture imaginaire hiéroglyphiques qui ne sont pas sans évoquer également la calligraphie d’un Paul Klee. Cette « écriture secrète », telle que la nommait Ernst, « commente » des aplats réalisés au pochoir aux évocations cosmiques.

MAX ERNST : "La Terre vue de Maximiliana", 1965., Huile sur plexiglas, 35 x 27 cm., Munich, Theo Wormland Foundation, Bayerische Staatsgemäldesammlung., © Adagp, Paris, 2009.L’artiste déclinera dans plusieurs toiles le thème de Maximiliana, notamment dans un petit tableau splendide La Terre vue de Maximiliana.

Le projet est déduit de la vie d’un astronome autodidacte et méconnu, Ernst Wilhelm Leberecht Temple qui, en 1851 découvrit une planète qu’il baptisa Maximiliana. Les conclusions de Temple en firent la risée des savants patentés qui ne pouvaient croire qu’un non universitaire muni d’instruments peu performants pouvait aboutir à une telle découverte. Ernst voyait en l’astronome comme un alter égo, étant comme lui démuni de diplôme, ayant vécu lui aussi l’exil, et étant tributaires tous deux d’une reconnaissance tardive. Coïncidence ( ?) le prénom de Temple, Ernst, et le patronyme du peintre, et sa planète, Maximiliana, comporte son prénom : Max.

Humour cosmique
L’humour fait partie intégrante de Dada et des surréalistes, mouvements auxquels Ernst est identifié. Celui-ci s’invite souvent dans le rapport de l’œuvre au titre. Ernst est particulièrement performant et efficace dans ce domaine. Ne se plaisait-il pas à dire : « Quant à moi-même, j’accorde au peintre le droit de parler, de rire, de prendre position et de jouir de toutes ses facultés hallucinatoires. »

Le poète et critique d’art Edouard Roditi s’est penché sur le rapport entre les toiles et leur titre chez Max Ernst, le comparant à celui qui lie une légende à une caricature. A Hans Hartung qui ne faisait que numéroter ses toiles, sans aucun autre titre, Ernst répondait : « La comptabilité me semble être le comble de la disgrâce ». Expliquant sa démarche, il ajoutait : « Jamais je n’impose un titre à un tableau. J’attends que le titre s’impose à moi. Après l’avoir peint, je reste souvent – parfois longtemps sous la hantise du tableau, et l’obsession cesse seulement au moment où le titre apparaît, comme par magie. »

Ce rapport du texte à l’image, du verbe à la matière, cette légèreté, est particulièrement lisible dans la période tourangelle de l’artiste, tout en exaltant dans ses rapports de formes et de couleurs une dimension cosmique. Ainsi Enseigne pour une école de harengs, Diptyque pour une école de pirates, ou Harpes éoliennes, où l’humour le dispute à la poésie.

Max Ernst – Le Jardin de la France
Musée des Beaux-arts de Tours
17 octobre 2009 – 18 janvier 2010
18, place François-Sicard
Le site du Musée des Beaux-arts de Tours

Voir aussi:
>>
 
Le reportage sur Culturebox

Catalogue
L'exposition est résumée dans un beau catalogue publié par les éditions SilvanaEditoriale (28 €). L'occasion pour les admirateurs de Max Ernst d'approfondir les thématiques présentées au Musée des Beaux-Arts de Tours. L'occasion aussi, après la visite, de mieux connaître cet artiste majeur, et "une oeuvre riche et singulière, indépendante des tendances abstraites de son époque".

 
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