Le 19 mars 1999, sur le pont des Arts à Paris, les saisissantes sculptures du Sénégalais Ousmane Sow.

Le 19 mars 1999, sur le pont des Arts à Paris, les saisissantes sculptures du Sénégalais Ousmane Sow.

AFP/ALEXANDER JOE/ao
Seules deux sculptures d'Ousmane Sow sur dix, en vente chez Christie's mardi, ont trouvé preneur

Le Guerrier debout (série Masaï, 1989) a été vendu 121.000 euros et le Couple de lutteurs aux bâtons (Nouba, 1984-1987) 73.000 euros. Pour les autres oeuvres, le prix de réserve n'a pas été atteint.

Le sculpteur sénégalais vendait ces oeuvres exposées en 1999 sur le Pont des Arts pour financer un "musée des grands hommes" dans son pays. 

Le  Lutteur debout de la série des Nouba, qui avait été présenté à la Documenta de  Kassel en 1992, n'a pas trouvé preneur. Guerriers Masaï du Kenya, lutteurs de l'ethnie Nouba du sud Soudan, Zoulous d'Afrique du Sud... les statues magistrales, légèrement plus grandes que nature, avaient été vues par plus de trois millions de visiteurs à Paris en 1999. Le Guerrier Masaï debout, statue réalisée en 1989, haute de 2,60 mètres, était une des pièce phare de la vente.

"Ousmane  Sow est un artiste qui jouit d'une très grande popularité", a  souligné Christophe Durand-Ruel, spécialiste de l'art contemporain chez Christie's. "Il n'a jamais joué la carte du marché de l'art. Il a toujours  souhaité rester indépendant du système des galeries et donc a fortiori du second  marché que constituent les enchères", a-t-il expliqué. "Nous avions quelque espoir que sa popularité ferait la différence mais le marché n'a pas répondu présent", a ajouté l'expert.

Actuellement, Ousmane Sow restaure les oeuvres à la Fonderie de Coubertin, située dans la vallée de Chevreuse, dans les Yvelines. Il y réalise depuis quelque temps des bronzes de ses sculptures, et voulait vendre ses originaux pour réaliser son projet, qui doit voir le jour à 70 km de Dakar, en pleine campagne. Ce musée accueillera entre autres les sculptures du général De Gaulle, de Victor Hugo, de Nelson Mandela. Et surtout celle de Moctar Sow, son père, décédé en 1956. Courageux, généreux, "il m'a appris à avoir une énorme confiance en  moi", explique Ousmane Sow qui a "tenu à ce qu'il soit parmi les grands hommes".

Un parcours atypique
"Enfant, je n'ai jamais rêvé d'être un artiste. Peut-être cela a été une chance. J'ai fait ça par plaisir", a déclaré à l'AFP Ousmane Sow, né en 1935 à Dakar. A l'école, ce fils de comptable se plaisait à tailler de petites figurines dans des blocs de calcaire. Puis il s'est intéressé au fil de fer. Quand il part à 22 ans pour la France, il ne pense pas à en faire un métier. A Paris, il a parfois faim mais la boulangère lui offre des baguettes. Il a froid mais les commissariats de police l'hébergent à tour de rôle, raconte Béatrice Soulé, dans le livre Même Ousmane Sow a été petit"  (éditions Le P'tit jardin). Il polit des cuillères. Cuit des cornichons. Devient infirmier puis kinésithérapeute. Cela lui donne une parfaite connaissance des muscles et de l'anatomie dont il ne cessera de se servir plus tard pour ses oeuvres.

Après l'indépendance du Sénégal en 1960, Ousmane  Sow revient s'installer dans son pays. Il sculpte toujours pour son plaisir mais jusqu'à l'âge de 50 ans, il détruit ses oeuvres par manque de place notamment. Un jour, un ami décide de l'en empêcher en attirant l'attention du Centre culturel français de Dakar sur ses sculptures. Ce dernier lui consacre une exposition en 1987. Un succès. Et le début d'une nouvelle carrière pour cet homme libre, qui n'a "jamais eu de patron".

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