Le Polaroïd de la Suisse Monique Jaquot sera exposé au musée de l'Elysée de Lausanne.
AFP/POLAROID COLLECTION/Monique JaquotPolaroïd en péril présente jusqu'au 6 juin une centaine de clichés fabriqués selon le procédé de développement instantané.
L'exposition, qui présente des clichés d'Ansel Adams, Robert Mapplethorpe ou Helmut Newton, pourrait être perturbée par une vente aux enchères destinée à payer les créanciers de l'entreprise emblématique en faillite.
"J'attends un coup de fil de Sotheby's ces jours-ci, ils veulent cent images de la collection, que des photographes les plus connus", a expliqué à l'AFP le directeur du musée de l'Elysée, William Ewing. "Les investisseurs qui ont tout perdu veulent maintenant vendre la collection. Ils essaient de récupérer l'argent", regrette-t-il.
Polaroïd a été déclaré en faillite en 2001, puis à nouveau en 2008 après une fraude. Son liquidateur a décidé de vendre aux enchères la collection déposée pour partie à Boston (environ 12.000 clichés) et à Lausanne (4.500 clichés). Une première vente aux enchères de 1.200 photographies puisées dans les deux collections est déjà annoncée pour les 21 et 22 juin par la maison Sotheby's à New York. Elle doit rapporter 7,5 à 11,5 millions de dollars.
William Ewing craint que certaines pièces de son exposition soient sélectionnées par Sotheby's et lui soient retirées avant le 6 juin. Tel ce paysage d'Ansel Adams montrant un arbre en fleurs devant une cascade. "J'espère qu'on pourra le garder sur les murs jusqu'à la fin de l'exposition, sinon je vais mettre à la place une banderole disant A vendre en signe de protestation", menace-t-il, ne pouvant se résoudre à amputer cette collection née de manière "très expérimentale".
L'Américain Edwin Land, qui inventa le Polaroïd à la fin des années 30, avait pour habitude de fournir généreusement en appareils et en films les photographes professionnels, étudiants et amateurs éclairés du monde entier à condition que ceux-ci lui remettent en échange quelques tirages. Au fil du temps, des milliers de clichés ont été réunis, dont la partie lausannoise qui regroupe 850 photographes.
Un produit phare synonyme de démocratisation de la photo
Parmi eux, Walker Evans qui a composé un portrait déjanté d'Andy Warhol aux grosses lunettes sur des sourcils blond platine et devant un mur éventré, aux couleurs délicates légèrement délavées et au traditionnel petit format carré au cadre blanc. Connus ou inconnus, les photographes exposés à Lausanne ont pointé leur fameux Polaroïd sur des sujets très divers: des paysages, des portraits, de l'architecture, des natures mortes... certaines oeuvres sont des collages, d'autres photos ont été repeintes.
"Dans les années 70, 80 et 90, la photographie couleur n'était possible que dans les laboratoires, or le Polaroïd donnait cette possibilité de jouer avec la couleur en manipulant la poche de produit chimique pendant le développement de la photo", s'enthousiasme M.Ewing. Alors qu'en 1960 la moitié des foyers américains possédaient ce produit phare synonyme de démocratisation de la photographie, il a commencé à connaître des difficultés au début des années 90. Le numérique a fini de l'achever.
Décidé à se battre au moins pour la collection, M.Ewing assure négocier avec plusieurs parties, dont une fondation privée, pour faire une offre à Sotheby's pour l'ensemble des pièces, leur permettant de rester à Lausanne. "Aujourd'hui je me rends compte qu'il y a beaucoup de gens horrifiés de voir la collection se perdre, donc dans ce sens j'ai de l'espoir", confie-t-il.


