Eric Adjetey Anang et deux membres de son équipe devant son atelier de Teshie

Eric Adjetey Anang et deux membres de son équipe devant son atelier de Teshie

Jean-Michel Rousset
Poissons, voitures, avions, bouteilles... : un jeune créateur ghanéen révolutionne l'habitacle de notre dernière demeure

Alors que l’art funéraire est moribond en Occident, une tradition, tant artisanale, artistique que rituelle en provenance du Ghana, connaît un retentissement international, grâce à un jeune créateur, Eric Adjetey Anang,  qui a revitalisé le genre.

Créateur de cercueils personnalisés au désidérata du défunt avant son trépas, ou à celui de sa famille, ses œuvres ont été exposées entre autres au dernier Festival mondial des Arts nègres à Dakar. en 2010, et viennent de rejoindre Le Musée de la Culture Funéraire de Novossibirsk, avant d’être exposées à la Biennale de Gwangju (Corée du sud) en ce mois d’août.

Filiation ancestrale
Eric Adjetey Anang et ses collaborateur devant l'atelier Kane Kwei (mise en scène Guy Hersan) - Jean-Michel Rousset Eric Adjetey Anang ne s’est pas réveillé un beau matin en se disant qu’il allait se consacrer à la création de cercueils fantaisistes qui reflèteraient la passion des défunts de leur vivant.  Après des études secondaires, il reprend en 2005 Kane Kwei, l’atelier de sculpture de son grand-père à Teshi, village de bord de mer situé dans les faubourgs de la capitale Accra, au sud du Ghana.

Son aïeul est en effet l’instigateur dans les années 50 de ces créations funéraires personnalisées qu’il destinait à l’origine aux pêcheurs de l’ethnie Ga, de son entourage. En bois peint et tendus de tissus à l’intérieur, ces cercueils ont alors des formes de poisson ou de bateau, reflet de la profession de ses commanditaires. Le poisson est de fait resté la figure emblématique de l’atelier Kane Kwei, du nom de son créateur.

Cochon-cercueil d'Eric Adjetey Anang - Jean-Michel RoussetCoffin designer
Eric, son petit-fils, va élargir le concept en transcrivant dans ses créations la profession, mais aussi les passions des défunts. Les motifs ne sont plus uniquement liés à la mer, toute proche, mais des voitures, des camions de pompier, des ballons de football, des animaux de toutes sortes,   jusqu’à des téléphones mobiles…

Depuis 1989, les productions d’Eric Adjetey Anang  sont considérées en tant   qu’œuvres d’art "éphémère, emblématique de la création contemporaine en Afrique".  Ces design coffins ou fantasy coffins, cercueils de fantaisie en français,  sont construit en bois légers, tels le wawa, l’emien. Mais l’international est rapidement tombé sous le charmes de ces créations iconoclastes et font appel à des bois plus nobles, comme le limba et l’acajou.

Mais la créativité d’Eric ne se limite plus aux seuls cercueils et s’est élargie au mobilier avec comme base de travail son approche de l’art funéraire fantaisiste.

Ghana

Tribut de bois à la tribu des peuples spirituels.
Faunes, flores, objets. L’âme du rêve surgit de ses riants cercueils.
Eric Adjetey Anang et ses assistants-collaborateurs voyagent dans le temps illuminé du fabuleux don d’observation.

Sam Cambio, Paris, avril 2010


Reconnaissance internationale
Eric Adjetey Anang  atteint à une telle notoriété au Ghana qu’il attire l’attention de publicitaires espagnols qui doivent faire la promotion d’une boisson commercialisée par une célèbre marque de soda à base de coca au Ghana, Aquarius. Le spot retransmis à la télévision  permet une diffusion internationale de son travail et, à travers lui, du Ghana.

Aigle-cercueil d'Eric Adjetey Anang - Jean-Michel RoussetSes œuvres sont désormais exposés aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, ou en Grande-Bretagne, où une société reprend le concept et propose des cercueils personnalisés à une clientèle occidentale. L’atelier connaîtra une existence éphémère, puisqu’il a été depuis, détruit  dans un incendie.

Le photographe français Guy Hersant s’intéresse à son travail et l’implique dans le projet artistique ghanéen « Please don’t move » qui promeut la création locale en 2010.   Dans un article du Monde Diplomatique, le journaliste Jean-Christophe Servant qualifie Eric Adjetey Anang [comme un « modèle pour la jeunesse urbaine africaine ».

Après sa participation à la Biennale de Gwangju en Corée du sud, fin août, Eric Adjetey Anang est l’invité de deux écoles d’art à Portland, dans l’Oregon, aux Etats-Unis. A quand la France ? Ces consécrations en connaîtront sans doute d’autres... ad vitam aeternam.

>> Pour en savoir plus :
Le site officiel de l'atelier d'Eric Adjetey Anang
La page Wilkipedia d'Eric Adjetey Anang
La page Facebook d'Eric Adjetev Anang
La page Wilkipedia de l'atelier Kane Kwei cliquez ici