François Hébel, directeur des Rencontres de la photo d'Arles, et Christian Lacroix, directeur artistique invité en 2008
© AFP / Mathieu GenonChristian Lacroix est le commissaire invité de cette 39e édition et a programmé une bonne partie des 60 expositions, avec "de la mode mais pas autant qu'on peut le penser", de la couleur, du rêve et Arles "sans gitanes ni corrida".
La semaine d'ouverture (soirées, débats, signatures, colloques) avait lieu du 7 au 13 juillet.
De la mode, mais pas tant que ça
"On s'y attend. Il y aura de la mode par la force des choses, mais moins qu'on peut penser. J'aime davantage les mégots de cigarettes photographiés par Irving Penn, qui est pour moi le premier, que ses photos de mode. J'aime ceux qui ont su traverser le miroir", disait Christian Lacroix avant le festival.
Pour "la mode aussi. Dans le vêtement, le rapport au corps, à la nudité, à la vanité, à l'érotisme, me touche davantage que la coupe, la tendance, la mode pour la mode ou le 'bling bling'", ajoutait-il.
Le "fil rouge, c'est le lien entre Arles, la photo et moi", expliquait encore le célèbre Arlésien, qui n'y avait pas "mis les pieds" depuis neuf ans. Voulant intégrer les enfants de la ville où il a grandi, il leur a demandé de prêter leurs photos de mariage. Des autochromes retrouvés, des images d'archives sur les bombardements et la libération à Arles seront aussi exposés.
Une soixantaine d'expositions
Outre un travail en couleur pour le magazine The New Yorker de Richard Avedon, la programmation de Christian Lacroix propose une vingtaine d'expositions personnelles de photographes contemporains, souvent français, amis de longue date ou rencontres récentes, liés ou non à l'univers de la mode.
Jean-Christian Bourcart propose un travail sur la photographie de mariage, Grégoire Korganow sur les coulisses des défilés de mode, Françoise Huguier sur les appartements communautaires à Saint-Petersbourg, Patrick Swirc un journal photographique intime à son épouse.
Peter Lindbergh évoque Arles et la Camargue, Vanessa Winship les écolières turques alors que Samuel Fosso, photographe camerounais, se met en scène.
Les prostituées indiennes, les "cocottes" du Second Empire, des oeuvres des collections publiques sur la mode, les "trucs" d'Henri Roger, sorte de 'Méliès' du début du XXe siècle, l'extraction du sel aux Salin-de-Giraud sont également au programme d'Arles.
Christian Lacroix présente également les fonds photographiques de sa maison de couture, tandis qu'un travail d'Alain-Charles Beau évoque les coulisses de la maison Lacroix.
Une exposition "photographie vestimentaire", composée de plusieurs sections, montre d'anciennes photographies de modèles, les natures mortes pour accessoires du magazine Vogue, les usages professionnels de la photographie dans la mode et la vidéo de mode.
Les Rencontres proposent également des expositions de Mimmo Jodice sur l'Italie, de Jane Evelyn Atwood sur Haïti, d'Alfons Alt sur Bartabas, de Paolo Pellegrin sur des pays en guerre ou frappés par des épidémies...
Le site internet des Rencontres d'Arles
Mutations aux Voies Off
Le festival Voies Off, off des Rencontres d'Arles, qui a lieu pendant la semaine d'ouverture, avait choisi cette année le thème des mutations pour sa treizième édition. Les mutations de la société et aussi les mutations de la photographie.
Voies Off, qui vise à faire découvrir la jeune photographie d'auteur et la photographie contemporaine, avait séléctionné cette année les travaux de 60 artistes, parmi 755 dossiers reçus de 43 pays.
Comme tous les ans, leurs images ont été projetées en soirée dans la Cour de l'Archevêché, lieu convivial qui accueille les Voies Off.
Le festival proposait aussi des matinées professionnelles, ateliers-débats ouverts à tous sur inscriptions, et des lectures de portfolios qui permettent aux jeunes photographes de montrer leur travail à des photographes professionnels et des experts de l'image.
Le site des Voies Off
Christian Lacroix au Musée Réattu
Parallèlement à la direction artistique des Rencontres, Christian Lacroix a investi le musée Réattu d'Arles où il met en scène les collections maison au côté de ses créations et d'oeuvres d'amis artistes.
Dans ce musée au bord du Rhône, installé dans un palais Renaissance, ancien grand prieuré de l'Ordre de Malte, le créateur a passé son adolescence. "C'est un musée qui m'a vraiment fasciné. J'y venais tous les jeudis", a-t-il raconté au moment de l'inauguration de l'exposition.
Il a connu là son premier émoi artistique face à des tableaux de Picasso, quand il avait six ans. Après des études d'histoire de l'art, il a même failli devenir conservateur.
Les tableaux d'Antoine Raspal, qui célèbrent les costumes des Arlésiennes de la fin du 18e siècle, ont inspiré le couturier pour ses collections, comme en témoignent les robes exposées en vis-à-vis. Ils ont longtemps nourri son fantasme: "Construire une machine à remonter le temps pour découvrir les odeurs, les goûts, les odeurs" de ce passé.
Christian Lacroix a bénéficié d'une totale liberté pour construire une thématique autour du corps, du pli et de la chevelure.
Une oeuvre de la peintre algérienne Baya est confrontée aux récentes peintures de Marlène Mocquet, une sculpture du Belge Johan Creten et quelques robes coutures.
Un hommage est rendu au photographe Lucien Clergue, créateur des rencontres photographiques à l'origine sises au Réattu où un département photographique a été créé dès 1965.
Une salle abrite des tapisseries du 16e siècle et une installation contemporaine du sculpteur Daniel Firman, une autre encore les réserves de dessins de drapés de Réattu "qui m'ont sûrement inspiré", dit Lacroix.
Une salle gothique, noire et blanche, est réservée à l'installation d'Olivier Saillard, commissaire associé de l'exposition et chargé de la programmation du Musée de la mode et du textile à Paris.
Autres invités, la photographe Katerina Jebb et Emmanuel Lagarrigue qui vient présenter ses installations sonores.
Lacroix a aussi drapé de soie et de moquettes épaisses, sombres ou flamboyantes, les murs et sols du musée, pour mettre en valeur les tableaux. Et dès la nuit tombée, le musée s'enflamme en rose fuchshia.
Jusqu'au 31 octobre
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