Eli Lotar, Germaine Krull, 1930, Centre Pompidou, Musée nationale d'art moderne, Paris
© (c) Centre Pompidou, Mnam/Cci, dist RMNOn n'y pense pas forcément, mais la photo est un des moyens d'expression qu'ont utilisé les surréalistes, du portrait de groupe ludique à la publicité.
Ils ont aussi et surtout inventé de nouvelles représentations grâce à ce médium, guettant le merveilleux dans le réel ou l'inventant par la technique, l'accident ou le point de vue.
"C'est par la force des images que, par la suite des temps, pourraient bien s'accomplir les vraies révolutions", disait André Breton. Dans une présentation passionnante, le Centre Pompidou a rassemblé 350 oeuvres, une centaine de documents et une dizaine de films qui rendent compte de tous les aspects de la photo surréaliste.
D'abord les surréalistes se représentent eux-mêmes. Ils posent ensemble, pleins de mimiques et de grimaces. Ils assemblent plusieurs portraits. Ils s'amusent avec les premiers photomatons, Man Ray crée des échiquiers avec des portraits de ses amis surréalistes. Ils se font photographier à plusieurs dans les décors de carton des foires. Ces créations leur permettent de s'affirmer comme mouvement et rendent compte de sa dimension collective: ils passent beaucoup de temps ensemble, pratiquent le cadavre exquis, le collage. "J'ai toujours beaucoup plus compté sur l'action collective que sur l'action individuelle", disait André Breton.
Les surréalistes se mettent donc en scène eux-mêmes. A un niveau plus esthétique, la photo permet aussi aux surréalistes de mettre en scène le désir et l'obsession, des mannequins de Hans Bellmer aux corps nus couverts d'inscriptions de Marcel Mariën. Les corps voilés, attachés, les yeux bandés (Man Ray, Jacques-André Boiffard), mis en scène devant l'objectif, sont théâtralisés.
Les surréalistes s'intéressaient au monde du rêve. Avec la photo, ils ont traqué le mystère dans le réel. Eugène Atget s'était amusé avec les vitrines, leurs reflets. Les surréalistes ont repris ses mannequins étranges, inanimé évoquant l'animé, alliant rêve et réalité. Pierre Jahan baptise un mannequin suspendu Le Pendu des puces. Derrière l'objectif de Miroslav Hak, une robe qui sèche prend des allures inquiétantes.
La nuit et les brumes sont particulièrement propices à ces images merveilleuses. Pour Brassaï, "le réel rend fantastique par la vision". Sa tour Saint-Jacques dans le brouillard nocturne ressemble à un vaisseau fantôme.
Au-delà de ces "rencontres fortuites", les surréalistes utilisent aussi le gros plan pour rendre le monde fantastique. Yeux mystérieux de Man Ray, autoportrait de Jean Painlevé à côté d'une grosse araignée, animaux étranges. En les montrant de près, Boiffard rend monstrueux des doigts de pied et de main entrelacés.
Les surréalistes livrent une réalité particulière avec des procédés techniques comme la solarisation, qui souligne les contours (Man Ray), en chauffant les négatifs (Raoul Ubac). André Kertesz modifie la vision des corps en les plaçant devant un miroir déformant. La déformation peut résulter encore d'un simple point de vue particulier.
Après la guerre, les trouvailles des surréalistes sont utilisées par la publicité. Dora Maar travaille pour Pétrole Hahn, et les fameuses Larmes de Man Ray ont été conçues, au départ, pour vanter les mérites d'un mascara.
La subversion des images, surréalisme, photographie, film, Centre Pompidou, Paris 4e, 01-44-78-12-33
Tous les jours sauf mardi, 11h-21h
Tarifs: 10/12 € selon la période, tarif réduit 8/9 €
Jusqu'au 11 janvier
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