L'artiste chinoise Ko Siu Lan, censurée par l'Ecole nationale supérieure des beaux arts de Paris, en février 2010.
France 2Son travail avait été retiré mercredi peu après son accrochage en façade, à la demande de la direction des Beaux Arts, évoquant une "atteinte à la neutralité du service public".
L'oeuvre est constituée de 4 bannières noires de 7 m de haut où sont écrits "Travailler", "Moins", "Gagner", "Plus". Référence au slogan de Nicolas Sarkozy en 2007.
Dans un communiqué, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a annoncé samedi qu'"après avoir pris connaissance de l'incident", il avait demandé que l'oeuvre soit réinstallée sur la façade de l'école "dans les délais les plus brefs compte tenu des contraintes matérielles nécessitées par cette opération".
Samedi en fin de journée, l'oeuvre flottait à nouveau sur l''Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, qui est sous la tutelle du ministère de la Culture.
L'artiste Ko Siu Lan, 32 ans, qui avait alerté jeudi les médias sur cette affaire et menaçait de déposer un recours en justice contre cette "censure", s'est déclarée "très contente".
Le travail de l'artiste se compose de deux grandes bannières noires sur lesquelles sont inscrits en blanc les mots "gagner", "moins" et "travailler" "plus". Selon l'endroit où il se trouve, le passant peut lire "gagner plus" ou "travailler moins". Un détournement du slogan "travailler plus pour gagner plus" du candidat Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2007.
Mercredi, la direction des Beaux-Arts n'avait pas mâché ses mots, estimant être "instrumentalisée" par l'artiste : "Sans titre, sans nom d'auteur, sans mention relative à l'exposition, le caractère de l'oeuvre se réfère explicitement à un contexte politique et son auteur a souhaité, par la présentation sur la voie publique, utiliser spectaculairement comme médiation de son message, un bâtiment de l'Etat voué à l'enseignement".
Une commande validée, selon l'avocate
L'avocate de Ko Siu Lin, Me Tricoire, avait adressé une mise en demeure à la direction de l'établissement pour que la bannière soit remise en place au plus tôt. Pour elle, l'oeuvre ayant été "proposée et acceptée par les services compétents", elle devait être exposée comme convenu. "L'argument de la neutralité du service public est proprement scandaleux , s'agissant de la liberté d'expression et de la création d'une artiste qui n'a à respecter aucun devoir de neutralité", avait souligné Me Tricoire.
Ko Siu Lin participe à une exposition "Week end de sept jours" qui présente à partir de samedi les oeuvres d'étudiants du programme de recherche "La Seine" associant les Beaux-Arts, le Royal College of Art à Londres et le Lasalle College of the Arts de Singapour.
"En Chine on parle beaucoup de censure mais moi, mon travail en Chine n'a jamais été censuré de manière si brutale", a déclaré Siu-lan Ko au micro de France Info.
Bertrand Delanoë avait dénoncé une "censure objective particulièrement inquiétante, car elle remet en cause le rôle et la légitime expression des artistes dans la Cité et dans notre vie collective". Le maire de Paris avait souhaité, "avec Christophe Girard, adjoint chargé de la Culture, que Paris manifeste sa solidarité à Siu Lan Ko et à travers elle à tous les artistes, en proposant que l'oeuvre ainsi visée puisse être exposée, si son auteur le souhaite, au 104 (lieu culturel), au coeur d'un espace très attaché à la diversité".


